‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 40 sur 100 · CLAIRFAYT · texte numérisé non relu

CLAIRFAYT

terrogation muette mais significative adressée à Robespierre, et qu'il attendit ? C'est ainsi que M. Michelet présente les choses ! Rien de semJ)lable n'eut lieu, et il n'y avait certes pas nécessité absolue pour Robespierre de relever sur-lechamp une imputation que Sergent venait de démentir avec tant d'énergie, tant d'autorité, et sans être récusé par celui qu'allait frapper le démenti.

Cependant, un autre député girondin s'est levé. Il se nomme Boileau. Il tient à la main le journal de Marat; il lit : oc Ce qui m'accable, c'est que mes efforts pour le salut public n'aboutiront à rien, sans une nouvelle insurrection. A voir la trempe de la plupart des députés. s.. » Sans achever la phrase, Boileau se tourne vers Marat, et s'écrie : « Pour mon propre compte, Marat, je te dirai qu'il y a plus de vérité dans ce cœur que de folie dans ta tête. » Il poursuivit la lecture... Non, jamais pareils transports d'indignation ne s'emparèrent d'une assemblée. Tous étaient debout ; on montrait le poing à Marat ; on le vouait aux furies ; on l'appelait monstre. De toutes parts : « A V Abbaye! à l'Abbaye! » Marat était souriant et calme. Levasseur, qui, du sommet, de la Montagne, contemplait cette scène extraordinaire, avoue qu'en cet instant, Marat, par son impassible contenance, lui parut avoir une véritable supériorité sur ses brillants adversaires.

Une seconde fois il prit la parole, reconnut que l'écrit qu'on lui opposait était bien de lui en effet; car « le mensonge, ajouta-t-il, n'a jamais ajiproché de mes lèvres, et la dissimulation est étrangère à mon cœur. » Seulement, il attesta que cet écrit était antérieur à la date marquée par l'imprimeur. En témoignage de sa modération, il mit sous les yeux de l'Assemblée un article où, dans un style sentimental, qui n'était que l'enveloppe d'une sinistre ironie, il promettait d'entendre désormais, sans se livrer aux mouvements de son âme indignée, « le récit du massacre des vieillards et des enfants. » Sur le ton* d'une compassion insultante, il gourmanda, lui l'homme de la fureur, ces puériles fureurs de ses ennemis II affirma ensuite qu'il « ne craignait rien sous le soleil, » et tirant tout à coup un pistolet' de sa poche, il l'appliqua sur son front, bien résolu, dit-il, à mourir au pied de la tribune, pour pou que le décret d'accusation eût été adopté Si ce fut charlatanisme, beaucoup le pensèrent. Le journal de Prudhomme, en rendant compte de la séance, s'exprime ainsi . « Il a tiré de sa poche un pistolet, comme autrefois nos capucins en chaire tiraient un petit bon Dieu de leur manche.... Marat, quittez vos gobelets! » D'autres furent vivement émus. Ils crurent à cette fatalité d'exaltation que Marat lui-même avait proclamée dans ces paroles remarquables : « Je ne puis changer mes pensées : elles sont ce que la nature des choses me suggère. »

Enfin, saisie de stupeur, atteinte de dégoût, lasse de sa propre violence, et peut-être aussi fléchissant sous la pression des tribunes , où les partisans du fanatisme avaient leur place, l'Assemblée passa à l'ordre du jour. On décréta l'unité et l'indivisibilité de la République. Marat triomphait.

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