‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 56 sur 100 · ENTREVUE DU ROI AVEC M. DE MALESHERIÎES · texte numérisé non relu

ENTREVUE DU ROI AVEC M. DE MALESHERIÎES

pulace ; et, grâce au crédit dont il jouissait alors auprès du Conseil exécutif, il échappa au péril d'une censure officielle.

Mais les révolutions sont soupçonneuses. Ces nouvelles ébranlèrent singulièrement l'opinion. Le peuple fut averti de se défier des généraux, de se tenir prêt à combattre le royalisme servi par l'épée. Et au fond de toutes les défiances, de toutes les teneurs, de toutes les fureurs, le Temple, toujours le Temple!

Autre résultat inévitable du jeu des passions humaines violemment remuées, les partis ne manquèrent pas de se faire une arme des événements du dehors. La présence do

Roland au ministère, les anciennes liaisons de plusieurs de ses amis avec Dumouriez, l'intérêt persistant que le Conseil exécutif prenait à Custine, rendaient possible, sinon équitable, une attaque contre la Gironde; et cette fois, non-seulement les torts de l'agression furent à Robespierre, mais il se laissa aller à des emportements où il n'y avait ni bon goût, ni dignité, ni justice. Avec une véhémence emphatique qui n'était nullement dans son caractère, il s'écria, en plein club des Jacobins : « Je demande à être assassiné par Roland. » Dans la même séance, Bazire, si convenable et si mcdéré quelquefois, venait annoncer que Mme Roland se proposait

d'ouvrir un club de femmes. Et l'auilitoire d'accueillir par d'indécents éclats de rire l'insulte cachée dans cette communication

Malheureusement, la Gironde, que le dédain eût si bien vengée, ne répondit à cette guerre misérable que par une misérable intrigue à laquelle, pour comble, l'Asseraldée servit de théâtre. Triste spectacle que celui de la Convention s'abaissant à de semblables luttes, elle si imposante et si grande toutes les fois que, supérieure à l'esprit de parti, elle se montra tenant tête au vieux monde, ou préparant le nouveau! Mais il faut tout dire.

Ce n'était pas un médiocre embarras pour la Montagne que d'avoir dans son sein le duc d'Orléans; son origine toujours en vue; son titre de prince que ne pouvait entièrement effacer le baptêm.e de l'Hôtel de Ville; l'immensité de ses richesses et le pouvoir de corruption qu'elles donnaient, tout cela exposait à l'inconvénient de passer pour les complices secrets de son ambition ceux dont il était l'allié : les Girondins résolurent de piofiter de cet avantage. En feignant de craindre dans Philippe- Égalité un tyran futur, et en demandant, au nom du salut public, qu'on le frappât d'ostracisme, ils faisaient plus que se draper dans le rigorisme républicain : ils condamnaient les Montagnards à l'alternative, ou d'accabler un des leurs, ou de se livrer au soupçon de ménager en lui le roi du lendemain.

Pour exécuter leur plan, les Girondins choisirent un jour où ils savaient cjue les bancs étaient d'ordinaire dégarnis, le jour consacré aux pétitions; et le 16 décembre, Buzot vint demander inopinément à l'Assemblée de déclarer que a Philippe et ses fils devaient aller porter ailleurs que dans la République le malheur d'être nés près du trône, d'en avoir connu les maximes et reçu les exemples. »

Aussitôt Louvet monte à la tribune, et jurant que c'est BruLus qui va parler, « Écoutez attentivement Brutus, » ditil. Il lut alors le discours que ce Romain célèbre avait adressé à Collatin après la chute de Tarquin le Superbe.... «Le peuple ne croit pas avoir recouvré pleinement sa liberté, lorsqu'il voit le sang odieux de ses rois subsistant dans Rome. Neveu de Tarquin, délivre-nous de cette crainte.... Le peuple es juste., il ne te ravira pas tes biens.... Mais quitte la ville, pars à l'instant, pars. »

Appuyée avec énergie par Lanjuinais , combattue mollement par Chabot, et proclamée urgente par Saint-Just, dont le complot girondin servait le républicanisme implacable, lu motion de Buzot traversa d'abord le débat sans le passionner. Peu à peu, cependant, les esprits s'animent. La proposition de renverser Roland, puisqu'on menaçait Égalité; celle de renverser Pache, puisqu'on parlait de porter la main sur Roland, partent des bancs opposés, et bizarrement introduites dans la discussion, l'enflamment. Indigné, ironique et amer, Camille Desraoulins consent qu'on bannisse le duc d'Orléans, pourvu que, dans cette Europe oià il a encouru l'exécration des rois, on lui trouve un asile. Bientôt, la Gironde pressant la conclusion,, tandis que l'extrême Montagne insistait pour l'ajournement, le tumulte devint effroyable. Contre le vote de la majorité qui, par deux fois, déclara la discussion close, il s'éleva des bancs de la gauche des protestations mugissantes. ■' A l'Abbaye! » criaient des voix de la droite ; les membres du côté opposé, se levant, répondent: « Tous, tous! » et l'un d'eux ajoute : « La minorité est disposée à mourir là. » Entre Duhem, Legendre, Calon, Bourdon de l'Oise, Billaud- Varenne, exhalant à grand bruit leurs colères, et Vergniaud s'élevant, au nom de ses amis demeurés calmes^ contre la tyrannie du désordre, le président ne savait cpiel parti pren-

dre Il se couvre enfin, signe de détresse. Le silence s' étant rétabli, Ghoudieu obtient de l'Assemblée qu'elle ajourne à deux jours la question relative à Philippe-Egalité, et le décret du bannissement des Bourbons est voté avec cette restriction

Le soir, l'émotion fut extrême au club des Jacobins. Prenant la défense du duc d'Orléans, Camille Desmoulins dit que « demander le bannissement de cet ami de la hberté, c'était demander qu'on l'assassinât à Coblentz. r, Robespierre, qui n'assistait point à la séance de la Convention, assura que s'il s'y fût trouvé, il eût voté pour la motion de Louvet, parce qu'elle était conforme aux pi'incipes ; quant au vrai but des Girondins en la présentant, il prouva qu'il l'avait pénétré, et dénonça en termes de mépris le piège où l'on voulait entraîner les patriotes Rien de plus propre que cette attitude et ce langage à déjouer le plan des Girondins. Mais était-il généreux, était-il juste, de la part de la Montagne, de sacrifier à des combinaisons de parti un homme qui s'était si complètement donné à elle, quoique prince? Et, lorsqu'on aurait laissé la majorité violer en lui les droits et la qualité de représentant du peuple, à qui ne risquerait pas de s'étendre ce précédent redoutable? Voilà ce que Marat fit observer Philippe Égalité proscrit la veille par un vote de la Gironde, c'était Robespierre proscrit le lendemain. Les applaudissements redoublés des tribunes prouvèrent que Marat visait juste.

En effet, une assemblée de commissaires rédigea et la Commune approuva une adresse où il était dit : a Nous avons anéanti les rois, mais pour conserver les droits sacrés de

l'homme Vous adoptez l'ostracisme : est il sanctionné par

le peuple? . Toute peine suppose un délit : législateurs, où donc est le délit? »

Cette adresse, portée à la Convention, n'y fut point lue, parce C[ue ce n'était pas le jour consacré aux pétitions, et il arriva même qu'entassés dans les couloirs, bien cj;ue conduits par le maire, les pétitionnaires ne purent pénétrer dans la salle. Mais la protestation n'en produisit que plus d'effet. Il y eut des rassemblements dans les rues; les habitants d'Anet jurèrent qu'il faudrait les hacher avant de leur enlever le duc de Penthièvre; et, non content de démonter la voiture de la duchesse de Bourbon, le peuple, pour empêcher cette dame de partir, braqua des canons devant sa porte. Impossible de notifier à l'Assemblée d'une manière plus vive combien impopul§.ire était alors la politique des proscriptions. Elle ne le fut pas toujours, hélas 1 Les Girondins venaient de forger une épée qu'on leur plongea tout entière dans le cœuri

L'année 1792 se ferma sur ces discordes intestines, laissant l'Europe en émoi et le procès de Louis XVI en suspens

Que dis-je, en suspens? La condamnation à mort du roi des Français ne pouvait déjà plus être pour personne l'objet d'un doute. Et, puisqu'on effet il était coupable, comment nier que, judiciairement, cette condamnation ne fût juste?

Mais, comme acte politique, l'exécution de Louis XVI devaitelle échapper aussi aisément à la censure de l'histoire? Nous n'hésitons pas à dire, quant à nous, que c'était une erreur que cette exécution si tragique, si horriblement solennelle, si violemment contraire à la disposition générale des esprits dans toute l'Europe, si propre enfin à émouvoir, en faveur de Louis XVI, et la pitié de ses contemporains, et celle des générations à venir. Eh quoi ! n'y avait-il donc pour la Révolution que ce moyen de braver ses ennemis? La République eût-elle paru moins grande, étant plus généreuse? Le pouvoir de tuer est l'attribut des plus vulgaires tyrannies : le véritable attribut

tr NOM DE LA Tris-Sainte Thimtr, ud Plrp,

kT no Fil-*, et du SÀi>JT-EspHir Aujourd'hui

vingt-cinquièiiie jour de décembre l'92, moi,

Louis, seizième du nom, lloi de Krunce, étant,

depuis plus de quatre mois, renfermé, avec ma.

famille, dans la tour du Temple, à Paris, par

ceux qui étaient itiCS sujets, et prive de toute

communication quelconque, môme depuis le H du courant,

famille, de plus, impliqué dans un procès dont il

est impossible de prévoir 1 issue, a cause des passions des

hommes, et dont »n ne trouve aucun prétexte ni moyens

dans aucune loi existante, n'ayant que Dieu pour témoin

de mes pensées, et auquel je puisse m'adresser, je déclare ici.

en sa présence , mes dernières vûUmtés et mes sentimens

Je laisse mon âme à Dieu, mon créateur, je le prie de la recevoir dans sa miséricorde, de ne pas la juger d'après s par ceux de notre Seigneur Jésus-t^hrist. qui s'est offert en sacrifice à Dieu son père, pour nous autres hommes, quelqu'indignes que nous en fussions, ei moi le premier.

Je meurs dans l'union de notre Sainte Mère l'Eglise Catholique. Apostolique et Romaine, qui tient ses pouvoirs, par une succession non interrompue, de Saint Pierre, auquel Jésus-Christ les avait confiés.

Je crois fermement, et je confesse tout ce qui est contenu dans le symbole et les comniandemens de Dieu et de l'Eglise, les sacreinens et les mystères, tels que TEglise Catholique les enseigne et les a toujours enseignés. Je n'ai jamais prétendu me rendre juge dans les différentes manières d'expliquer les dogmes qui déchirent l'Eglise de Jésus-Christ, mais je m'en suis rapporté, et rappurterai toujours, si Dieu m'accorde vie, aux décisions que les supérieurs ecclésiastiques, unis à la Sainte Eglise Catholique, donnent et donneront, conformément à la discipline de l'Eglis* , suivie depuis Jésus-Christ.

Je plains de tout mon cœur nos frères qui peuvent être dans l'erreur; mais je ne prétends pas les juger, et je ne les aime pas moins tous en .lésus-Christ , suivant ce que la charité chrétienne nous enseigne. Je prie Dieu de me pardonner tous mes péchés, j'ai cherché à les connaître scrupuleusement, k les délester et à m'iiumilier en sa présence. Ne pouvant me servir du ministère d'un Prêtre Catnolique, je prie Dieu de recevoir la confession que je lui en ai faite, et surtout le repentir profond que j'ai d avoir mis mon nom fquuique cela fût contre ma volonté) à des actes qui peuvent être contraires à la discipline et à la croyance de 1 Eglise Catholique h. laquelle je suis toujours resté sincèrement uni ceur.

Je prie Dieu de receroir la ferme résolution où je suis, s'il m'accorde vie, de me servir, aussitôt que je le pourrai, du ministère d'un Prêtre Catholique, pour m'accuser de tous mes pécliés, et recevoir le sacrement de pénitence.

Je prie tous ceux que je pourrais avoir offensés par inadvertance fcar je ne me rappelle pas d'avoir fait sciemment aucune offense à personnel, ou ceux à qui j'aurais pu avoir donné de mauvais exemples ou des scandales, de me pardonner le mal que je peux leur avoir fait; je prie tous ceux qui ont de la charité, d'unir leurs prières aux miennes, pour obtenir de Dieu le pardon de mes péchés.

Je pardonne, de t-mt ii'on cœur, à ceux qui se sont faits mes ennemis, sans que je leur aie donné aucun sujet, et je prie Dieu de leur pardonner, de même qu'à ceux qui. pur un faux zèle, ou par un zèle mal entendu, m'ont fait beaucoup de mal.

Je recommande â Dieu ma femme e* mes en fan s , ma sceur et mes tantes, mes frères, et tous ceux qui me sont attachés, par le lien du s..ng . par quelqu autre nianière que ce puisse être; je prie Dieu, particulièrement, de jeter des yeux de miséricorde sur ma îem^Q, mes enfans et ma sœur, qui Souffrent depuis l'rngtemps avec moi, de les soutenir par sa grâce, s'ils vienn..nt a me perdre, et tant qu'ils resteront dans ce monde périssable.

Je recomman'ie n es enfans à ma femme : douté de S;;, tendresse maternelle pour eux; mande surtout don laire de bons clirétiens hoiiimes, d« ne leur faire regarder les grandeurs de ce monde-ci : s'ils sont conda rnés à les éprouveri, que comme des biens dangereux et périssables, et de tourner leurs regards vers la seule gloire soli'ie et durable de l'éternité ; je prie ma sœur de vouloir continuer sa tendresse à omis

je n'ai jamais je lui recomct d'hoimétes

enfans, et de leur tenir lieu de mère, s'ils avaient le malheur de perdre la leur.

Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi, et les chagrins que je pourrais lui avoir donnés dans le cours de notre union; co:nme elle prut être sûre que je ne garde rien contre elle, si elle croyait avoir quelque chose à se reprocher

Je recommande bien vivement à mes enfans, après ce qu'ils doivent à Dieu, qui doit marcher avant tout, de rester toujours unis entre eux , soumis et obéissans à leur mère et reconnaissans de tous les soins et les peines quelle sv donne pour eux et en mémoire de moi. Je les prie de regarder ma sœur comme une seconde mère.

Je recommande à mon fils, s'il avait le malheur de devenir Roi, de songer qu'il se doit tout entier au bonheur de sos concitoyens; qu'il doit oublier toute haine et tout ressentiment, et nommément ce qui a rapport aux malheurs et aux chagrins que j'éprouve ; qu'il ne peut faire le bonheur des peuples, qu'en régnant suivant les lois; mais en même temp-> qu un Roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a 1 autorité nécessaire, et qu'autrement, étant lié dans ses opérations, et n'inspirant point de respect, i] est plus nuisible qu'utile.

Je recommande à mon fils d'avoir soin de toutes les personnes qui m'étaient attachées, autant que les circonstances où il se trouvera lui en donneront les facultés; de songer que c'est une dette sacrée que j'ai contractée enfans ou les parens de ceux qui ont péri pour moi , et ensuite de ceux qui sont malheureux pour moi.

Je sais qu'il y a plusieurs personnes de celles qui m'étaient attachées, qui ne se sont pas conduites envers moi comme elles le devaient, et qui ont même montré de l'ingratitude; mais je leur pardonne [souvent, dans les momens de trouble et d'effervescence, on n'est pas le maître de soi), et je prif mon (ils, s'il en trouvé l'occasion, de ne songer qu'à leur malheur.

Je voudrais pouvoir témoigner ici ma reconnaissance à ceux qui m'ont montré un attachement véritable et désintéressé; d un côté , si j'ai été sensiblement touché de l'mgratitude et de la déloyauté de gens à qui je n'avais jamais témoigné que des bontés, à eux, ou à leurs parents ou amis; de l'autre, j'ai eu de la cunsolatinn à voir l'attachement et l'intérêt gratuit que beaucoup de personnes mont montrés. Je les prie d'en recevoir tous mes remercîmens ; dans la situation où sont encore les choses , je craindrais de les compromettre, si je variais plus explicitement ; mais je recommande spécialement à mon fils, de chercher les de pouvoir les reconnaître.

Je croirais calomnier cependant les sentimens de la nat si je ne recommandais ouvertement à mon fils MM. de Chamilly et Hue, que leur véritable attachement pour moi avait portés à s'enfermer avec moi dans ce triste séjour, et qui ont

ande aussi Cléry, des soins duquel j ai eu tout lieu de me louer depuis qu'il est avec moi : comme c'est lui qui est resté avec moi jusqu'à la fin. je prie messieurs de la Commune de lui remettre mes hardes , mes livres, ma montre, nja bourse et les autres effets qui ont été déposés au Conseil de la Commune.

Je pardonne encore très-rolontiers à ceux qui me gardaient les mauvais traitemens et les gênes dont ils ont cru devoir user envers moi; j'ai trouvé quelques âmes sensibles et compatissantes ; que celles-là jouissent, dans le cœur, de la tranquillité que doit donner leur façon de penser !

Je prie MM. de Malesherbes Tronchet et Desèze , de recevoir ici tous mes remercîmens , et 1 expression de ma sensibilité pour tous les soins et les donnés pour moi.

Je finis en déclarant devant Dieu, et prêt à paraître devant lui, que je ne me reproche aucun des crimes qui sont contre moi.

Fait double à la tour du Icmple, le 25 décembre 1792.

Signé, LOUIS i Cil écrit Bacdbais, 0/Jieifr Municipal.

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