‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 57 sur 100 · DERNIÈRES- PAROLES DE LOUIS XVI · texte numérisé non relu

DERNIÈRES- PAROLES DE LOUIS XVI

Je pardonné à mes ennemii; je dénre que ma mort fats» le salut de la Fiance ; je meurs innocent.

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do la puissance, c'est le droit de grâce. Sans aller jusque-là à l'égard de Louis XVI, la Républiciue ne pouvait-elle lui laisser au moins la vie, après avoir prouvé qu'il méritait de la perdre? Les Montagnards brûlaient d'extirper le royalisme, et ils ne songèrent pas que le sang féconde toute idée, fût-elle fausse! Et ils oublièrent que le roi nioti, vice te roi! Et ils ne soupçonnèrent pas combien la légende d'un roi supposé martyr serait dangereuse, tant que le monde appartiendrait aux ténèbres, tant qu'il ne ferait pas grand jour parmi les hommes ! Ce qu'il y avait à tuer, c'était l'idée monarchique, et à cela le bourreau ne pouvait rien. Quand les Anglais voulurent en finir avec la dynastie des Stuarts, ils se souvinrent que l'exécution de Charles I" leur avait légué le retour de son fils; ils ne tuèrent donc pas Jacques II, ils le chassèrent. On a trop répété le mot de Barère : H n'y a que les maris qvi ne reviennent pas. C'est le contraire qui est vrai • Il n'y a que les morts qui reviennent.

CHAPrrPvE IX

DÉBAT SUR L'APPEL AU PEUPLE

ouïs XVI était occupé à lire Tacite quand, pour la première fois, Malesherbes parut au Temple. Il quitta aussitôt le volume ouvert devant lui sur une petite table, et courant tout ému audevant du vénérable vieillard dont les yeux étaient baignés de larmes , il le serra tendrement dans ses bras. « Votre sacrifice, lui dit-il, est d'autant plus généreux, que vous exposez votre vie et que vous ne sauverez pas la mienne. »

Bien que ces paroles semblassent témoigner d'un découragement profond, Louis XVI mit une remanpiable ardeur à préparer sa défense. Depuis le 14 décembre jus(|u'au 26, il eut des conférences régulières avec ses conseils, qui venaient au Temple à cinq heures et se retiraient à neuf. Tous les matins, Malesherbes apportait, soit les papiers-nouvelles, soit les opinions imprimées des députés, relatives au procès ; et jamais le roi ne se couchait sans avoir lu ces différentes pièces, qu'il avait soin de brûler ensuite lui-même dans le poêle de son cabinet pour ne pas compromettre ses défenseurs.

Le 17, Malesherbes et Tronchet écrivirent à la Convention: « Nous avons appris avec douleur que l'Assemblée a fixé à un terme très-prochain (le 26) le jour où Louis et son conseil paraîtront à la barre. Il est impossible à deux hommes, l'un plus que sexagénaire , l'autre plus que septuagénaire, de préparer une défense contre une accusation divisée en plus de quarante chefs, au soutien de laquelle on présente cent cin([uante-huit cotes. Nous avons le plus grand besoin d'être secourus par le travail d'un troisième conseil, et celui que nous avons à défendre a choisi M. Desèze , homme de loi. »

La Convention admit sur-le-champ cette demande, et Desèze, jeune avocat de Bordeaux, fut chargé du plaidoyer.

On lit dans le journal de Malesherbes que ce plaidoyer, tel que Desèze le rédigea d'abord, se terminait par une péroraison si pathétique qu'elle fit fondre en larmes ses deux collègues quand il la leur communiqua. Mais Louis XVI désira qu'elle fût supprimée : « Je ne veux pas les attendrir, » dit-il. Malesherbes raconte aussi que son nuiitre lui expii-

uiant un jour son regret de ne pouvoir récompenser le zèle de Tronchet et de Desèze, il lui dit : « Sire, leur conscience et la postérité se chartieront de leur récompense; mais vous jinivez déjà leur en accorder une qui les comblera. — La- (juelle? — Embrassez-les, sire. » Louis XVI les embrassa, iM effet, le lendemain, et ils se prirent à pleurer.

Quelque active que fût la surveillance des municipaux, elle ne l'était pas au point d'empêcher le roi de communi({uer mystérieusement avec sa famille. C'est Cléry qui nous l'apprend : « Turgy me prévint que Madame Elisabeth, en lui rendant sa serviette après le dîner, y avait glissé un petit billet écrit avec

des piqûres d'épingle Je remis une lettre du roi à Turgy,

qui me rapporta la réponse d;ins un peloton de fil qu'il jeta sous mon lit en passant près de la porte de ma chambre.... La bougie que me donnaient les commissaires était en paquets ficelés Je faisais passer une partie de cette ficelle à

?\Iadame EUsabeth, qui était logée au-dessus de moi et dont la fenêtre répondait perpendiculairement à celle d'un petit corridor communiquant à ma chambre. La princesse pouvait pendant la nuit attacher ses lettres à la ficelle et les laisser glisser jus(ju'à la fenêtre qui était au-dessous de la sienne, un abat-jour en forme de hotte ne permettant pas de craindre que les lettres tombassent dans le jardin. »

Le 19 décembre, le déjeuner ayant été apporté, Louis XVI dit : « Je ne déjeune pas aujourd'hui; ce sont les Quatre- Temps. » Ce jour-là, Dorat-Cubières, de service à la tour, lui avait vu prendre, au sortir du lit, un livre qu'il s'était mis à lire d'un air pénétré. Tout à coup, allant aux commissaires : « Avez-vous un couteau à me prêter, leur demanda t-il, pour couper ces feuillets? » Dorat-Cubières s'approcha; le livre était un bréviaire. Ces circonstances, lorsqu'on en rendit compte à la Commune, y ayant excité des murmures, peutêtre parce qu'elles parurent puériles , le rapporteur s'excusa do les avoir consignées dans son travail. « Il faut que vous sachiez que Louis est dévot; ce n'est pas une bonne qualité pour un roi. Charles IX et Henri III étaient aussi dévots, et c'étaient des monstres. »

Le même jour, 19, le roi dit à Cléry, en présence de quelques officiers municipaux : « Il y a quatorze ans que vous avez été plus matinal qu'aujourd'hui. » Cléry comprit que Louis XVI i^ensait à sa fille. « C'est son jour de naissance, ajouta d'une voix attendrie le prince captif, et être privé de la voir!. . » Il y eut un moment de silence.

Le 22, statuant sur une demande du prisonnier, que fatiguait la longueur de sa barbe et qui montrait de la répugnance à se laisser raser, la Comm.une arrêta qu'on lui confierait des rasoirs, à condition qu'il ne s'en servirait que sous les yeux de deux officiers municipaux. Il se plaignait d'une Ihixion et avait témoigné le désir de consulter un dentiste ; co désir fut satisfait; et c'est faussement cfue certains écrivains royalistes accusent la Commune d'avoir refusé à Marie- Antoinette, à sa fille, à sa belle-sœur, jusqu'à des ciseaux pour se couper les ongles.

Louis XVI termina, le 25 décembre, un travail cher à son cœur et auquel il travaillait assidûment depuis trois jours. C'était son testament. Dans un style simple, noble, empreint d'humilité chrétienne et qui était comme l'écho plaintif d'une âme douce, celui qu'avait environné une cour brillante, et qui maintenant, selon ses propres expressions, « n'avait plus que Dieu pour témoin de ses pensées , » recommandait au ciel sa femme, ses entants et sa sanir; il pardonnait à ses ennemis, sollicitait le pjardon de ceux qu'il pouvait avoir offensés, bénissait ses serviteurs fidèles , et léguait l'oubli des injures à son fils.. . « s'il avait le malheur de devenir roi! »

DEBAT SUR L'APPEL AU PEUPLE

Jusqu'alors, la résignation du monar([ue déclni avait éli' mêlée de quelque trouble. Son testament (ait, il parut plus tranquille, et le témoigna en ces termes à Malesherbes : « J'ai arrangé mes petites affaires : à présent , ils peuvent faire de moi ce qu'ils voudront. »

C'était le lendemain de la i'ète de Noël, 26 décembre, que Louis X\ I devait ètr>^ traduit pour la seconde fois à la bane de la Convention nationale : quand le maire, le procureur de

la Commune , les commissaires de service et le commandant général vinrent l'avertir que l'Assemblée l'atleudait, son visage exprima le sentiment de l'impatience satisfaite, et il descendit sur-le-champ. Il était alors ni'uf heures et demie. Son calme, durant le trajet, fut si grand et si soutenu, qu'il frappa d'étonnement ceux qui avai?nt mission de l'accompagner. Pendant que la voiture roulait entre deux longues lignes d'hommes armés, tous immobiles, tous silencieux cl

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