‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 59 sur 100 · LOUIS XVI DEVANT LA CONVENTION · texte numérisé non relu

LOUIS XVI DEVANT LA CONVENTION

Que le peuple, en se nommant des représentants, n'avait pas entendu se donner des despotes : comme s'il n'y avait pas de milieu entre le despotisme et le chaos !

Qu'au peuple seul il appartenait « de ne pas tenir sa promesse, » en dépouillant Louis XVI de l'inviolabilité promise : comme fi le manque de foi était un acte légitime de la souveraineté !

Que l'anarchie autour des urnes n'était pas à craindre , parce que les agitateurs n'exerçaient qu'à Paris leur empire usurpe • comme s'il avait été question dans le discours de Robespierre des agitateurs jacobins !

Qu'on n'avait pas témoigné cette grande frayeur, quand on avait appelé les assemblées primaires à sanctionner ia Con-

stitution : comme s'il était raisonnable de comparer la rédaction de principes généralement consentis, à cette question de la mort du roi , qui pouvait troubler tant d'âmes incertaines, faire redouter tant de vengeances, mettre aux prises la colère et la pitié, répandre enfin sur toute la surface de la France l'incendie déjà si violemment allumé dans la Convention !

Rien de plus indigent qu'une pareille logique ; et malheurLîUsement, au défaut de logique se joignit le défaut de sincérité. Vergniaud, il faut bien le dire, manqua de respecl à son propre génie, en accusant son rival d'avoir présenté h majorité de la nation comme composée d'intrigants , tandis que, au contraire, l'argumentation de Robespierre portait sur

le danger de voir cette majorité, qu'il déclarait honnête mais ignorante, devenir dupe de quelques intrigants habiles. Et il n'y avait pas moins de mauvaise foi à prétendre que Robespierre diffamait, calomniait l'espèce humaine, parce qu'il ne voulait pas qu'on égarât le suffrage universel hors de ses limites naturelles; qu'on lui donnât à rendre des arrêts contradictoires ou aveugles, propres à le décrier; ({u'on en fît, en un mot, le porte- voix de la guerre civile. Le peuple a besoin d'être servi, et non d'être flatté : reprocher à Robespierre d'être un contempteur du peuple, parce qu'il l'aimait assez pour ne pas se faire son courtisan, c'était trouver matière à insulte dans ce qui avait droit à l'admiration !

Où Vergniaud fut lui-même, ce fut lorsque, repoussant bien loin l'imputation de faiblesse adressée à ceux qui n'oseraient pas frapper Louis sans prendre l'avis du peuple, il s'écria : « Il fallait du courage, le 10 août, pour attaquer Louis dans sa toute-puissance : en faut-il tant pour envoyer à l'échafaud Louis vaincu et désarmé? Un Gimbre entre dans la prison de Marins pour l'égorger : effrayé à l'aspect de sa victime, il s'enfuit sans oser le frapper. Si ce soldat eût été membre d'un sénat, doutez-vous qu'il eût hésité à voter la mort du tyran? Quel courage trouvez -vous à faire un acio dont un lâche serait capable? »

Les passions départi, quand elles sont excitées outre mesure, ramènent tout à leur objet : les Montagnards et les Gi rondins avaient été conduits à envisager la mort de Louis XVi au point de vue des haines qui les animaient les uns contre les autres, et, chose horrible ! en discutant le sort de ce malheureux prince, ils parurent se battre sur son cadavre !

Robespierre avait dit : « On marche par la calomnie à la dissolution de l'Assemblée nationale. En faut-il d'autre preuve que cette discussion? Quel autre objet semble-t-elle avoir maintenant que de fortilier les préventions sinistres dont la calomnie a empoisonné tous les esprits? Est-ce contre la tyrannie de Louis XVI qu'on s'élève? Non, c'est contre la tyrannie prétendue de quelques patriotes opprimés. Sont-ce les complots de l'aristocratie qu'on dénonce? Non, c'est la dii;tature de je ne sais quels députés du peuple, qui sont là tout prêts à le remplacer. On veut conserver le tyran pour l'opposer à des patriotes sans pouvoir. Les perfides! ils disposent de toute la puissance publique, de tous les trésors de l'État, et ils nous accusent de despotisme ! Il n'est pas un hameau de la République où ils ne nous aient diffamés; pour multiplier leurs calomnies , ils violent le secret de la poste, au mépris de la foi publique, et c'est nous qu'ils traitent de calomniateurs ! Us nous ravissent jusqu'au droit de suffrage , et ils nous dénoncent comme des tyrans ! Et ce sanctuaire, ils le remplissent des cris de la vengeance ! »

C'étaient là certainement des paroles pleines de colère ; mais du moins Robespierre avait eu la sagesse, en terminant son discours, de revenir sur ses pas, d'invoquer l'esprit de concorde. « Unissons-nous pour sauver la patrie, et que cette délibération prenne enfin un caractère plus digne de nous et de la cause que nous défendons. Bannissons ces incidents déplorables qui la déshonorent. Ne mettons pas à nous persécuter plus de temps qu'il n'en faut pour juger Louis... La nature de nos débats agite et aigrit l'opinion publique, et cette opinion réagit douloureusement contre nous. La défiance des représentants du peuple semble croître avec les alarmes des citoyens. Un propos, le plus petit événement, que nous devrions entendre de sang-froid, nous irrite, la malveillance exagère, on imagine, on fait naître chaque jour des anecdotes dont le but est de fortifier les préventions, et la seule expression un peu vive des sentiments du public, si facile à réprimer, de-

vient le prétexte des mesures les plus dangereuses ! Peuple", épargne-nous au moins cette espèce de disgrâce. Garde tes applaudissements pour le jour où nous aurons fait une loi utile à l'humanité. Plutôt que de violer ces règles sévères , fuis le spectacle de nos débats. Loin de tes yeux, nous n'en combattrons pas moins; et quand le dernier de tes défenseurs aura péri, alors venge-les, si tu veux. » Oui, ainsi avait parlé Robespierre, et rappelant au peuple le ruban protecteur naguère étendu par lui autour d'un palais , il l'avait adjuré de ne pas faire moins en faveur d'une prison; il l'avait adjuré de ne point violer, par l'émeute, un dépôt qui appartenait à la justice et non pas à la fureur : « Citoyens, qui que vous soyez, veillez autour du Temple. »

A ce langagesi modéré, Vergniaud ne répondit qu'en invoquant une fois encore, contre Robespierre, le vain fantôme de la dictature, et en lui jetant à la face , avec une violence inouïe, avec une injustice flagrante, le sang des victimes de septembre :

« N'avez-vous pas entendu, dans cette enceinte et ailleurs, des hommes crier avec fureur : i Si le pain est cher, la cause « en est au Temple; si nous avons à souffrir chaque jour du « spectacle de l'indigence, la cause en est au Temple? »

« Ceux qui tiennent ce langage n'ignorent pas cependant que la cherté du pain, le défaut de circulation dans les subsistances , la mauvaise administration dans les armées , et l'indigence dont le spectacle nous afflige, tiennent à d'autres causes que celle du Temple. Quels sont donc leurs projets? Qui garantira que ces hommes, qui s'efforcent continuellement d'avilir la Convention , et qui peut - être y auraient réussi si la majesté du peuple qui réside en elle pouvait dépendre de leurs perfidies; que ces mêmes hommes qui proclament partout qu une nouvelle révolution est nécessaire , qui font déclarer telle ou telle section en état d'insuri-ection permanente, qui disent à la Commune que lorsque la Convention a succédé à Louis, on n'a fait que changer de tyran , qu'il faut une autre journée du 10 août; que ces mêmes hommes qui publient dans les assemblées de section et dans leurs écrits qu'il faut nommer un défenseur à la République, qu'il n'y a qu'un c/iP/" qui puisse la sauver; qui me garai t'ra, disje, que ces mêmes homiiaes ne crieront pas, après la mort de Louis, avec la plus grande violence . « Si le pain est cher, la « cause en est dans la Convention; si le numéraire est rare, Œ si nos armées sont mal approvisionnées , la cause en est <t dans la Convention ; si la machine du gouvernement se a traîne avec peine , la cause en est dans la Convention , « chargée de la diriger; si les calamités de la guerre se sont « accrues par la déclaration de l'Angleterre et de l'Espagne , « la cause en est dans la Convention, qui a provoqué ces dé- « clarations par la condamnation précipitée de Louis? »

« Qui me garantira qu'à ces cris séditieux de la turbulence anarchique ne viendront pas se rallier l'aristocratie avide de vengeance, la misère avide de changement, et jusqu'à la pitié que des préjugés invétérés auront excitée sur la mort de Louis ? Qui me garantira que dans cette nouvelle tempête, où l'on verra ressortir de leurs repaires les tueurs du 2 septembre , on ne vous présentera pas , tout couvert de sang, et comme un libérateur, ce défenseur^ ce chef que l'on dit être devenu si nécessaire? Un chef! Ah! si telle était leur audace , il ne paraîtrait que pour être à l'instant percé de mille coups. »

Avant de dire quelle fut, sur ce point d'une importance si haute, l'opinion de Marat, il est bon de noter que la société des Jacobins venait de rendre à son égard un arrêté singulier. Reconnaissant, avec Robert et Bourdon (de l'Oise),

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