CHAPITRE X
EXÉCUTION DE LOUIS XVI
E 13 janvier, un officier municipal écrivait à Marat : « Jamais la famille de Louis XVI n'a été plus gaie qi\'aujourd"hui. Louis a passé la matinée à cuire des marrons. »
Or, c'était le lendemain, 14, qui avait été fixé pour la position des questions dans l'Assemblée. Les spectateurs affluaient, l'impatience de tous était visible.
De nos jours on a écrit que, tenté d'un secret désir de sauver le roi, Danton, dans cette séance, proposa une série de questions très longue, très-compliquée, et qui promettait une chance à toute nuance d'opinion • c'est une erreur. La série de questions dont il s'agit fut proposée par Daunou et non par Danton. Ce dernier n'était pas encore arrivé de Belgique; il ne parut même pas à la séance du lendemain, dont le procès-rerbal le désigne comme absent par- commUsion. Et dès lors, que penser de cet étrange passage de M. Michelet?
« Que Louis XVI fût jugé, condamné, cela était très-utile; mais que la peine le frappât, c'était frapper tout un monde d'âmes religieuses et sensibles. ..Le moyen qu'employa Danton, le seul peut-être C[u"il pîit hasarder, dans l'état violent des esprits, lui Danton, lui dont la Montagne attendait les plus violentes paroles, ce fut, sans préface ni explication, de présenter une liste de questions très-nombreuses, habilement divisées, où revenait par deux fois, sous deux formes, la question capitale : La peine, quelle quelle soit, sera-t-cUe ajovr- 7îcf, après la guerre? Danton, évidemment, mettait une planche sur l'abîme et tendait la main, invitant à passer dessus. On devait croire que la Gironde s'emjiresserait de passer la première, de donner l'exemple au cenlie. La Montagne resta muette d'étonnement. Un seul homme réclama, et un homme secondaire. Robespierre n'eut garde de rien dire. Il regarda froidement si Danton allait se perdre en avançant vers la Gironde. Mais celle-ci n'avança pas, etc., etc.... »
Ainsi, cette humanité de Danton, cette concession prudente à la pitié superstitieuse des âme» sensibles, ces avances à la Gironde, cet étonnement de la Montagne, cette inflexibilité attentive et froide de Robespierre, regardant si Danton allait se perdre, tout cela M. Michelet ne l'a tiré, ici, que de son imagination, abusée par une erreur de fait!
Et ce qui est pire, c'est que de commentaire en commentaire, de conséquence en consécjuence, l'historien en vient à dire que, si Danton, comme on va le voir, se déchaîna contre Louis XVI le surlendemain, ce fut la faute de la Gironde, qui n'avait pas su prendre la main qu'on lui tendait. « Ils l'ont voulu. C'est désormais le Danton de 93. »
Et voilà comment d'une simple méprise peuvent résulter les appréciations les plus fausses !
Son arrivée de Belgique, Danton ne la signala par sa présence à l'Asseûiblée que le 16 janvier; et quant à son appel aux « âmes sensibles, » voici dans quels termes il se hâta de le formuler. Gomme on parlait de défendre une comédie, « Il ne s'agit pas, s'écria-t-il, de misérables comédies, mais de la tragédie que vous devez donner aux nations; il s'agit de faire tomber sous la hache des lois la tête du tyran ! »
Pour en revenir à la séance du 14, l'Assemblée n'accueillit ni la série de questions présentée par Daunou, ni une autre du même genre que proposa Gambacérès. Beaucoup avaient
hâte d'en finir avec des incertitudes dont leur cœur supportait mal le tourment. La Gironde elle-même, après tant d'hésitations, de détours, de délais, n'était pas sans éprouver quelque lassitude. Lorsque, furieux de voir l'Assemblée « perdre son temps pour un roi, » Gouthon s'emporta jusqu'à dire : « Sommes-nous des répubUcains? non: nous ne sommes que de vils esclaves, » un cri spontané, parti de tous les bancs, salua cet amer élan d'impatience ; et, sans plus de retard, sur la proposition de Boyer-Fonfrède, un Girondin, l'Assemblée précisa les questions de la sorte :
Louis est-il coupable?
La décision, quelle quelle soit, sera-t-elle soumise ù la ratification du peuple?
Quelle peine Louis a-t-il encourue?
L'appel nominal sur la première de ces questions s'ouvrit le 15. L'Assemblée se composait légalement de 749 mem- ])res. Rouyer et Jean Bon-Saint-André firent voter, contre tout absent dont l'absence ne serait point motivée, la censure solennelle, écrite, imprimée, avec envoi aux départements. Mais de semblables précautions n'étaient pas nécessaires dans une Assemblée , la plus intrépide peut-être qui ait jamais occupé la scène du monde : l'appel nominal ne constata que 28 absences : 8, pour cause de maladie; 20, par commission. Au nombre de ceux c^u'une mission patriotique tint éloignés , ce jour-là, de l'imposant prétoire, se trouvaient les jansénistes Camus et Grégoire, le Girondin Lasource, Collot-d'Herbois, et enfin Danton. 5 membres déclarèrent se récuser, et l'un d'eux, Noël des Vosges, d'une manière touchante : « Mon fils est mort sur la frontière en défendant la patrie : je ne puis être juge de celui que je regarde comme le principal auteur de sa mort. » 33 votants reconnurent Louis coupable, mais en motivant leur opinion de diverses manières, et la plupart en reniant la qualité de juge, pour ne garder que celle de législateur. 683 membres prononcèrent, sans y ajouter de réllexion, le oui fatal.
Ce fut donc à la presque unanimité que, soit par des votes simples, soit par des votes motivés, la Convention se prononça sur la première question : résultat terrible que le président proclama en ces termes : « Au nom du peuple français, la Convention nationale déclare Louis Capet coupable de conspiration contre la liberté de la nation et la sûreté générale de l'État. »
On procède ensuite à l'appel nominal sur la seconde question. Les forces de la fougueuse Gironde étaient si peu disciplinées, que Ducos, Boyer-Fonfrède, Isnard, Gondorcet votèrent contre, tandis que Vergniaud, Valazé, Buzot, Brissot, Guadet, et leurs amis, votaient pour. Quant au Centre, deux grandes influences le faisaient pencher du côté de la Montagne : la parole de Barère et l'opinion connue de Sieyès. Aussi l'appel au peuple ne fut-il admis que par 281 voix ; 423 le rejetèrent.
Un incident qui touchait au scandale marqua cette épreuve : Camille Desmoulins fut censuré pour avoir dit, à propos d'événements récents : « Je ne m'étonne pas que plusieurs de mes collègues soient vendus, puisque le roi de Pologne s'est vendu lui-même. » En votant contre l'appel au peuple, Philippe d'Orléans avait prononcé cette parole, qui fit frissonner, tant elle annonçait clairement un vote plus tragique : << Je ne m'occupe que de mon devoir. » Tristes puérilités de la haine ! Barbaroux et Duprat se firent gloire de dire oui, parce que Philippe d'Orléans avait dit non.
Ce jour-là même paraissait dans la feuille de Brissot une lettre où l'on remarquait les phrases que voici : « Sans doute il faut donner une leçon aux rois, mais il faut encore plus
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en donner une aux peuples : les rois finissent, les peuples commencent — Louis le dernier, appuyé S'u- un sceptre, ([ui ne vaut pas un Lâton, ne pouvait se traîner de cour en cour, comme Bélisaire, qui, fier de ses souvenirs, demandait l'aumône dans un casque : il fallait le mener subir, aux Etats- Unis, le spectacle d'un peuple souverain ; c'était aussi l'opinion de Paine, qui a appris en Angleterre que ce n'est pas la mort d'un roi qui tue les rois. — Le berceau de la République est comme celui de Mo'ise : une vague peut l'emporter. » Et le signataire, c'était Manuel, lui qui naguère avait laissé tomber dans la Convention ce mot inexorable ; » Un roi de moins, ce n'est pas un homme de moins ! »
Ce fut le 16 janvier 1793, à dix heures du matin, que commença la séance qui devait décider du sort de Louis X\'I, séance formidable sur laquelle descendirent deux fois les ténèbres de la nuit, séance aux mille aspects divers, aux audaces subhmes, aux visions pleines de mélancolie, sanglantes .., aux joies troubles; où il se prononça des paroles c[ue n'avaient jamais entendues les rois de la terre; où, de même que le fanatisme, la pitié eut son courage; où des femmes assistèrent, élégamment parées, souriant dans les fleurs; où de prodigieux défis furent lancés à tout l'ancien monde, à ses armées en marche, à ses vengeurs futurs, par des hommes trempés d'acier; où circulèrent des coupes pleines de vin; où l'apparition de malades venant voter, avec la pâleur des fantômes sur le front, fut saluée de rires étranges; où il y en eut qui mangèrent, qui burent, qui s'endormirent, qui se réveillèrent pour dire : « La mort! » >
Le théâtre de ces scènes fantastiques a été peint par un homme qui les vit, s'y trouva mêlé. Et quel tableau! Au fond de la salle, rangée de dames en négligé charmant; dans les tribunes hautes, gens de toute condition, énorme affluence d'étrangers; du côté de la Montagne — et que d'opulents personnages siègent là, depuis le duc d'Orléans jusqu'au marquis de Ghâteauneuf, depuis Lepelletier Saint-Fargeau et Hérault de Séch elles jusqu'au riche baron prussien Anacharsis Clootz! — du côté de la Montagne, tribunes réservées aux maîtresses à rubans tricolores ; dans les couloirs, huissiers qui vont et viennent, font placer les belles visiteuses, jouent le rôle d'ouvreuses d'Opéra; et au miheu de tout cela, très-certainement, beaucoup de têtes penchées dans la méditation , beaucoup de visages sérieux ou émus , quelques physionomies farouches.... Mais Mercier, qui, de son banc, dessinait la salle, et qui jamais n'oublia un trait caractéristique, ne dit pas que les premières banquettes des tribunes ]iopulaires fussent occupées par des garçons bouchers; il ne parle ni de leurs tabliers ensanglantés, ni de leur affectation li;irbare à faire sortir des plis de la toile le manche de leurs longs couteaux. Ces muettes menaces de cannibales sont une fable royaliste. Appelée à voter sous une pression pareille, la Convention, loin d'en subir l'injure, n'en eût pas même toléré le spectacle.
Et au dehors, pendant ce temps, que se passait-il? Que pensait, que faisait Paris? Est-il vrai C£ue pour intimider les juges et leur graver dans l'âme l'inexorable arrêt : 5a mort ou la tienne, on eût entouré la Convention de tout ce qui pouvait la rendre terrible en la terrifiant : armes brillant et retentissant aux portes, canons avec mèche allumée, multitude innombrable se heurtant aux murs, patrouilles lancées à travers cet océan d'hommes, bonnets rouges, voix rauques, gestes atroces, statues vivantes de l'assassinat se dressant autour de l'enceinte pour commander la mort ?
Non, non, et il faut le proclamer bien haut, semblable tache ne souilla point l'honneur de la Révolution, de la Con-
vention, de la France; et il est faux. Dieu merci! que les vaillants hommes par qui Louis XVI périt, n'aient fait en le condamnant que sacrifier à la peur. Jamais, au contraire, — les journaux et les documents officiels du temps l'attestent, — Paris n'avait été plus tranquille. Les agitations du mois de décembre avaient cessé Les travaux continuaient comme à l'ordinaire. L'Assemblée électorale tenait séance et paraissait songer à peine au roi. Les fédérés des départements allaient en députation vers les Marseillais pour leur porter des vœux de fraternité, — non de colère. On préparait une fête civique, en m 'moire du courage des Fédérés morts, et pour célébrer la réunion des Fédérés vivants. Il y avait bien eu quelques désordres au Théâtre-Français, dans la soirée du 15, mais excités parles royalistes, au sujet d'une pièce royaliste, l Ami des luis, qu'ils prétendaient faire jouer, bien cju'elle eût été interdite par la Commune et ne fût pas sur l'affiche. Santerre intervint, fut insulté, tint bon, rétablit l'ordre. Le lendemain, tout était tranquille. Aux abords de l'Assemblée, nul bruit, nul mouvement tumultueux, pas de foule, pas même son ombre. Le journal de Prudhomme écrit, — et comment eût-il osé, touchant un fait de ce genre, mentir à la face de la ville entière? « // n'y avait, pas, nous pouvons rassurer, trente personnes sur la terrasse des Feuillants! »
Ce qui est vrai, c'est que, dans la Convention, au commen cément de la séance du 16, quelques membres affectèrent de grandes alarmes, soit pour retarder la décision, soit pour la décrier d'avance, si elle était fatale au roi. L'un affirmait qu'on venait de fermer les barrières; un autre, Charles Villette, qu'on l'avait menacé au seuil même de l'Assemblée; un troisième, qu'il avait entendu crier, le matin, à un colporteur : « Voici la liste des royalistes. " Chambon lut une lettre de Roland au Comité de sûreté générale, où le ministre, pour la millième fois, remuait les cendres refroidies de septembre, parlait avec inquiétude de l'arrivée des pièces de canon parquées à Saint-Denis, et défendant les citoyens pusillanimes qu'on accusait de fuir Paris, s'écriait : >< Qu'y a-t-il d'étonnant à ce qu'on fuie?... Eh, laissez donc faire ceux qui ont peur! » A ces mots, quelques-uns feignent la terreur au point de la répandre. Rouyer propose de confier aux Fédérés, dès le lendemain, la garde de la Convention; et Lebas, dont cette agitation factice de quelques royahstes habiles abuse la candeur : « Qu'on rende un décret pour faire assembler nos suppléants dans une autre ville, et alors nous braverons ici les poignards des assassins. » Danton, lui, ne s'y laissa pas tromper : « Je demande, dit il, que la Convention prononce sur le sort de Louis sans désemparer, » et la proposition est décrétée à l'instant. Alors, comme Rouyer reproduisait d'une âme obstinée sa triste motion, BoyerFonfrède, avec une noblesse de sentiments et de langage, digne de son rang de législateur et de sa qualité de juge, laissa tomber ces graves paroles : « Ne calomniez pas le jugement que vous allez rendre.... Reposez-vous de ce soin sur vos ennemis Je sais
que des hommes comme vous sont toujours libres; mais songez que vous devez encore le paraître. » De sa place, Marat n'avait cessé de contempler, d'un air méprisant, le spectacle de ces frayeurs simulées, si bien flétries par Fonfrède : il se lève, invite la Convention à se respecter elle-même, demande à ceux cjui prétendent qu'ils délibèrent sous le poignard s'il en est un seul parmi eux qui ait reçu une égratignure, puis se met à éclater de rire. Les ministres entrèrent, et Garât, comme ministre de la justice, rendit compte de la situatioi de Paris, de manière à lever tous les doutes, s'il en eût existé de réels : il était faux que l'ordre eût été donné de fermer les barrières, elles étaient ouvertes; il était faux que la capital*
s'agitât, le ministre dans sa route avait trouvé tout 'joarfaitement tranquille; il était faux qu'on prît à la Mairie des précautions de nature à indiquer une connagration. Garât déclarait avoir vu le maire libre de tout souci, en costume de malade, au milieu de sa famille; il était faux que les canonsvenus de Saint Denis fussent un motif sérieux d'alarme, c'étaient de grosses pièces de siège manquant des entourages nécessaires pour qu'on put s'en servir. Voilà ce qui demeure acquis à l'histoire.
La Convention n'était donc pas sous la pression de Paris soulevé et menaçant, quand l'implacable logique des choses lui donna le sort de Louis XVI à décider. Le péril? le vrai péril? Ah! il n'était pas ici à se montrer indulgent, mais à se montrer inexorable. Oui, ceux-là touchèrent aux dernières limites du courage humain , qui venaient à cette tribune qu'on apercevait de toute la terre, dire d'une voix haute et forte : « Je vote la mort ! » Et s'ils se trompèrent , ce fut du moins à la façon des Titans. Car, cet homme faible, Louis XVI, ce vaincu, ce captif, ce pauvre être en apparence abandonné, il représentait tout ce qui, depuis l'origine des sociétés, avait été la force sans être le droit; il représentait les monarques et leurë armées, les prêtres et leurs légions de fanatiques, les nobles et les millions d'hommes que leur asservissent l'ignorance, le prestige ou l'habitude , il représentait les privilégiés de la fortune et son incalculable puissance. N'était-ce donc rien que de frapper cela, en plein jour, d'un seul coup, en inscrivant son nom dans un registre où le bourreau le retrouverait plus tard? Et ils savaient bien ce qui les attendait lorsqu'ils seraient retombés dans la foule obscure! Ils savaient ]3ien quelles vengeances les poursuivraient jusqu'au tombeau, dans le tombeau, et au delà du tombeau ! Lebas ignorait-il ce que recelait l'avenir, lorsqu'il écrivait à son père : « Nous voilà lancés; les chemins sont rompus derrière nous? » Et Bazire croyait-il être dans une route semée de roses, lorsque, plus tard, à Mercier, lui demandant s'il avait fait un pacte avec la victoire, il répondait, sublime et sombre : " Non, nous l'avons fait avec la mort! »
La séance s'était ouverte par une invocation à la liberté, invocation sincère, mais inopportune, dont la Commune, en faisant fermer les théâtres, avait fourni le texte à Pétion; puis, de longues heures s'étaient écoulées dans les agitations factices qui viennent d'être retracées . le soir approchait, quand l'Assemblée fut appelée par Lanjuinais et Lehardy à décider si la majorité requise pour faire force de jugement serait des deux tiers des voix. On pouvait craindre que le débat ne se traînât encore longtemps sur cette question. Mais Danton la trancha rudement, en quelques mots N'avait-on pas voté à la majorité absolue seulement la République, la guen-e? Ne coulait-il pas définitivement, le sang qui coulait au miheu des combats? Pour prononcer sur le sort de la nation entière, il avait suffi d'une simple majorité, et une simple majorité ne suffisait pas pour prononcer sur le sort d'un conspirateur? Cette opinion l'emporte, et l'appel nominal commence. Il était en ce moment huit heures du soir.
Le département de la Haute-Garonne ayant été appelé le premier, conformément à l'usage qui, dans les appels nominaux, assignait à chaque département à son tour la priorité du vote , Jean Mailhe s'avança. La salle était faiblement éclairée, le silence profond. Mailhe dit : « La mort. » Delmas vint ensuite, et dit « La mort » Julien ^ La mort. » Calés . « La mort. » Ayral , « La mort. » Desazy : « La mort ... » Avec le bruit sourd et monotone de la hache qui tombe, se relève, et retombe, ce mot « la mort » avait déjà
retenti quatorze fois, sans que plus de sept votes eussent été donnés à la réclusion, c'est-à dire à la pitié, lorsf[ue le secrétaire cria : Vergniaud ! . . .
A ce nom, la salle entière tressaille, l'attention redouble. Quel arrêt va sortir de ces lèvres si impérieusement éloquentes? Elle est nombreuse la phalange qui suit Vergniaud, et composée d'hommes indécis : quelle impulsion vont-ils recevoir? D'un air recueilli, d'une voix émue, et sa conscience l'emportant sur son cœur, Vergniaud dit : « La mort! »
Il se hâta de demander, ce cju' avait déjà fait Mailhe, que SI son opinion prévalait, on discutât cette ([uestion : l'exécution sera-t-elle différée? C'était le cœur qui parlait ici.
Que l'amant de Mlle Candeille, doux et clément génie, fût venu à la séance avec des pensées que l'impression du moment fit évanouir; que, le jour même, il eût promis à l'amitié de ne se point montrer sévère , et que son vote ait été la violation d'une promesse, c'est ce qu'on lit dans des pages évidemment pleines de venin et portant une date qui les rend suspectes; c'est ce qu'ont répété avec de flétrissants commentaires les écrivains d'un parti vaincu alors, depuis vainqueur, et c'est ce qu'il est tout au moins permis de révoquer en doute Mais que , devant les mornes visages des tribunes hautes, mais que sous l'œil de Marat, Vergniaud ait eu peur, qui donc croira jamais cela? Vergniaud avoir eu peur, lui qui se tenait prêt à livrer sa tête en témoignage de sa foi républicaine, lui un des chefs de cette Gironde qui contre Robespierre , contre les Jacobins , contre les Cordeliers, poussa le courage jusqu'à l'injustice, jusqu'au vertige? Non, non : Vergniaud ne connut pas la peur : elle n'était pas de son temps ! Quoique sur la culpabilité de Louis XVI sa conviction fût entière, peut-être, en effet, avait-il un instant senti la liache trembler dans^ ses mains ; peut-être même lui arriva-t-il de s'en ouvrir, la veille du jour décisif, à une femme qui] aimait. Eh, quand cela serait? Ah, les condamne cpi l'ose, ces incertitudes de la générosité aux abois! S'il est vrai cjue Vergniaud, homme et citoyen, ait voulu se prononcer pour la pitié , ait cru le pouvoir, et n'ait, au dernier moment, trouvé de force que pour la justice, cette noble impuissance d'une âme tendre atteste la sincérité de sa conviction, en lui laissant l'honneur de son humanité. L'exphcation véritable du vote de Vergniaud, rapproché de ce qu'il aurait dit la veille, veut-on savoir où elle est? Elle est dans ces paroles magnanimes et à jamais touchantes que prononça, presque aussitôt après, Ducos, son ami : « Condamner un homme à mort, voilà de tous les sacrifices que j'ai faits à la patrie le seul qui mérite d'être compté ! »
Ceux des Girondins connus qui votèrent la mort comme Vergniaud, c'est-à-dire en faisant suivre leur vote du désir exprimé par Mailhe, furent Guadet, Buzot, Pétion. Rabaud- Saint-Etienne se prononça pour la réclusion ; Condorcet pour la peine la plus grave qui ne fût pas la mort ; Kersaint, pour la détention , Salles, pour la détention , et le bannissement à la paix; Valazé, pour la mort avec sursis. La peine capitale, mais l'exécution différée jusqu'à l'établissement de la constitution, tel fut aussi l'arrêt rendu par Brissot et Louvet. Quant à Rebecqui, Barbaroux, Jean Duprat, Isnard, Lasource, Boyer-Fonfrède, ils votèrent purement et simplement la mort. Gensonné, rassemblant toutes ses haines dans son vote, déclara que Louis devait périr, mais qu'il fallait enjoindre du même coup au ministre de la justice de poursuivre les assassins du 2 septembre, afin de bien montrer que la Convention nationale « ne faisait point cracceplion entre les scélérats. »
Parmi les votants de l'un et l'autre parti, beaucoup
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motivèrent leur arrêt en termes qui méritent d'être rapportés
Robespierre « Je n'ai jamais su décomposer mon existence. politi(p;e pour trouver eu moi deux qualités disparates, celle de ju^^e et celle d'homme d'État.... Je suis inflexible pour les oppresseurs parce que je suis compatissant pour les opprimés. Je ne connais point l'humanité qui égorge les peuples et qui pardonne aux despotes. Le sentiment qui m'a porté , mais en vain, à demander, dans l'Assemblée constituante, l'abolition de la peine de mort, est le même qui me force aujourd'hui à demander qu'on l'applique au tyran de ma patrie et à la royauté elle-même en sa personne. Je vote pour la mort. ï
Danton : « Je ne suis point de cette foule d'hommes d'Ê- Mt c[ui ignorent c[u"on ne compose pas avec les tyrans, qu'on le les frappe qu'à la tête.... Je vote pour la mort. »
Chaillon : « Je vote pour la réclusion Je m'o2:)pose à la mort de Louis, précisément parce que Rome la voudrait pour le béatifier. »
Gentil : « Je vote pour la réclusion, parce que je ne veux l)as <{ue mon ojjiniou contribue à donner à la France un (iiomwell ou le retour imprévu d'un Charles IL »
Zangiacomi : « La détention pendant la guerre et le bannissement à la paix, pour que la honteuse existence de Louis -l'rve d'épouvantail à tous ses pareils. «
Albouys : « Qu'il reste enfermé jusqu'à ce que nous n'ayons plus rien à ci-aindre , et qu'ensuite il aille errer autour des trônes. »
Pagancl : « Les rois ne peuvent plus être utiles que par leur mort. »
Barère : « L'arbre de la Libellé, a dit un auteur ancien, croît lorsqu'il est arrosé du sang de toute espèce de tyran. »
îvlilliau « Des législateurs philanthropes ne souUlent pas le code d'une nation par l'établissement de la peine de mort ; mais pour un tyran si elle n'existait pas, il faudrait l'inventer. »
Goupilleau : « La mort, et sans délai. Autrement, Louis di subirait autant de fois que le bruit des verrous de sa prison viendrait frapper son oreill'e. Or, vous n'avez pas le droit d'aggraver son supplice. »
Manuel; « Je vote pour l'emprisonnement. Le droit de mort n'appartient qu'à la natui'e. Le despotisme le lid avait pris : la liiberté le lui rendra? n
Beaucoup ne dirent qu'un mot, un seid, le mot funèbre; et de ce nombre fut Sieyès.
On appela PhiHppe-Ègalité : il était là ! S'abstenir , il le [.ouvait certainement : aussi, lorsqu'on le vit se lever, et d'un pas ferme, le visage impassible, monter l'escalier du bureau, l'Assemblée demeura comme suspendue entre la curiosité et la surprise. Lui, sans cfu'un signe perceptible pût faire soup- (^onner quelque reste d'émotion caché au fond de son cœur : « Uniquement occupé de mon devoir, dit-il, et convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteront par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort , je vote pour la mort. « Il regagna sa place, au milieu d'une rumeur sourde excitée par ce vote, qu'on osait à peine prévoir. La Montagne la première en frémit.
Cependant une nuit, toute une longue nuit, s'est écoulée déjà; les lueurs du matin, pénétrant dans la salle, ont fait pâbr les flambeaux, sans interrompre la séance ; puis, le soleil du 17 s'est levé; et nul encore ne peut savoir de quel côté penchera la balance redoutable. De tous ces hommes, aujourd'hui juges, demain proscrits ou guillotinés , qui , solennellement, un à un, montent les degrés du tribunal par-
lementaire, brillent un instant isolés dans la lumière d'en haut , lancent la parole fatidique et se replongent dans la foule, i)as un qui ait proclamé le roi innocent. Mais sur le choix de la peine, les opinions varient , semblent se faire équilibre. « Jeparie pour la mort. — Et moi, contre. » Voilà ce qui se murmure parmi les spectateurs, et dans les tribunes, des femmes sont aperçues piquant des cartes avec des épingles, afin de marquer la couleur des votes, à la manière des pontes dans les salons du Palais-Royal Une voix s'élève-t-elle pour le bannissement et la réclusion , l'amazone des bandes jacobines, celle qu'on nomme la Mcre-duchcsse, pousse aussitôt de menaçants ha! ha! Une voix s'élève-t-elle pour la mort , mouvements d'approbation. Ainsi se déroule la lugubre séance, jusqu'à ce (pi'enfin les émotions blasées aient fait place à l'ennui, à l'impatience, à la fatigue.
Alors, ce fut un spectacle étrange. Dans les loges de faveur, les dames mangeaient des glaces et des oranges, tandis que les députés de leur connaissance venaient les saluer, causaient avec elles, allaient leur chercher des l'afraîchissements.Dans les galeries supérieures, on buvait de l'eau de-vie et du vin comme en pleine tabagie, raconte Mercier, témoin oculaire. Et l'appel nominal continuait, et le jour baissait. Une seconde fois, les flambeaux s'allumèrent. La lassilude était telle, que çà et là on voyait des députés endormis sur leurs bancs. Il fallut en réveiller quelques-uns, quand ce fut leur tour de voter. Au moment où l'appel nominal finit, la clarté sépulcrale qui tombait d'en haut sur cette vaste enceinte donnant aux objets une teinte livide, on se serait cru, selon l'expression de Montgaillard, chez les juges infernaux qu'environnent les ombres.
On procéda au recensement des voix. Tout à coup Salles paraît au bureau, tenant à la main deux lettres, l'une des défenseurs de Louis, l'autre du ministre des affaires étrangères, et dans celle-ci une missive du ministre d'Espagne. Le contenu de cette missive était facile à deviner; c'était la seconde fois que l'Espagne intervenait en faveur du roi de France. Au milieu des cris qui , de toutes les parties de la salle, réclament l'ordre du jour, Garan-Coulon ouvrant la bouche pour protester contre l'intervention étrangère , et Danton, avec une impérieuse brusquerie, lui couj^ant la parole, « Tu n'es pas encore roi, Danton..., » lui crie Louvet. « Je demande, réplique Danton, que l'insolent qui dit que je ne suis pas roi soit rappelé à l'ordre avec censure, » et montant à la tribune après Garan-Goulon : « Je suis étonné, ditil, de l'audace d'une puissance C£ui prétend exercer son influence sur vos délibérations. Si chacun était de mon avis , pour cela seul, et à l'instant, on voterait la guerre à l'Espagne. Quoi! on ne, reconnaît pas notre République, et on veut lui dicter des lois! » Il déclara, toutefois, qu'il ne s'opposait point ù ce qu'on entendît l'ambassadeur espagnol, à condition que le président lui fît une réponse digne du peuple, et lui dît que les vainqueurs de Jemmapes sauraient bien retrouver , pour exterminer tous les rois de l'Europe ligués contre nous, les forces qui les avaient fait vaincre. L'esprit qui animait la Convention à l'égard des rois était celui de l'ancienne Rome républicaine : on passa outre.
Quant aux défenseurs de Louis XVI, l'Assemblée ne voulant pas les entendre avant le prononcé de la sentence, fallaitil s'engager à les entendre après? Robespierre fit observer que, contre un décret rendu par les représentants du peuple, on ne devait admettre personne à réclamer, sous peine de condamner la souveraineté au provisoire, d'avilir le souverain, et, sur les décisions les plus urgentes, d'éterniser les débals. Là-dessus la question venait d'être ajor.ruée, après
le dépouillement du scrutin , lorsqu'on vit entrer dans la salle une espèce de spectre. C'était Duchâtel, le député des. Deux-Sèvres, qui, malade, en vêtement de nuit, et la tête enveloppée de linges, se faisait porter jusqu'au bureau pour y jeter dans le plateau de la pitié le poids de son vote. L'effort était touchant, l'apparition lugubre ; mais telle était la disposition des esprits, que les uns ne pensèrent qu'à protester, et que les autres se mirent à rire. Ce vote tardif fut compté néanmoins, ce qui n'empêcha pas le plateau où il tombait de se trouver beaucoup trop léger ! Le résultat du recensement fut celui-ci :
Absents par commission
Id. par maladie
Id. sans cause
Non votants
Votants.
Pour la mort sans condition
Pour la détention . ou la mort conditionnelle
Majorité pour la mort.
Des écrivains royalistes ont prétendu qu'en réalité Louis XVI ne fut condamné à la peine capitale qu'à la majorité d'une voix; et la raison qu'ils en donnent, c'est qu'on peut compter en faveur du roi les voix de ceux qui , tout en se prononçant pour la mort, émirent, comme Marlhe , le vœu que la c[uestion du délai fût discutée, relativement à l'exécution. Mais ce que ces mêmes écrivains oublient ou feignent d'oublier, c'est que les vingt six qui votèrent conformément à la motion de Mailhe , c'est-à-dire en demandant la discussion du délai , quant au jour où la peine serait appliquée, déclarèrenl tous leur vole indépendant de celte demande.
Il est à remarquer aussi que, parmi les membres cjui livièrent au bourreau un prince dont le plus grand malheur fut de s'être trop asservi aux prêtres, il y eut trois ministres protestants et dix-huit prêtres catholiques.
L'abbé Grégoire , absent par commission , écrivit à l'Assemblée, ainsi que ses trois collègues Héraut, Jagot, Simon, une lettre qui contenait ces mots : a Nous déclarons que notre vœu est pour la condamnation de Louis Gapet par la Convention nationale, sans appel au peuple. » La première rédaction portait : « Condamnation à mort. » Grégoire fit effacer les deux terribles syllabes, en disant : a Ma religion me défend de verser le sang des hommes. » La lettre originale est aux Archives avec la rature. Ignoraient-ils cela, ou voulurent-ils l'ignorer, les hommes qui, en 1819, chassèrent l'abbé Grégoire de la Chambre des députés, comme indigne et comme régicide?
A Vergniaud, en sa qualité de président de l'Assemblée , revenait le douloureux honneur de proclamer le résultat du scrutin : « Citoyens, dit-il, vous allez exercer un grand acte de justice : j'espère que l'humanité vous engagera à garder le silence. Quand la justice a parlé, l'humanité doit avoir son tour. » Puis , d'une voix profondément émue : « Je déclare , au nom de la Convention nationale, que la peine qu'elle prononce contre Louis Capet est la mort. »
Les trois défenseurs de Louis XVI furent introduits. Ils avaient le visage altéré. Malesherbes pleurait. Desèze , au nom de son client, implora la faculté d'interjeter appel au tribunal du peuple. Tronchet lit remarquer que la formalité protectrice qui exige pour la condamnation les deux tiers des VOIX n'avait point été observée. Malesherbes veut parler à son tour; mais, dominé par son émotion, le noble vieillard ne
peut prononcer que quelques phrases sans suite, que coupent et interrompent ses sanglots. A cette vue un attendrissement général se manifeste, et l'Assemblée, d'un élan unanime, accorde aux défenseurs de Louis les honneurs de la séance. Alors Robespierre se lève, et avec un remanjuable mélange de sensibilité comme homme , d'orgueil comme représentant du peuple , et d'austère rigueur comme juge : « Vous avez donné, dit-il, aux sentiments de l'humanité ce que ne lui refusent jamais des hommes animés par son pur amour. Je pardonne aux défenseurs de Louis leurs observations touchant un décret qu'il était nécessaire de rendre, qu'il est maintenant dangereux d'atta(|uer.. . Je leur pardonne ces sentiments d'affection qui les unissaient à celui dont ils avaient embrassé la cause ; mais il n'appartient pas aux législateurs du peuple de permettre qu'on vienne ici donner le signal du trouble dans la République. » Il continue, et montre le danger de telles requêtes. Les admettre , c'était revenir sur ce qui avait été déjà décidé; c'était consacrer cet appel au peuple, repoussé après de si brûlants débats, et par des motifs si puissants; c'était remettre tout en question, et dans quel moment! Robespierre n'hésita pas à déclarer, tant lui paraissait grave le péril, que ceux-là devraient être poursuivis comme perturbateurs du repos public, cfui, pressant la révocation du décret rendu , et y attachant , soit un signe de mépris, soit une espérance de désordre, s'étudieraient à réveiller des senments personnels, aux dépens de ce sentiment général d humanité qui caractérise les vrais républicains.
A Robespierre succède Guadet, qui, sans appuyer la demande d'appel, oj)ine pjour que Malesherbes soit entendu, et qu'on lui accorde jusqu'au lendemain pour recueillir ses idées. De son côté, un savant jurisconsulte, Merlin de Douai, relevant une erreur commise par Troncliet, rappelle que., lorsqu'il s'agit d'appliquer la peine, la loi exige, non pas les deux tiers des voix, mais trois voix sur quatre, s'il y a quatre juges, et s'il y a citiq juges, trois voix sur cinq. Là-dessus, l'Assemblée passe à l'ordre du jour, et, à onze heures du soir, la séance est levée. Elle avait duré trente-sept heures.
Représentants du peuple et spectateurs se séparèrent, réfléchissant, non sans un trouble secret peut-être, sur ce (pii venait de se passer. Rentré dans la maison de Duplay, Robespierre ne proféra pas une parole, de peur d'attrister Eléonore et ses jeunes sœurs. Mais il y avait un nuage sur son front, son visage était plus pâle que d'ordinaire , et la femme du menuisier comprit bien ce que signifiait son silence !
Ce soir-là même, au Temple, Louis XVI, le dos tourné à une lampe que supportait la cheminée , les coudes appuyés sur la table, et le visage couvert de ses deux mains, se livrait à une méditation profonde , lorsqu'il en fut tiré par le bruit que fit en entrant un visiteur inattendu. Le captif tressaille, lève les yeux, et aperçoit Malesherbes tout en pleurs. « Depuis deux jours , dit-il aussitôt, je suis à chercher si j'ai, dans le cours de mon règne, pu mériter de mes sujets le plus léger reproche. Eh bien, monsieur de Malesherbes, je vous jure, dans toute la sincérité de mon âme, comme un homme qui va paraître devant Dieu, j'ai constamment voulu le bonheur de mon peuple, et n'ai pas formé un vœu qui lui fût contraire. » Il reçut avec calme la nouvelle sinistre. Et en effet, sa conscience ne lui reprochait rien, pas même d'avoir appelé sur son pays l'invasion, et employé le mensonge pour couvrir ce grand crime d'Etat ! Tant son droit royal lui paraissait primer le droit du peuple ! Tant il portait enraciné au fond de l'âme ce dogme orgueilleux : Le roi ne peut mal faire ! Il prononça d'autres paroles que M. de Maleshei'bes a eu raison de rapporter, parce que dans celles-là, du moins,
EXECLiTlON DE LOUIS XVI
reiulurcisst'iiient du roi no se montre pas uni à la bonté naturelle de l'homme. Apprenant de son défenseur qu'on parlait d'efforts intrépides pour le sauver, il exprima noblement le désir qu'on détournât de toute entreprise violente ceux qui en auraient conçu l'idée • « Je ne leur pardonnerais pas, dit-il, s'il y avait une seule goutte de sang versée pour moi. »
Malesherl^es revint au Temple le 19 janvier. Telle était sa douleur, que Louis XVI ne songea qu'à le consoler ; mais lors:[ue, après le départ de ce vieux serviteur, il se sentit face à iace avec l'image de la mort qui s'avançait, la nature en
lui se mit à frissonner; il changea de couleur, et tout à c )up son nez et ses oreilles blanchirent! A cette vue, Gléry tombant en défaillance, le malheureux prince lui prit les mains, les serra avec attendrissement dans les siennes, et retrouva sa force pour exciter au courage le dernier compagnon qui lui restât.
Pendant ce temps, un vote, ardemment combattu, mais en vain, mettait le sceau à sa destinée. La veille, dans lAssemblée, émue outre mesure par la question du sursis, on avait vu, après un long échange d'apostrophes injurieuses et d'ex-