EXE G UT LUX DE LOUIS XVI
fai^iant place à l'iiumilité du chiétien, Louis ilit aux bourreaux ; « Je boirai le calice jusqu'à la lie. » On lui allacha les raams, on lui coupa les cheveux ; après quoi , appuyé sur le bras de son confesseur, il se mit à gravir les marches, d'ailleurs très-raides, de la guillotine, d'un pas lent, d'un air affaissé. Mais parvenu à la dernière marche, il se relève soudain, traverse rapidement toute la largeur de l'échafaud, s'avance vers le côté gauche, et d'un signe commandant le silence aux tambours : « Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute.... » Il avait la ligure très-rouge, et, selon le récit
de son conlcsseur. « sa voix était si forte, qu'elle dut être entendue au Pont-Tournant. » Qiu-lques autres paroles de lui retentirent très distinctement : « Je pardonne aux auteurs de ma mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe jamais sur la France. » Il allait continuer, lorsque sa voix fut étouflée par un roulement de tambours , dont on assure que le signal vint du comédien Dugazon , prévenant le commandement de Santerre. « Silence! faites silence ! « criait Louis XVI hors de lui, et on le vit à diverses reprises frapper du pied avec violence. Richard, un des Ijourreaux, avait
SANTE tRE
saisi un pistolet, et couchait en joue l'infortuné : il fallut l'entraîner de force. A peine lié à la planche fatale, il poussa des cris terribles, que la chute du couteau interrompit en emportant la tête. Sanson, l'exécuteur, la prit aussitôt, la montra au peuple; et le peuple cria : Vive la République!
Suivant Montgaillard , qui affirme tenir le fait de plusieurs témoins oculaires, et notamment de Sillery, le duc d'Orléans était parmi les spectateurs au moment où la tête sanglante fut montrée à la foule ; il monta sur un cheval qu'on lui tenait prêt, et s'éloigna en toute hâte.
Vive la République! quatre-vingt mille hommes la répétèn
rent, le long des quais, cette acclamation qui saluait la naissance d'un monde nouveau. Beaucoup de Fédérés se plurent à tremper dans le sang qui venait d'être répandu la pointe de leurs sabres ou le fer de leurs piques. Un homme monta sur la guillotine, et plongeant son bras jusqu'au coude dans ce sang, en ramassa des caillots plein la main, puis par trois fois en aspergea les assistants qui. pris d'un sauvage délire, se pressaient pour en recevoir chacun une goutte sur le front. L'inconnu criait, pendant qu'il administrait à la foule ce baptême sinistre : » On nous a prévenus que le sang de Louis Gapet retomberait sur nos têtes • eh bien, qu'il y retombe! »
HLSTIJIRK DE LA REVOLUTKJN FRANÇAISE
Et quelqu'un disant ; « Que faites-vous, amis? on va nous représenter à l'étranger comme un peuple féroce , qui a soif du sang, » — « Oui , lui fut-il répondu , soif du sang d'un despote; qu'on aille en informer toute la terre. » Les écoliers des Quatre -Nations agitaient leurs chapeaux en l'air ; un homme fut aperçu qui, sur le bord de l'échafaud, vendait des petits paquets des cheveux de Louis, i J'ai vu, raconte Mercier, j'ai vu défiler tout le peuple se tenant sous le bras, riant, causant familièrement, comme lorsqu'on revient d'une fête. L'on a menti lorsqu'on a imprimé que la stupeur régnait dans la ville. » Il est très-vrai que, quelques jours après l'exécution, une crainte vague de l'avenir commença d'assombrir Paris ; mais le jour même, rien do semblable ne parut. A l'extrémité du pont qui avait porté le nom de Louis XVI, on dansa. Les spectacles furent ouverts comme à l'ordinaire ; comme à l'ordinaire, les caba-
rets, du côté de la place sanglante , vidèrent leurs brocs, et l'on y cria les gâteaux.
On avait parlé de tirer le canon du Pont-Neuf au moment de l'exécution : cela n'eut pas Ueu, et par ce motif, qui peint l'époque , qu'une tête de roi ne doit pas faire en tombant plus de bruit que celle d'un autre homme. Le corps, mis dans un panier d'osier, fut conduit au cimetière de la Madeleine, oià, pour le calciner, on le recouvrit d'une telle quantité de chaux vive , « qu'il serait impossible , écrit Mercier, à tout l'or des potentats de l'Europe de faire la plus petite rehque de ses restes »
Craignait-on que le royalisme ne fleurît sur ce cadavre comme le gui sur un arbre mort ? Ce qui est certain , c'est qu'à dater du moment où elle apprit l'exécution de Louis XVI, Marie- Antoinette se mit à traiter son fils , un enfant , avec tout le respect qu'elle croyait dû à un roi!. .