‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 74 sur 100 · CHOUANNERIE · texte numérisé non relu

CHOUANNERIE

gens et de femmes, tantôt se livrant avec eux à des danses folâtres.

Quant à son ignorance, sans être })lus grande que celle de la plupart des nobles du pays , elle était extrême. On aura une idée de son orthographe et de son style par le billet suivant, qu'au mois de mai 1793 il adressait à Bulkeley, commandant de la Roche-sur Yon :

« Monsieur, je suis bien fâché de ne pouvoir tenir tout à

fait ma promesse; 7nais à l'impossible rien n'est tenu Je

suis fâché de ne pouvoir vous anvoyer de la poudre. Vous savez sans doute que le camp de la Loué et de la Groix-Morineau ont dû avoir été attaqué par les brigands de Nantes.... Je suis avec fraternité,

serviteur.

votre très -humble et très-obéissant Le chevalier Courette. »

Par cet autre billet, qu'il adressait à Soucliu en mars 1793, on jugera de sa mansuétude :

A M. Souchu, pour lire au comité central.

« Frères et amis, — il empruntait cette formule aux Jacobins, — nous avons pris Pornic. Les brigands de cet endroit s'étant réfugiés dans différentes maisons, je ne trouvai que le feu qui put faire sortir ces coquins de leurs cavernes. Vous me trouverez peut-être sévère, mais vous sçavez comme moi ([ue la nécessité est un devoir..., etc..

« Le clievalier Gharette. »

Voilà quel chef les paysans de Machecoul se donnèrent. Les égorgements avaient commencé quand il arriva, ils continuèrent; et l'horreur des journées de septembre fut, au nom de Dieu et du roi , dépassée , oui , dépassée ! Du moins , en septembre, l'œuvre de sang s'accomplit sous l'impression de périls prodigieux, dans l'élan d'une ivresse furieuse ; en septembre, l'excès même de cette ivresse n'empêcha pas l'intervention d'un tribunal qui , tout terrible qu'il était , prononça des acquittements nombreux; en septembre, les arrêts de mort se cachèrent dans des formules trompeuses , pour épargner à la victime jus([u"au dernier moment la poignante certitude de son sort; en septembre, si on tua, ce fut du moins au milieu d'un silence morne, et la joie ne servit d'accompagnement qu'au triomphe de ceux dont l'innocence avait été reconnue. Ici, rien de semblable, une dévotion imbécile et barbare ayant su inventer des raffinements et s'étant déployée en scènes qui consternent la pensée. Qu'on se figure une large fosse : au bord, des hommes attachés l'un à l'autre et à genoux ; derrière ces malheureux , d'autres hommes les couchant en joue; à quelques pas de là, des prêtres murmurant leurs prières , et des femmes , d'un air contrit , disant leur chapelet. Tout à coup un signal est fait , les prêtres cessent de prier, les femmes interrompent leur chapelet, les hommes armés font feu, les hommes agenouillés au bord de la fosse y tombent. C'est la fournée d'aujourd'hui ; à demain la seconde; la troisième viendra après demain, et ainsi de suite pendant plus de cinq semaines, jusqu'à extermination complète de tous les patriotes, ou saisis dans Machecoul, ou ramassés dans les environs. Chaque fournée était de trente. La veille de l'exécution, deux listes étaient formées : la première, de ceux qui devaient être assassinés le lendemain; la seconde, de ceux qu'on réservait pour le surlendemain. On instruisait les premiers du coup qui les attendait , et on les faisait passer des mains du confesseur à celles des bourreaux. Dans le sacrilège langage de ces défenseurs du trône et de l'autel, le ma"-sacre s'appelait le chapakt , par allusion à l'espèce de chaîne qu'on formait en liant l'une à l'autre les victimes. Or, ou n'avait garde de réciter le chapelet de ceux qui figTiraicnt sur la liste du jour , en l'absence de ceux qui étaient portés sur la liste suivante. Pour donner à ces derniers l'avant-goût il« la mort et prolonger leur agonie, on les forçait d'assister au supplice de leurs compagnons , et , pendant toute la nuit ([ui précédait leur propre supplice , on les laissait seuls avec les spectres enfantés par cet affreux souvenir. Le curé constitutionnel de Machecoul avait , comme prêtre républicain , un titre particulier à la haine des vainqueurs : le soin de le puniiayant été abandonné aux femmes pieuses de l'endroit, elles le mirent en pièces.

Joubert, président du district, ne fut égorgé qu'après avoir eu les poings sciés. On enterra des hommes vivants; et, « à h reprise de la ville, écrit Beauchamp,on voyait encore, dans

une vaste prairie voisine qui servait de tombeau aux républicains immolés , un bras hors de terre , dont la main , accrochée à une poignée d'herbes, semblait celle d'un spectre qui s'était vainement efforcé de sortir de la fosse. »

Tels furent les débuts de l'insurrection vendéenne: d"où le nom de brigands donné aux insurgés.

Il est juste de remarquer, toutefois, que loin d'être imputables à tous les royalistes qui prirent l'épée, ces excès parurent abominables à beaucoup d'entre eux. Il importe, en outre, de distinguer, dans la Vendée militaire, entre le peuple soit du Haut -Poitou, soit de l'Anjou, et celui du pays de Retz et des marais voisins de l'Océan. Au second revient la responsabilité des plus grandes violences; le premier avait des mœurs douces. Aussi, dans cette contrée, les actes furentils moins sauvages et les chefs moins rudes. Mais c'est un des malheurs inhérents aux discordes civiles que cette solidarité dont elles enveloppent tous les membres du même parti, solidarité confuse qui amène les sages à répondre de la conduite des fous et donne à expier aux bons les crimes des méchants.

Le surlendemain de la prise de Machecoul , le Directoire du département de la Vendée reçut communication d'une pièce adressée aux administrateurs de la ville de Chalians. C'était une sommation hautaine que résumaient ces mots: « Capitulation , ou la mort. » EUe était datée « du camp, de la Garnache, » et envoyée par un perruquier nommé Gaston , qui , ayant tué un officier et revêtu l'uniforme de sa victime, s'était fait chef de bande. Cette bande, comme on en jugera par une proclamation que nous donnons plus loin , était composée d'hommes moins féroces que ceux de Machecoul. Toutefois , elle ne se faisait pas scrupule, après avoir attaché ses prisonniers deux à deux, de les placer de manière à les exposer au feu en se couvrant de leurs corps, aussitôt qu'un détachement de républicains paraissait. Les administrateurs de Chalians ne voulurent ni capituler ni mourir. Dès qu'ils surent que Gaston approchait, ils se réfugièrent précipitamment aux Sables. Maîtres de Chalians, les" rebelles adressèrent aux autorités fugitives la lettre suivante, où se révèlent, avec une sorte de naïveté officielle , les griefs d'où sortit cette guerre déplorable :

A Cliallans, le 14 mars 1793.

Aux Administrateurs de CiMllans, réfugiés aux Sables:

« Nos très-chers frères, « Nous vous écrivons les larmes aux yeux et les armes à la main. Nous ne demandons pas la guerre , mais nous ne la craignons pas.... Nous sommes ici au moins dix-huit mille hommes assemblés de toutes les paroisses circonvoisines. A chaque minute il en arrive d'autres. Tous sont décidés à mourir pour la victoire. Vous n'ignorez pas tout le désastre qui afilige la ville de Machecoul et beaucoup d'autres ; nous avons l'avantage de ne pas affliger cette ville à ce point.... Nous avons intention de faire bonne et solide paix avec vous, si vous voulez nous accorder seulement quelques conditions qui nous paraûiseni on ne peut jjlus justes et intéressantes. Nous demandons : 1° la continuation de notre religion catholique, apostolique et romaine, et des prêtres non-conformistes; 2" qu'il ne soit point procédé au tircment; 3° suppression de toute patente; 4" suppression de l'arrêté du département, qui ordonne aux pères des enfants émigrés ou à leurs parents suspectés de se rendre au chef-lieu. Nous souhaitons de cœur et d'esprit que la fraternité , la liberté, l'égalité subsistent dans toute leur force entre nous, et conséquemment amnistie réri

SOULÈVEMENT DE LA VENDÉE

proque. Nous nous soumettons à déposer les armes dans un magasin , afin que ceux sur lesquels elles ont été prises en soient ressaisis. Nous attendons votre réponse, et sommes vos frères.

« La garde roxjaU composée à Challans. »

Le premier nom apposé au bas de cette déclaration est « André, » lequel se qualifie de prisonnier. Suivent quarantecinq signatures , parmi lesquelles celle d'un médecin nommé Letenneur, et de Doussin, maire de Ghàteauneuf. Gaston, ([u'on ne voit plus reparaître, ne figure pas dans la liste. Il fut tué quelque temps après , dans une affaire qui eut lieu à Saint- Crervais.

Rien de plus propre que le document qui précède à caractériser l'insurrection vendéenne. La grande idée de l'unité française était tellement étrangère aux paysans vendéens , qu'ils demandaient l'immédiat et définitif accomplissement de leurs vœux.... à qui? Aux autorités de Challans; comme s'il eût dépendu des administrateurs d'un pauvre petit district de défaire à leur gré ce que la France entière avait fait. Et, d'un autre côté, comment n'être pas frappé de cette puissance inévitable que portait en elle la Révolution, quand on voit la « garde royale composée à Challans » adopter la formule révolutionnaire par excellence: « Fraternité, liberté, égalité? »

Autre preuve des instincts démocratiques qui, chez le paysan vendéen, se marièrent d'une façon si étrange à un sentiment exalté de superstition et de royalisme : dans une proclamation lancée de Remouillé, en date du 19 mars 1793, et dont l'original est sous nos yeux, on lit : •< Pendant les six premiers jours que nous avons été assemblés , quoique nous ayons été au nombre de plus de vingt mille, il n'y avait pas un seul individu qui ne fût un paysan. Il est unique qu'il ne s'y soit point trouvé un seul bourgeois , un seul noble. C'est une permission de Dieu t{ui nous a ainsi réunis, comme c'est tous pour le même objet. Venez donc à nous, tous nos frères. Ne nous servons plus de cette expression d'aristocrate, etc., etc.... »

De fait, on n'aperçut guère à la tête des rassemblements, les premiers jours, que des domestiques, des régisseurs, des commissionnaires, des fermiers. Les nobles qui, dès le début, parurent en scène, furent Charette, ce bon M. de Sapinaud, dont la gouaille poitevine disait qu'il eut toujours la mauvaise chance d'avoir des chevaux qui reculaient quand il fallait avancer, et, enfin, le marquis de Bonchamps.

Les jeunes insurgés de Saint -Florent, prescjue moins fiers qu'embarrassés de leurs succès, étaient allés en foule chercher ce dernier dans son château de la Baronnière, pour le mettre à leur tête, attendu qu'il avait fait la campagne de l'Inde, avait été capitaine de grenadiers sous les ordres du comte de Damas, et passait pour un excellent officier. Il hésita d'abord, finit par se rendre, et partit avec la députation. Mais, comme il se disposait à monter à cheval, les paysans le prièrent d'aller à pied comme eux, exigence qui « me parut de mauvais augure, » écrit la marquise de Bonchamps. Le souffle de la Révolution avait passé là.

L'élu des insurgés de Saint-Florent ne ressemblait en rien à Charette. C'était un homme aux manières gracieuses, au Visage expressif et au langage recherché. Sa chevelure épaisse ei frisée et son teint brun étaient d'un soldat; mais ses lèvres un peu grosses lui donnaient un air de bonté, que ne démentait pas, du reste, son caractère. Plus C£ue qui que ce soit, il dut être fort étonné de se trouver chef de rel^elles qu'on appela des brigands; car M. de Sapinaud, qui l'a voulu peindre en ami, nous apprend cpie ses dehors étaient brillants, ses goûts raffinés et fastueux, ses dépenses plus con-

sidérables cp.ie ses revenus ; qu'il était grand joueur et beau joueur; (ju'il avait de l'esprit, mais faisait abus des calembours. Il le représente aussi passant une partie de ses heures, quand il était officier, à faire manœuvrer sur une table des fantassins et des cavaHers de métal, ou bien, assis en pantalon de soie devant une glace, et occupé à chanter, en s'accompagnant sur la harpe, des airs d'amour et d'héroïsme.

Nous avons dit que les insurgés des environs de Saint- Florent, — ceux qui venaient d'enrôler Bonchamps, — étaient rentrés dans leurs foyers après la prise de Chollet, et attendaient que le temps de Pâques fût passé pour se remettre eu campagne ; mais la révolte n'avait pas un seul théâtre, elle en avait mille ; de même que le département de Maine-et- Loire, elle avait envahi ceux de la Loire-Inférieure, des Deux- Sèvres, de la Vendée. Il y eut des essais de révolte jusqu'aux environs de Poitiers et de Saint-Maixent.

Heureusement, il advint que la guerre rencontra comme barrière la population calviniste des Deux-Sèvres et d'une partie de la Vienne, ainsi que celle des plaines de Niort, de Fontenay et de Luçon, moins fanatiquement catholiques que les pays boisés. A Fontenay, chef-lieu de la Vendée, les domestiques de quelques gentilshommes essayèrent de fomenter une émeute, et eussent réussi peut-être, si Dupuis et Pierre- Jean Fillon, commissaires du dé])artement, n'eussent comprimé les troubles naissants en faisant avancer du canon dans l'église Notre-Dame, rendez-vous des rebelles.

Dès le 4 mars, les administrateurs de Fontenay avaient écrit à la Convention une lettre pleine d'alarmes; mais pendant qu'ils soupiraient après une réponse et des secours qui n'arrivaient pas, la révolte, avec la rapidité de la flamme chassée par un vent furieux, avait successivement enveloppé les campagnes de Clisson, de Montaigu, de Mortagne, de Ghâtillon, de la Chataigueraye, de Bressuire. Le 14 mars, le Directoire de la Vendée lançait sur la route de Paris de nouveaux courriers ; et, dès le lendemain, la ville de Ghantonnay était prise et pillée.

Jusqu'à ce moment, Verteuil, commandant de la douzième division militaire, avait paru comme endormi : la nouvelle de l'occupation de Chantonnay le réveilla. Sur son ordre, le général de brigade Marcé rassemble environ douze cents hommes de troupes de ligne et se dirige vers Chantonnay et toute hâte. Arrivé à un endroit nommé Sainte-Hermine, il y est rejoint par divers détachements de gardes nationales, et, entre autres, par un corps de grenadiers et de chasseurs que la ville de Niort s'était empressée de faire partir, avec deux pièces de canon. A la tête de ces forces, c'est-à-dire d'une petite armée de deux mille quatre cents hommes, traînant après elle neuf pièces de campagne, Marcé pousse droit à Chantonnay, que les reljelles abandonnent à son approche, s'avance vers Saint-Fulgent, rencontre un pont de bois coupé par les paysans, le rétablit et le passe. Le 17 mars, les insurgés ayant paru sur les hauteurs des environs de Chantonnay, trois coups de canon les dispersèrent et Marcé continua d'avancer. Le 19, à cjuatre heures du soir, son armée s'enfonçait dans les chemins creux, fangeux, qui avoisinent le château de l'Oie. Les paysans, cachés dans les bçis c|ui couvrent les collines d'alentour, le laissent s'engager avec son artillerie en des gorge^. où .elle, devenait inutile V puis, soudain, ils poussent de grands crio, e^:er'clpnV leurs' lignes Hi forme de croissant, — ce qu'en termes du pays lis appelai e.if s'égailler^ — et font un feu terrible ^cir les colonnes qui ne peuvent ni se déployer ni se défendre* ï'ouf^ coùp poi.t.i'f. aucun pays du monde n'ayant jamais produit de tireurs comparables au chasseur du Loroux et au braconnier du Bocage

La nuit survint et ajouta au désordre. Les ténèbres qui allaient s'épaississant, les clameurs des rebelles grossies par les échos, leur dispersion qui semblait multiplier leur nombre, sèment l'épouvante parmi les soldats de Marcé. Ils se débandent, jettent leurs sacs et leurs fusils pour fuir d'un pas plus rapide et arrivent pêle-mêle à Sainte-Hermine, où ils répandent l'effroi. Là étaient trois représentants du peuple alors en mission dans la Vendée. Une délibération tumultueuse est ouverte ; mais la panique centuplant le péril, on croit voir à chaque instant paraître les vainqueurs, on croit entendre leurs hurlements, et le mouvement de fuite recommence pour ne plus s'arrêter qu'à la Rochelle. C'était abandonner vingt lieues de terrain, laisser à la merci des rebelles Fontenay, Luçon, Niort, toutes les subsistances de la Plaine et du Marais. Mais' ce qu'il y eut de singulier dans cette affaire, c'est que la terreur sembla s'être emparée également des deux partis; car, huit jours après, on retrouvait sur la route de Chantonnay armes et bagages que l'ennemi n'avait pas osé venir ramasser.

Les soldats, soupçonnant leur général de tiahison, demandèrent qu'il fût remplacé par le colonel Boulard, ({ui avait déployé beaucoup de décision et de vigueur. Marcé fut eff'ectivement destitué et, peu de temps après, sur un décret de la Con-ï^ention, renvoyé devant une cour martiale.

Mais ce (ju'il fallait, c'était, avant tout, des mesures de salut : le département de la Vendée se hâta de députer à Pans Mercier du Rocher et Pervlnquièrc, qui partirent à l'instant même. Léonard Bourdon, représentant du peuple, venait d'être assailli, à Orléans, par une bande d'assassins : Mercier du Rocher et Pervinquière l'allèrent voir, en traversant la ville, et le trouvèrent étendu dans son lit, blessé, ayant à son chevet deux de ses collègues, Laplanche et Collotd'Herbois.

Le 23 mars, les envoyés du Directoire vendéen entrèrent à Paris; et Mercier du Rocher fait remarquer, dans le récit qu'd a laissé de cette mission, qu'on ne leur demanda pas leurs passe-ports, quoiqu'ils eussent une superbe voiture d'émigré, que précédait un courrier chargé de préparer les relais. Ils se présentèrent, le jour même de- leur arrivée, à la barre de la Convention, qui, après avoir écouté attentivement leur rapport, les admit aux honneurs de la séance, et décréta qu'ils se rendraient au Comité de sûreté générale.

Là étaient réunis, sous la présidence de Pétion, des membres appartenant aux deux partis alors en lutte. Marat et Santerre, par exemple, y figuraient à côté de Barère, de Gensonné, de Vergniaud, de Barbaroux ; mais les Girondins y dominaient. L'attitude de ces derniers, quand on leur déroula le tableau des malheurs de la Vendée, frappa les deux commissaires d'un étonnement douloureux. Cette attitude était celle de l'indifférence, de la malveillance presque. « Pétion, écrit Mercier du Rocher, était d'une froideur qui ne peut s'exprimer. » Santerre prit, au contraire, à la situation l'intérêt le plus vif, et proposa que, sur-le-champ, on fit partir pour la Vendée, dans toutes les voitures qu'on pourrait se procurer, vingt mille hommes de la garde nationale de Paris. Marat appuya cette proposition avec beaucoup de chaleur; niais voyant qu'on ne s'inquiétait même pas de la mettre aux voix : « Eh quoi ! s'écria-t-il, est-ce que le temps n'est oas venu de' songer que le salut public est la suprême loi, et d'af-me'r toas les bons citoyens? » A ces mots, tirant un poignard de dessous sa rouppe : « Tenez, dit -il, voilà le rood'èle de l'arme "que je vous propose. » Barère répondit : « Nous ne sommes pas ici pour nous occuper de la forme des poignards. — De quel parti es-tu donc ? — Du parti de

la République, et je ne sais si Marat en est bien. — Qui, foi, Barère, un républicain! » Le débat s'enflammait : on intervint; et la séance se termina sans qu'aucune résolution définitive eût été prise.

Dans le Conseil exécutif, Pervincpiière et Mercier du Rocher trouvèrent des dispositions plus favorables. Beurnonville leur déclara que, s'il n'était pas malade, il s'empresserait de marcher lui-même en personne contre les rebelles ; Monge, surtout, leur parut animé des meilleures intentions. Une somme de trois cent mille francs fut mise à leur disposition, pour fournir aux dépenses extraordinaires du département de la Vendée; on délivra pareille somme à Morisset, commissaire du département des Deux-Sèvres; et il fut arrêté que le général Berruyer se porterait à Fontenay avec quinze mille hommes et quinze pièces de canon, tandis que la Bourdonnaye irait occuper Rennes, et Dayat-Beaufranchet la rive droite de la Loire.

Ce plan, qui, du reste, ne tarda pas \ être dérangé en partie, était de nature à rassurer les commissaires : ils reprirent la route de leur pays, plus tranquilles, mais s'interrogeant, non sans quelque émotion, sur les motifs de l'indifférence qu'ils avaient remarquée chez les Girondins. Était-il supposable qu'une insurrection royaliste ne remuât aucune fibre dans des cœurs aussi loyalement républicains que ceux de Barbaroux, de Pétion, de Vergniaud? Et d'ailleurs, quelle force pouvait leur prêter, dans leur lutte contre la Montagne, une révolte dont l'inévitable résultat devait être de surexciter les passions révolutionnaires et de les pousser aux extrêmes ? Peut-être n'attachèrent-ils pas, d'abord, au soulèvement de la Vendée, beaucoup d'importance, absorbés cpi'ils étaient par la préoccupation d'embarras plus directs et de périls plus voisins. « Ce que je puis assurer, raconte Mercier du Rocher, c'est qu'à ma visite d'adieu chez Beurnonville, je rencontrai Brissot fort occupé à écrire. Je voulus lui montrer sur une carte de France l'étendue du pays qu'occupaient les brigands. Il ne détourna pas la tête! »

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