‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 76 sur 100 · DE BON CHAMPS · texte numérisé non relu

DE BON CHAMPS

))ar l'ordre laissé au général Marassé, de faire murer la porte du club et d'emprisonner les clubistes ; en traversant Bruxelles, il n'avait eu rien de plus pressé que de dissoudre la légion des sans-culotlcs , créée par le général Moreton, et, partout, il avait affecté de se poser en protecteur souverain de la Belgique, de sa nationalité, de ses banquiers, de ses prêtres. Lui, le grand soldat libertin et sceptique par excellence, lui, qui commençait sa lettre du 11 mars par ces paroles : « Citoyen président, le salut public est la loi suprême, »

on l'avait vu s'élever avec une dévote indignanon concre l'apphcation de l'inutile argenterie des églises aux nécessités d'une guerre où était engagé le salut de la Révolution et de la France.

Ce n'est pas que des profanations n'eussent été commises par quelques violents émissaires du jacobinisme, mais il pouvait paraître assez étrange que le léger amant de Mme de Beaivert s'émût de ces excès partiels beaucoup plus vivement que le p'pux et austère Camus : ce Camus qui, soir et matin,

se tenait prosterné, pendant des heures entières, devant un crucifix (le giandeur d'homme, fixé aux murs de sa chambre.

Dumouricz a raconté lui-même la conférence dans laquelle le janséniste lui reprocha d'avoir fait rendre aux églises leur argenterie, et ce récit prouve que, si Camus resta convaincu de quelque chose, ce ne fut pas de la dévotion de son interlocuteur, car l'entrevue se termina par le dialogue que voici : « Général, on vous accuse d'être César. Si j'en étais sûr, je deviendrais Brutus et je vous poignarderais. — Mon cher Camus, je ne suis point César, vous n'êtes point Brutus, et la menace de mourir de votre main est, pour moi, un brevet d'immortalité. »

Au moment même où il se défendait ainsi de ressembler à César, Dumouriez n'avait qu'une idée : franchir le Rubicon. Mais il sentit que ce n'était pas trop de l'éclat d'une bataille gagnée pour envelopper l'audace d'un tel crime. Seul, un triomphe militaire pouvait lui donner le pouvoir d'entraîner l'armée, de braver la Convention, et de mettre le prix qu'il voudrait à sa perfidie. Décidé à trahir, il se promit de vaincre •, et c'est à peine si , dans son impatience sacrilège , il calcula les chances.

L'armée autrichienne, organisée avec toute la lenteur germanique, était forte de 55 000 hommes; elle avait à sa tête ies meilleurs généraux de l'Empire, traînait après elle un formidable appareil d'artillerie, et, devenue maîtresse du cours de la Meuse depuis Maestricht jusqu'à Liège, apportait au combat une ardeur puisée dans son récent succès d'Aix-la- Chapelle.

L'armée française , au contraire , ne s'élevait qu'à 32 000 hommes ; elle était commandée, sous Dumouriez, par des généraux qu'il savait se jalouser l'un l'autre; il y régnait un désordre, dont le général en chef, à cette époque même, se plaignait à la Convention, et enfin, les soldats, quoique trèsbraves , y étaient sous l'impression toujours fâcheuse d'un revers. ;;

Ces considérations n'arrêtèrent pas Dumouriez. Plein de confiance dans les ressources de son génie et dans sa fortune, il se hâta vers le dénoûment, sans daigner attendre des renforts qui étaient à la veille de le joindre et cpai arrivèrent trop tard.

Il existe dans le canton de Landen, au nord-ouest de Liège et au sud-est de Louvain, un village nommé Neerwinden, rendu célèbre, dès 1693, par une victoire que le maréchal de Luxembourg y remporta sur les Hollandais : ce fut là que Dumouriez vint jouer sa dernière partie.

Le 17 mars, dans la soirée, il fit ses dispositions pour le iendemain, et la trace de ses préoccupations politiques se voit à la manière même dont il Jastribua les commandements.

Le front de l'une et l'autre armée s'étendait sur un développement de deux lieues. La petite Cette, que, la veille, l'ennemi avait dû repasser, après un combat où il perdit douze cents hommes, couvrait le front de la ligne et séparait les combattants. Sur la rive droite s'élevaient quatre villages, dont il fallait traverser les ponts pour arriver jusqu'aux Autrichiens, et, cela fait, il y avait encore à gravir un terrain qui montait en amphithéâtre jusqu'à un plateau où apparaissaient trois autres villages occupés par l'eimemi • Neerwinden, Middelwinden et Oberwinden.

Les obstacles à surmonter étaient donc considérables , à la gauche surtout, comme on va le voir. Or, ayant à se décider entre ses deux principaux officiers, Miranda et Valence, Dumouriez n'hésita point à confier au premier le poste le plus difficile , celm qui rendait l'attaque presque impossible à exécuter.

Eut-il pour cela des motifs politiques?

D'abord , Dumouriez n'aimait point Miranda , en qui il redoutait le républicain sincère, l'ami de Pétion, le général favori de la Gironde. Peu de jours auparavant, ayant entendu le général en chef qui disait aux soldats : « Mes amis, les Jacobins demandent ma tête, le soutîrirez-vous? » Miranda s'était hasardé à lui faire quelques représentations, auxquelles il avait opposé cette exclamation brusque : « Est-ce que vous croyez à l'égalité dont parlent les factieux? » Et Miranda de répliquer : i J'y crois. » Dans une autre circonstance, à propos de l'arrestation des généraux Stengel et Lanoue, Dumouriez s'étant avisé de demander à son lieutenant : ■• S'il venait un ordre de m'arrêter, que feriez-vous? « celui-ci avait répondu : « Je l'exécuterais. » Cette dVoiture républicaine n'était pas faite pour plaire à un esprit de la trempe de Dumouriez. La vérité est que, sans aller jusqu'aux limites extrêmes du Jacobinisme, Miranda avait donné de très-bonne heure des gages à la liberté. Né au Pérou, c'était parce qu'il avait voulu affranchir son pays, qu'il s'en était vu chasser. Errant sur les chemins de l'Europe, il avait dédaigné la faveur des rois et recherché l'amitié des grands hommes. A Saint-Pétersbourg, il avait refusé noblement les offres d'une impératrice; en Angleterre, il s'était fait aimer de Price, de Priestley, de Fox, de Shéridan. Puis, invinciblement attiré par la Révolution française, il lui avait voué le même culte que Vergniaud et Pétion.

Valence, au contraire, était un de ces soldats qui, à la bravoure, savent allier la finesse et la grâce du courtisan. Attaché à la maison d'Orléans dès 1784, on racontait de lui que, surpris un jour aux genoux de Mme de Montesson par le père de Philippe-Egalité, amant de la jolie marquise, il avait improvisé, avec beaucoup de présence d'esprit, un texte de requête propre à détourner les soupçons, et qui eut pour résultat son mariage avec la fille cadette de Mme de Genlis. Quoi qu'il en soit de l'aventure, ce mariage était un lien de plus entre la maison d'Orléans et Valence, entre Valence et Dumouriez.

Le gendre de Mme de Genlis reçut donc le commandement de l'aile droite des Français, le. duc de Chartres le commandement du centre, et Miranda, placé à la tête de l'aile gauche, se trouva faire face à l'archiduc Charles, qui conduisait la droite des Impériaux.

Ce jeune prince, devenu depuis un illustre capitaine, s'essayait alors , pour la première fois, à l'art des combats ; nul doute qu'on ne lui eût assigné le poste où la victoire pouvait être le moins contestée ; de sorte qu'à Neerwinden, selon l'expression aussi juste que vive de M. Michelet, « Miranda eut le rôle d'être écrasé, »

Non , certes, que Dumouriez songeât à se laisser battre : il était trop soldat pour cela; mais c'était un soldat étrange, en qui le diplomate s'identifiait au guerrier. Une bataille, à ses yeux, était une manœuvre politique, et il l'avait bien montré à Jemraapes, en arrangeant les choses de manière à faire retomber l'honneur de la journée sur le duc de Chartres, son protégé, et sur Baptiste, son valet de chambre. A Neerwinden, même calcul : il entrait dans les vues de Dumouriez de donner à gagner à l'orléanisme , en la personne de Valence et du duc de Chartres , une bataille qu'on pût dire avoir été compromise par la RépubHque , en la personne de Miranda.

Toujours est-il que ce dernier eut le pressentiment du sort ([u'on lui réservait, et il est certain que la bataille fut livrée contre son opinion : « Nous étions, déclara-t-il plus tard devant le tribunal révolutionnaire, à la Montagne de Fer,

TRAHISON DE DUMOURIEZ

dans une position semblable à celle que nous occupions l'année précédente à Sainte-Menehould, c'est-à-dire inattaquable. »

Le 18 mars 1793, à neuf heures du matin, l'armée française s'ébranla, et, à dix heures , l'attaque commençait à la gauche. Les colonnes, commandées par Miranda, traversèrent sans obstacle les ponts d'Orsmaël et de Leaw; mais, sur la rive droite de la Gette, le danger apparut ce qu'il était eftectivement : immense. Le terrain à parcourir se trouvait dominé par la plus formidable artillerie. La cavalerie des Impériaux et leurs troupes légères occupaient les villages dont il fallait d'abord s'emparer. L'infanterie ennemie garnissait les hauteurs, et pour gravir jusqu'à elle, une fois les villages conquis, il y avait à essuyer un feu terrible de batteries croisées. D'un élan, et avec l'irrésistible force de leur impétuosité ordinaire , les Français entrent victorieux dans les villages et repoussent la cavalerie ; mais , au delà , tandis que le terrain coupé empêche leurs colonnes de se déployer, l'artillerie autrichienne, qui couvre les hauteurs, les foudroie. En vain, ils essayent de riposter : dans les chemins où elle s'engorge et s'embourbe, l'artillerie des Français est démontée, perd ses chevaux et ne peut être mise en batterie.

Pendant ce temps, le centre et la droite, passant à leur tour la rivière, sans rencontrer de résistance, avaient joint l'ennemi et ouvert une lutte moins inégale. Des deux côtés, on se battit avec un acharnement furieux. Emporté par les Français, repris par les Impériaux, emporté une seconde fois, le village de Neerwinden ne fut abandonné que le soir, volontairement, et comme on s'écarte d'un affreux amas d'hommes et de chevaux morts. Valence fut blessé en repoussant un corps de cavalerie impériale. Un autre corps de . cavalerie ayant chargé l'infanterie de la quatrième colonne des Français, le général Thévenot ordonna aux rangs de s'ouvrir pour le laisser passer, et lui fit faire si à propos une décharge de canon à mitraille et de mousqueterie , que ce régiment fut presque entièrement détruit.

Le combat durait depuis onze lieures; et à la droite de nos troupes, au centre, où le général en chef s'était trouvé pendant toute l'action , la victoire semblait pencher du côté des Français , lorsque Dumouriez remarque des colonnes impériales qui, de leur droite, se portaient à leur gauche, pour renforcer celle-ci : la vue de ce mouvement l'inquiète. Dès deux heures après midi, il avait cessé d'entendre le feu de sa gauche, et aucun message de Miranda ne lui était parvenu. Prenant aussitôt avec lui le chef de l'état-major , deux aides de camp et deux domesticfues , il part pour se poiter à sa gauche. Il arrive au pont d'Orsmaël , qu'il croyait occupé par les colonnes de Miranda, et le trouve au pouvoir des hulans autrichiens , aux mains de qui il faillit tomber. Il se replie alors par le cliemin de Tongres sur Tirlemont, où, — s'il en faut croire son récit, très-peu vraisemblable , en ce point, — Miranda était en train « d'écrire froidement à ses amis. » Jusqu'à une demi-lieue de Tirlemont, l'étonnement de Dumouriez fut extrême : partout la solitude, partout le silence. Enfin il rencontra, bordant le chemin, trois ou quatre bataillons , qui étaient là sans cavalerie , sans ordre , et qui lui apprirent, dit-il, « la honteuse retraite de la gauche. »

Cette retraite avait eu lieu en effet, mais elle n'était aucuueinent honteuse. « Je demande, s'écria Miranda devant le tribunal révolutionnaire, quand il y comparut, si l'on peut regarder comme des lâches des hommes qui se battent depuis la pointe du jour jusqu'à la nuit. « Le fait est qu'une position presque impossible à tenir n'avait été abandonnée qu'après de sanglants efforts. Deux des aides de camp de Miranda furent

tués ; un grand nombre d'officiers restèrent sur la place ; et du témoignage de Dumouriez lui-même, il résulte qu'à elle seule la gauche perdit plus de deux mille hommes , tandis (jue la droite et le centre réunis n'en perdirent que six cents. Le nombre des blessés fut de mille environ. Quant à la perte des Autrichiens, leur général en chef, le prince de Cobourg, la constata en ces termes, dans son rapport officiel : « Vu la bravoure extraordinaire avec laquelle l'ennemi combattit, cette victoire nous coûta cher; nous y avons perdu en tués et blessés, douze à quinze cents hommes. »

Par la retraite de Miranda, l'armée se trouvait coupée en deux portions, dont l'une était en avant de Gette, l'autre en arrière : situation désastreuse si l'ennemi eût su en profiter. Mais le prince de Gobourg appartenait, comme tacticien, à l'école de Lascy, général sans décision et méthodique à l'excès. Dumouriez, au contraire, était doué de ce coup d'œil rapide qui complète les succès ou répare les désastres • sa retraite, ordonnée le lendemain 19 mars, fut d'un calme et hardi capitaine. Toutefois, un incident faillit la changer en déroute. Un boulet emporta le cheval du général, et couvrit de terre le cavalier renversé. Heureusement il se releva si vite, que l'effroi n'eut pas le temps de se répandre parmi ses soldats. Il était en ce moment à la tête des colonnes de Miranda, dont il avait pris la direction; et lui-même avoue que cette gauche, si violemment accusée par lui pour sa conduite de la veille, soutint <t avec une constance héroïque '> le feu qui, de la hauteur de Wommersen, plongeait sur elle. Il ajoute, à la vérité, qu'au lieu d'une intrépidité froide, il eût voulu voir à ses troupes un élan qui les poussât à courir culbuter à la baïonnette les bataillons établis sur le plateau meurtrier ; mais il n'aurait pu éveiller un semblable élan qu'à une condition : il aurait fallu qu'en dépit de léchée du 18 et des bruits sourds de trahison auxquels on le liait, les soldats eussent conservé toute leur confiance dans leur général en chef, et c'est ce qui n'était pas. Dumouriez n'avait pas toujours su se contenir; plus d'une parole imprudente avait trahi déjà, devant le drapeau, le secret d'un cœur agité de pensées criminelles. Il n'était pas jusqu'aux officiers supérieurs auprès de qui son autorité n'eût reçu de son attitude les plus graves atteintes. Et ce qui le prouve, c'est son propre récit, qui nous montre tantôt le général Lamarche, tantôt le général Leveneur, exécutant sans ordre des mouvements de nature à compromettre la retraite.

Elle ne fut pas sans, gloire cependant : le matin du 22, le prince de Gobourg ayant fait faire une attaque générale contre les Français à Pellenberg, près Louvain, les colonnes autrichiennes furent vaillamment repoussées, après un combat qui dura tout un jour.

Mais la gloire militaire de Dumouriez venait de jeter là sa dernière lueur. Rongé de soucis, livré à un désordre d'esprit qui croissait d'heure en heure, et furieux contre les Jacobins, contre la Convention, contre ses soldats, contre lui-même, il avait pris son parti de la trahison avec une impatience sombre et dénuée d'espoir. Le soir du 22, le colonel autrichien Mack, qu'il avait fait prévenir la veille, étant arrivé dans une maison solitaire, située sur la Montagne de Fer, il y tint avec cet officier une conférence secrète, dont le résultat fut que larmée française na serait inquiétée par les Autrichiens, dans sa retraite, qu'autant qu'il le faudrait pour couvrir la connivence des généraux. « Après l'évacuation de Bruxelles, écrit Dumouriez, historien de sa propre honte, on devait se revoir pour convenir des faits ultérieurs . »

Les Français continuant de reculer, Bruxelles fut évacuée le 25 mars, et, le même jour, l'archiduc Charles y fit son

entrée, accompagné du prince de Gobourg et d'une suite nombreuse de généraux.

Le surlendemain, nouvelle entrevue, à Atli, entre le colonel Mack et Dumouriez. Ce qui s'y passa, comment l'ignorerait-on? C'est Dumouriez qui a pris soin d'en instruire la postérité. Il fit savoir au colonel autrichien que son projet était de marcher sur Paris, et d'y opérer non pas la contrerévolution, mais la réformation, c'est-à-dire le rétablissement de la monarchie constitutionnelle . Au profit de qui? Du duc d'Orléans? Dumouriez, dans ses Mémoires, n'avoue pas qu'il ait prononcé ce nom, et peut-être ne le prononça-t-il pas en effet, sa défaite ne lui permettant pas de dicter les conditions. Mais ce qui fut convenu, c'est que les Autrichiens agiraient comme auxiliaires, sauf à ne pas avancer si leur secours n'était point nécessaire, et à accepter, dans le cas contraire, la direction du général français, qui se réservait d'indiquer alors le nombre et l'espèce de troupes dont il aurait besoin. Il fut convenu, en outre, que la place de Condé resterait aux mains des Autrichiens jusqu'après la guerre, et que les autres places où leurs secours auraient été requis, recevraient garnison mi partie sous les oi'dres des Français.

Cependant, la nouvelle de la défaite de Neerwinden avait été apportée, le 21 mars, à la Convention, par une lettre de Dumouriez. Marat s'élance aussitôt à la tribune pour accuser le général. Mais, sur la trahison dont on vient de voir se dérouler la trame, les soupçons des uns, à Paris, étaient encore si flottants, et l'incrédulité des autres si opiniâtre, que les paroles de Marat furent accueillies par un mouvement d'indignation. Il est payé par nos ennemis, tel fut le cri que tous les échos de la salle se renvoyèrent, et Lecoiutre-Puyraveau demanda que VAmi du peuple fût déclaré en état de démence. Lui, sans s'émouvoir, chargea des colporteurs de distribuer sur la terrasse des Feuillants un écrit avec ce titre ; Grande trahison de Dumouriez. Mais les distributeurs furent chassés; et lorsqu'à son tour Marat parut sur celte terrasse, où peu de jours auparavant on l'avait porté en triomphe, on le poursuivit de huées, auxquelles se mêlèrent des menaces. Cette fois, pourtant, le noir prophète avait raison ; Paris ne le sut que trop tôt.

Au reste, la Convention mettait à défier le péril une énergie dont le caractère devenait de plus en plus farouche. Coup sur coup, elle décréta ;

Que tout rebelle arrêté les armes à la main serait livré à une commission militaire, et une fois reconnu coupable, exécuté dans les vingt-quatre heures;

Que le fait demeurerait constant par un procès-verbal revêtu de deux signatures, ou par la déposition orale et uniforme de deux témoins;

Que, pour les prêtres, les ci-devant nobles, les ci-devant seigneurs, leurs agents, leurs domestiques, le châtiment serait, s'ils se rendaient complices d'une révolte, la mort;

Que leurs biens confisqués serviraient : 1° à pourvoir, en cas de besoin, à l'entretien de leurs proches ; 2° à adoucir les maux résultant de la révolte ;

Qu'un comité de surveillance serait établi dans chaque section, d'un bout à l'autre de la République ;

Que tous les citoyens suspects seraient désarmés; Qu'un arrêté de la Commune de Paris prescrivant à tous les habitants d'une maison d'afficher sur la p )rte leurs noms, leurs prénoms, leur profession, leur âge, serait non-seulement sanctionné, mais étendu à la France entière.

Il fallait craindre d'armer contre soi les intérêts liés à la Révolution, tout en frappant les intérêts qui lui étaient hostiles : la Convention songea à se concilier du même coup, et

la faveur des propriétaires qu'avait faits le régime nouveau, jt celle des prolétaires qu'il n'avait point encore affranchis. Pour rassurer les premiers, elle alla jusqu'à prononcer la peine de mort contre quiconque proposerait des lois agraires ; 3t, d'un autre côté, elle décida qu'on donnerait aux malheureux les matériaux des châteaux des émigrés démolis, et que les propriétés territoriales , industrielles , commerciales seraient soumises à l'imjiôt progressif.

En même temps, l'Assemblée confiait au Comité de salut public le soin de préparer, de proposer tout ce qui concernait la défense intérieure et extérieure de la République ; et fixant le nombre des membres à vingt-cinq, elle désignait comme tels : Dubois-Crancé, Pétion, Gensonné, Guyton-Morveau , Robespierre, Barbaroux, Ruhl, Vergniaud, Fabre d'Églantine, Buzot, Delmas, Guadet, Condorcet, Bréard, Camus, Prieur de la Marne, Camille Desmoulins, Barère, Quinette, Danton, Sieyès, Lasource, Isnard, Cambacérès, Jean Debry : choix qui attestait l'influence de la Gironde, sans exclure la Montagne.

Les actes répondirent aux décrets. Le 28 mars, à midi, tout Paris était debout. Les barrières, les ponts, les rues, les passages étaient interceptés ; nul citoyen ne pouvait circuler s'il n'avait sa carte ou son certificat de civisme. De bonne heure, le rappel s'était fait entendre ; on avait renforcé les postes des caisses publiques, ceux des prisons, et de fortes patrouilles parcouraient la ville. C'était la mesure du désarmement des suspects qu'on mettait à exécution. Peu d'armes furent saisies dans les maisons qu'on visita, et, en ce sens, Gorsas put dire que l'opération avait été « absolument manquée ; mais le grand calme dont Paris, ce jour-là, donna le spectacle, fut signalé par les amis de la Révolution avec une joie honorable; et le journal de Brissot, que Girey-Dupré rédigeait, s'écria : « Celte journée a été belle pour Paris. »

Sur ces entrefaites, Dumouriez était arrivé à Tournay avec son avant-garde. Son plan était, tout en évacuant la Belgique, d'y conserver une ligne de places fortes, passant de la droite à la gauche par Namur, Mons, Tournay, Courtray, Anvers, Bréda et Gertruydenberg, ce qui l'eût mis en position, et d'agir contre Paris avec plus d'avantage, et de garder à l'égard des Impériaux une attitude plus indépendante. A Tournay, il apprit que ce plan, dérangé déjà par l'évacuation forcée du château de Namur, venait de perdre une autre chance de succès; à Mons, le général Neuilly n'avait pu retenir sa division, qui avait pillé les magasins et s'était débandée. Ce fut au miheu des transports de colère où cette nouvelle le jeta, qu'il reçut la visite de trois députés des Jacobins, s'annonçant comme chargés d'une mission de Lebrun : ces trois hommes étaient Proly, fils naturel du prince de Kaunitz ; Pereyra, juif portugais, et Dubuissou, auteur dramatique. Si leur véritable mission fut de sonder adroitement les dispositions de Dumouriez, c'est ce qu'on ne saurait affirmer d'une manière absolue ; quoi qu'il en soit, la brutale franchise du général dispensa leur habileté de tout effort. Dans les entrevues qu'ils eurent avec lui, soit séparément, soit ensemble, leur rôle put se borner à prêter une oreille en apparence docile aux sorties extravagantes de Dumouriez contre les Jacobins et la Convention. Seul d'abord, puis en présence de nombreux témoins, il s'emporta en déclamations d'une violence et d'une témérité à peine croyables. » Je sauverai la France, malgré la Convention, dût-on m'appeler César, Cromwell ou Monk.... La Convention ! c'est une réunion de sept cent quarante-cinq tyrans , appelants ou non appelants, ils me font tous horreur.... Je me moque de leurs décrets; ainsi que je l'ai dit à Danton, ils n'auront bientôt de validité que dans la banlieue de Pa-

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