‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 78 sur 100 · PRIEUR DE LA MARNE · texte numérisé non relu

PRIEUR DE LA MARNE

tendre: Arrêle! arrête! Le général, que ce cri désigne et menice, n'a que le temps de sauter sur un cheval et de s'enfuir à travers champs, au milieu des coups de fusil, avec le baron de Schonberg, son neveu; Raptiste, son valet de chambre; quelques hussards et quelques domestiques. Des trois bataillons lancés à sa poursuite, celui qui montra le plus d'ac'.iar-

nement était du département de l'Yonne, et avait à sa tête Davoust, depuis maréchal de France. Plusieurs personnes de la suite de Dumouriez furent tuées en cette occasion; luimême n'échappa que par miracle.

Ce fut le soir seulement qu'il parvint à joindre le colonel Mack, avec lequel il passa la nuit à rédiger, au nom

HlïSTulUE DE L\ IIEVULLTION EUANÇAISE

(lu prince de Gobourg, une proclamation qui parut le len- (li'main.

Le prince y déclarait que le but des Autrichiens était de se joindre aux troupes françaises « pour coopérer en amis et en compagnons d'armes^ dignes de s'estimer réciproquement, à rendre à la France la constitution qu'elle s'était donnée et son roi coiistitutiomiel. » D'où il résulte que Dumouriez ne se sentait plus assez fort pour imposer aux alliés son candidat de prédilection, le duc d'Orléans. C'est, au reste, ce qui résulte, plus directement encore, d'une adresse à la nation française, qu'il pulilia en son propre nom, et où il reconnaissait pour roi l'enfant détenu au Temple.

Un fait qui montre jusqu'où allaient les illusions de Dumouriez et son audace, c'est que le 5 avril, au point du jour, comme si rien ne lui était arrivé la veille , il s'avisa de regagner son camp. Mais ses soldats ne l'avaient aimé que tant qu'ils l'avaient cru fidèle à sa pairie. Maintenant, ils ne voyaient plus en lui qu'un traître qui tournait contre la Révolution l'épée de la Révolution, et qui brûlait de renverser le jacobinisme, après s'être tant de fois paré du bonnet rouge. Quand il arriva devant les rangs, il put tout de suite juger, à la contenance des soldats, que c'en était fait de sa fortune. D'autant qu'il avait commis la faute d'accepter une escorte de cinquante cavaliers autrichiens , dont la présence fut considérée comme une insulte. L'artillerie attela et prit la route de Valenciennes , le reste suivit. Quant aux officiers gêné raux, ils se hâtèrent d'abandonner, à leur tour, celui que les troupes abandonnaient. Dumouriez , depuis la bataille de Neerwinden , n'avait obéi à la Convention qu'une fois... , en faisant arrêter Miranda ! Valence, il l'avait envoyé à Bruxelles; et il ne se trouvait avoir auprès de lui, le soir du 5 avril, que les deux frères Thouveuot , le duc de Chartres , le colonel Montjoie, le lieutenant-colonel Barrois, deux ou trois officiers d'état-major et quelques aides de camp. Ce fut entouré de cette petite troupe, et le désespoir dans l'âme, qu'il se retira à Tournay, où il descendit chez le général autrichien Clairfayt , et où le rejoignirent , une heure après , un demi-escadron de hussards de Saxe et le régiment de Berchiny.

Ainsi se termina la carrière politique et militaire de ce déplorable homme de génie. Un long exil, obscur et triste, voilà ce qui désormais l'attendait. Entré tard dans la gloire, il en sortit vite, il en sortit par un crime; et, pour lui, ce qui arrive tr p rarement hélas! le crime ne fit qu'un avec le châtiment : le jour même où il devint coupable , il disparut de l'histoire !

Page 1