‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 79 sur 100 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

PASSIONS ET IDEES

A Révolution française eut cela de remanjuable que chaque péril nouveau lui fut un surcroît de force. De même que la prise de Verdun n'avait servi qu'à enflammer ses colères, la défection de Dumouriez n'aboutit qu'à concentrer son action. Les commissaires de diverses seciions ayant formé à l'Evêché une assemblée, centrale de salul public, et cette réunion ayant été dénoncée par la section du Mail comme attentatoire à l'unité du pouvoir, la Convention se hâta de rendre un décret qui, après avoir félicité la section du Mail de son patriotisme, appelait le peuple à compter sur la fermeté indomptable de ses mandataires.

Et en effet , dès le 4 avril , la Convention s'emparait de la ! direction immédiate des troupes , par l'envoi aux armées du Nord et des Ardennes de huit commissaires, Carnot, Gasparin, Bries, Duhem, Roux-Fazillac, Duquesnoy, Dubois Dubois, Delbret. Ils avaient pour mission de rétablir les communications militaires, de mettre les places fortes en état de défense et de faire pénétrer sous la tente toute grande parole prononcée dans la Convention.

C'était une mesure sans précédent , et qui préparait au monde le prodigieux spectacle d'une assemblée de jurisconsultes, d'artisans, d'avocats, de marchands, d'artistes, imprimant de loin son esprit à des légions inombrables, et faisant trembler les plus fiers capitaines, à la tête de leurs armées!

L'autorité des représentants du peuple en mission devant avoir un double caractère aux yeux du soldat , il fut décidé que leur costume même l'indiquerait , et qu'ils porteraient : un chapeau rond, orné de trois plumes aux trois couleurs; une écharpe en ceinture , et pendu à un baudrier de cuir noir, un sabre nu.

En même temps, la Convention décrétait le remplacement de Dumouriez par Dampierre et celui de Beurnonville par Bouchotte. Conformément à une pétition de la Commune lue par Chaumette, elle votait la formation d'un camp de quarante mille hommes sous Paris. A la voix de Danton, elle décidait i[u' une garde du peuple serait créée , et le prix du pain mis en rapport avec le salaire de l'ouvrier, sauf à la classe riche à payer l'excédant. Enfin, pour imprimer au tribunal révolutionnaire une activité plus formidable, elle supprimait la commission des Six, sur la proposition de Marat , et, sur celle de Cliarlier, elle autorisait l'accusateur public à poursuivre désormais d'office tous les conspirateurs, à l'exception des députés, des généraux et des ministres, à l'égard desquels l'Assemblée retenait l'initiative de l'accusation.

Un Comité de défense généi'ale ou de salut public existait déjà; mais, composé de vingt-cinq membres, il était trop nombreux, parlait beaucoup, n'agissait pas. Ses débats, d'ailleurs, avaient été rendus publics, ce qui achevait d'en faire un corps discutant , là où les circonstances demandaient un pouvoir silencieux, se décidant vite et frappant fort. Pour comble de malheur, on y avait mis en présence, dans un but de conciliation, des hommes qui, tels que Vergniaud et Robesjjierre, ne pouvaient se trouver face à face sans se combattre. Barère fit vivement ressortir les vices d'une pareille organisation, dans un discours où il proposait un nouveau plan , et appelait les Girondins avec leurs éternelles appréhensions de la dictature, « les grands enfants de In Révolution. »

Les vues de Barère sont sur-le-champ adoptées ; lui-même est chai'gé de les rédiger législativement. en compagnie de Mathieu, de Thuriot, de Danton, d'Isnard; et le 6 avril, sur un rapport de ce dernier, après un court débat, il est décrété :

Qu'un coviiTÉ DE SALUT PUBLIC, composé de neuf membres de la Convention nationale, sera formé par appel nominal;

Que ce comité délibérera en secret;

Qu'il aura charge de surveiller et d'accélérer l'action ministérielle ;

Qu'il pourra suspendre, à la condition d'en informer sans délai l'Assemblée, les arrêtés du Conseil exécutif, lorsqu'il les jugera contraires au bien public;

Qu'il aura di-oit de prendre, en cas d'urgence, des mesures de défense gént'rale, extéiieuro et intérieure;

Que ses arrêtés, signés de la majorité de ses membres dé-

PASSIONS ET IDEES

libérants, au nombre des deux tiers au moins, seront exécutés immédiatement par le Conseil exécutif.

Gomme garantie contre l'abus possible d'un tel pouvoir, on décida que la trésorerie nationale demeurerait indépendante de son action, et qu'il ne serait établi que pour un mois. Chaque semaine , il devait présenter à la Convention un rapport par écrit de ses opérations et de la situation de la République.

Ainsi naquit ce fameux comité de sai.ut public en qui la Révolution concentra bientôt toute sa terrible vitalité, et dont le seul souvenir fait, aujourd'hui encore, frissonner la terre. Au fond, c'était une dictature à plusieurs têtes qu'on venait de créer, et ceux qui la fondèrent ne furent pas sans le comprendre. Ils sentirent aussi qu'avec le pouvoir de tout sauver, une semblable dictature aurait le pouvoir de tout dévorer. Cependant ils n'hésitèrent pas, comptant leurs propres dangers pour peu de chose, là où il s'agissait de la patrie. Et en cette circonstance , comme toutes les fois qu'il avait fallu pourvoir au salut de la mère commune, Girondins et Montagnards furent unanimes. Seuls, parmi les premiers, Buzot et Biroteau avaient exprimé quelques craintes.

Toutefois, l'émotion secrète de l'Assemblée se vit à l'extrême prudence qui détermina ses choix. Ils furent calculés de façon à écarter également, et le despotisme de la Grironde, et celui de la Montagne. Danton se trouva au nombre des élus, non parce qu'il était Montagnard, mais parce que , dedepuis sa trop fameuse réplique à Lasource, il semblait être revenu à des sentiments de conciliation : témoin cet admirable cri qui, tout récemment encore, s'était échappé du fond de son cœur : « Quelle qu'ait été la différence des opinions , la majorité d'entre nous n'en veut pas moins la République. Rapprochons-nous, rapprochons-nous fraternellement. 11 y va du salut de tous. »

Voici comment fut composée la liste de ceux qui, les premiers, firent partie du nouveau comité : Barère, Delmas, Bréard, Danton, Gambon , Jean Debry , Guyton-Morveau, Treilhard, Delacroix. Les suppléants furent La Réveillère- Lepeaux, Lasource, Isnard, Lindet, Thuriot, Dubois-Crancé, Fonfiède, Merlin, Gambacérès. D'où il résulte que l'influence de la Gironde ne fut représentée avec quelque éclat ([ue dans la liste des suppléants; et quant à l'influence de Robespierre, si souvent accusé d'aspirer à la dictature, c'est à peine si dans l'énumération qui précède on en découvre la trace.

Mais lorqu'on crée des armes de cette pesanteur, on doit s'attendre à les voir tôt ou tard saisies par des mains assez fortes pour les manier : Robespierre avait beau être écarté du Comité de salut public, sa place y était marquée d'avance.

Ici va être reprise, pour ne plus s'arrêter qu'à la catastrophe finale , la trop célèbre lutte engagée entre les Montagnards et les Girondins. Ces hommes que leur union eût rendus invincibles, et qui, contie les rois, se montrèrent toujours si glorieusement d'accord, les voilà qui vont s'abandonner, les uns à l'égard des autres, à toutes sortes de visions malsaines et de soupçons délirants.

La défection de Dumouriez, tel fut le champ de bataille. « Vous étiez les amis de ce traître, «crièrent les Montagnards à leurs adversaires ; et ceux-ci de répliquer : « Dumoui iez était l'instrument des ambitieux projets de d'Oiléans, votre complice. »

Il est juste de faire remarquer que Robespierre n'avait pas attendu la défection d^. Dumouriez pour s'élever contre l'orléanisme. Dès le 27 mars, invitant l'Assemblée à tenir l'œil sur la conduite du général , il avait formellement proposé que, dans la huitaine , on expulsât tous les Bour])ons, tant

du territoire français que de celui qu'occupaient alors les armées. Mais l'Assemblée avait passé à l'ordre du jour, et la Montagne elle-même s'était refusée, en cette circonstance, à appuyer le tribun soupçonneux.

Eat-il vrai que, lorsque Robespierre fut revenu à sa place, Massieu lui demanda » comment il se faisait qu'après avoir combattu, dans le temps, la motion de Louvet, il vînt la reproduire aujourd'hui, » à quoi Robespierre aurait répondu : « Je ne puis pas expliquer mes motifs à des hommes prévenus et qui sont engoués d'un individu : mais j'ai de bonnes raisons pour en agir ainsi, et j'y vois plus clair que beaucoup d'autres? » C'est ce que raconte dans ses Mémoires le conventionnel Thibaudeau, et ce qu'ont répété, d'après lui, plusieurs historiens. Mais il y a ici une erreur manifeste. Massieu ne pouvait pas demander à Robespierre l'exphcation d'une inconséquence dans laquelle celui-ci n'était pas tombé. Le jour où Louvet avait proposé l'expulsion des Bourbons, Robespierre n'assistait pas à la séance, et le soir, au club des Jacobins, il déclara expressément que, « s'il se fûl trouvé à la Convention, il eût voté pour la motion de Louvet, parce qu'elle était conforme aux principes. »

Ce qui peut être vrai , ou du moins n'a rien d'invraisemblable, c'est que Robespierre ait effectivement dit à Massieu, comme Thibaudeau le rapporte : « Gomment est-il possible de croire qu'Égalité aime la République?... Tant qu'il sera en France, elle sera toujours en péril. Je vois parmi nos généraux son fils aîné; Biron, son ami; Valence, gendre de Sillery, son courtisan. Ses autres fils sont élevés par la femme de Sillery. » Tout ceci est très-conciliable avec le caractère défiant de Robespierre ; et quant à la fin de la conversation, telle que Thibaudeau la retrace, elle s'accorde assez avec le langage que Robespierre tenait en public : » Les Girondins n'ont fait la motion d'expulser les Bourbons que parce qu'ils savaient bien qu'elle ne serait pas adoptée. Ils n'ont supposé à la Montagne le projet d'élever Égalité sur le trône que pour cacher leur dessein de l'y porter ensuite. — Mais où sont les preuves ? — Les preuves ! les preuves ! Veut-on que j'en fournisse de légales ? J'ai là-dessus une conviction morale. Au surplus , les événements prouveront si j'ai raison. Prenez garde que ce ne soit trop tard. »

Voilà de quels soupçons les chefs des deux partis contraires étaient travaillés , quand s'engagea la lutte suprême.

Déjà, dans la séance du 3 avril, Robespierre avait dirigé contre Brissot une attaque spécieuse, mais en réalité trèsinjuste et froidement violente. Car, après avoir été lui-même dénoncé tant de fois , avec tant d'acharnement , Robespierre avait fini par embrasser le triste rôle de dénonciateur. Brissot n'eut pas de peine à se justifier, et l'Assemblée se hâta de passer à l'ordre du jour ; mais ce n'était là que l'annonce d'un engagement plus général, plus meurtrier

Le 8 avril, la section de Bon-Conseil envoyait déclarer à la Convention que la voix publique condamnait les Vergniaud, les Guadet, les Gensonné, les Brissot, les Barbaroux, les Louvet, les Buzot, et plusieurs autres membres, sur la tête desquels on laissait la hache comme suspendue dans les ténèbres. Le même jour, la Convention rendait un décret ordonnant que tous les membres de la famille de Bourbon, y compris PhiUppe-Égalité, seraient détenus à Marseille.

Le 9, Rebecqui donnait sa démission, fondée, entre autres motifs, sur ce que Robespierre n'avait pas été puni de mort pour avoir demandé un régulateur.

Enfin, le lO, Pétion, indi<.'né, venait lire à la tribune une adresse que la section de la Halle-au-Blé avait fait circuler dans Paris, et où l'on disait que Roland méritait l'échafaud;

IIISTOIIIE DE LA REVOLITION FRAXCxVISE

i[ue la majorité de la Gonvenlion élail corrompue ; (jue, dans son propre sein, elle cachait la ligue qui voulait vendre la France aux tyrans.

Toutes les haines firent explosion à la fois. Ici Pétion flétrissant l'adresse; là, Danton proposant une mention liono rable. A ces mots, applaudissements de la Montagne, clameurs des galeries et murmures de la Droite se confondent. Les députés se précipitent de leurs hancs, et courent se former dans la salle en groupes tumultueux. Au milieu du désordre, on apercevait le visage pâle et sévère de Pétion à la tribune. Danton s'élance pour l'y remplacer; on le repousse, et plusieurs voix crient : « Restez là, Pétion ! » D'autres : <^ Nous mourrons, mais pas seuls ! » Duperret : « Nos enfants vengeront notre mort. )> Danton ne se possédait pas de colère; il poussa ce cri, comme un lion eût poussé un rugissement : « Vous èti^s des scélérats! » Et Biioteau de lui répondre : » La dic'iture sera ton dernier crime. Je mourrai républicain, et tu mourras tyran. » Le président s'était couvert, et ce ne fut que lorsque l'émotion universelle se fut épuisée par son excès même, que Pétion parvint à se faire entendre. Avec une véhémence qui ne lui était pas ordinaire, il signale dans l'adresse de la Halle-au-Blé un sanglant outrage à la Convention, et demande qu'un en traduise les auteurs devant le tribunal révolutionnaire.

A son tour, Danton prend la parole, et il étonne l'Assemblée par sa sagesse, lui qui vient de rép:iuvanter par ses fureurs. Il l'adjure de ne point s'absorber dans le ressentiment de ses propres injures, quand elle a toute son énergie à déployer contre les Autrichiens. Il lui montre le danger d'irriter hors de propos les sections : « Que devez-vous répondre au peuple, quand il vous dit des vérités sévères? Vous lui devez répondre..., en sauvant la République. Eh! depuis quand vous doit-on des éloges? Etes vous à la lin de votre mission?. . Ce qu'il faut, c'est vaincre les ennemis, rétablir l'ordre dans l'intérieur, et faire une bonne constitution. Une constitution! Nous ia voulons tous, la France la veut; et elle sera d'autant plus belle, qu'elle sera née au milieu des orages de la liberté ! »

Le but manifeste de Danton était de calmer les esprits ; mais on eût dit que la Gironde ne voulait pas être sauvée Boyer-Fonfrède taxa de pei/idie une modération qu'il eût mieux fait d'imiter ; et Gruadet compara l'opinion publique, telle que les Montagnards la comprenaient, au « croassement de quelques crapauds ; » grossièreté à laquelle Marat répliqua par une autre grossièreté, non moins déplorable, en lui criant de sa place : « Tais-loi, vil oiseau ! » Mais loin de se taire, Guadet avait hâte d'épancher tout le fiel de cette amère éloquence qui le caractérisait. Il fit revivre, sans que rien l'y autorisât, l'irritant souvenir du 10 mars; il prononça le mot conspii'ation, il nomma Robespierre. L'imprudent orateur oubliait ce que, dans une séance précédente, Barère avait dit de la plus funeste dictature qu'on eût alors à redouter : la dictature de la calomnie. Robespierre, qui avait déjà préparé son acte d'accusation contre la Gironde, releva ce défi.

« Une faction puissante, dit-il, conspire avec les tyrans de l'Europe pour nous donner un roi, avec une espèce de constitution aristocratique. » Expliquant alors en quoi ce système convenait à la grande ligue dont Pitt était l'âme : aux nobles, dont l'ambition par là se sentirait ranimée : aux bourgeois riches, à qui l'égalité faisait hoireui-; à tous ceux enfin qui dans les changements politiques ne voient qu'une proie à saisir, il se mit à tracer un tableau terrible de la conduite des Girondins depuis le commencement de la Révolution. Il les représenta dressant dès le début l'épouvaiilail de la loi

agraiie, sonnant les pani({ues, marquant au front quiconijue ne les préférait pas à la liberté, et, pour capter la faveur des âmes égoïstes ou pusillanimes, coupant en quelque sorte la Révolution en deux. Ah! sans doute ils avaient frappé sur la Cour, sur les émigrés, sur les prêtres, et cela d'une main violente, mais à quelle époque? Quand ils avaient le pouvoir à conquérir. .. Le pouvoir une fois conquis, comme leur ferveur s'était vite ralentie ! Comme ils s'étaient hâtes de changer de haines ! Et avec quelle émotion, trop peu dissimulée, ils s'étaient étudiés à panser les blessures qu'ils avaient faites, à couvrir le trône ébranlé ! Mais il avait peu duré, le rêve d'or de leur ambition ; il avait fallu retomber dans la foule obscuie : et aussitôt on les avait vus r^,venir à toute leur fougue révolutionnaire, recommencer l'assaut de la "••oyauté, pousser le peuple sur la place publique, fomenter le 20 juin, et ne chercher dans la victoire du 10 août que leurs portefeuilles perdus. Ils les y retrouvèrent en effet; et par Servan, Clavière, Roland, remis en possession du ministère, ils furent encore une fois les maîtres; mais leurs efforts pour empêcher la déchéance, leur empressement à proposer la nomination d'un gouverneur du prince royal, et leur opposition à la politique qui incarcéra Louis XVI, voilà ce qu'il était désormais impossible aux républicains d'oublier. Cependant Brunswick pénétrait au cœur de la France, Paris allait avoir l'épée de l'Autrichien tout entière dans ses flancs ; et eux les dominateurs, eux les gardiens officiels de la Révolution, à quoi songeaient-ils pendant ce temps? A fuir! Oui, un ])rojet de fuite hit le projet de salut que les ministres girondins, Roland, Servan, Clavière, Lebrun, avaient osé mettre en avant, et peut-être eussent-ils déserté la capitale avec l'Assemblée législative, avec le trésor public, avec la famille royale prisonnière, si Danton, alors ministre de la justice, ne les eût arrêtés, si Paris ne se fût levé frémiss:int et sublime. On savait le reste, et comment l'ennemi avait été rejeté hors des frontières, la Convention convoquée, la royauté abolie. Oh! certes, c'était alors le moment de s'occuper du bonheur public, et de consolider la République en la faisant bénir. Et à quoi s'étaient appliqués les Girondins? A remplir la Convention de leurs jalouses fureurs ; à l'entretenir de dénonciations sans fin ni mesure contre la municipahté de Paris, contre la majorité des députés de Paris, contre Paris lui-même; à propager la ridicule fable d'une dictature imminente; à réveiller calomnieusement, pour en accabler leurs rivaux, les souvenirs pleins de sang de l'Abbaye ; à appeler enfin, du fond de leurs départements, des fédérés qui vinssent tenir la capitale en respect. Mais, ô force toute-puissante de la vérit ; ! à peine admis au foyer de la ville sainte, les fédérés, soudainement convertis à la cause du peuple, avaient couru sur la place du Carrousel serrer dans leurs bras les Parisiens calomniés, et jurer devant les magistrats populaires une haine éternelle aux tyrans.

Robespierre rappela ensuite, sous une forme historique à travers laquelle perçait l'amertume du réquisitoire, les obstacles que les Girondins avaient opposés au châtiment de Louis XVI ; leur appel au peuple, appel à la guerre civile ;• leur ardeur à soulever l'Europe contre la France, quand la France regorgeait encore d'ennemis intérieurs, et se présentait, pour soutenir un choc sans exemple, avec un roi félon sur le trône, des ennemis de la Révolution au ministère, des complices de l'ennemi à la tète des armées et, partout où n'était pas le désordre, la trahison. Ah! si les débuts de la lutte avaient été marqués par des perfidies et des revers, à qui la faute? Elle ne pouvait être à celui qui avait tant dit et répété : « Avant de déclaier la guerre aux étrangers, détrui-

PASSIONS ET IDEES

sez les ennemis du dedans ; punissez une Cour parjure; i les généraux qu'elle a nommés; fortifiez nos places fronliÔTes; chancrez les états-majors, peuplés de ses satellites; changez | préparez la victoire à la veille du combat; et n'oubliez pas,

Page 1