‹ Histoire de la râevolution franðcaise (volume 4)Chapitre 93 sur 100 · LES GIRONDINS A LYON · texte numérisé non relu

LES GIRONDINS A LYON

lantins, de modérés, d'égoïstes, d'accapareurs, d'usuriers, d'agioteurs et tous les inutiles citoyens de la caste sacerdotale, ennemie irascible de la liberté et protectrice du despotisme. » Exterminer! Sous la plume d'un déclamateur violent, et rapproché du devoir de mourir en défendant la sûreté des personnes et des propriétés, une pareille expression pouvait bien ne pas signifier la mort; mais il est des mots avec lesquels il ne faut pas jouer en temps de révolution!

Le 26 mai, Dubois -Grancé , Albitte, Nioche et Gauthier étaient à Chambéry , lorsque tout à coup leur arrivent de Lyon deux dépêches, l'une annonçant le pillage d'un magasin de beurre fondu, malgré la présence des officiers municipaux et la réquisition de la force armée , l'autre parlant de l'imminence d'une contre-révolution. Sur-le-champ, ils décident que deux d'entre eux se rendront à Lyon, et qu'on y fera passer des troupes, avec un adjudant général pour les commander. Le 27, dans la soirée, Nioche et Gauthier entraient à Lyon. Là, ils apprennent que l'émeute populaire au sujet d'un accaparement de beurre est dissipée, mais que les sections, où la bourgeoisie domine, ont voulu se mettre en permanence ; que le Directoire du département les y autorise ; que la municipalité s'y oppose; que Lyon est à la veille d'un combat. Le lendemain, députation des sections, exigeant que la municipalité soit cassée. Les représentants du peuple demandent aux députés de motiver leur demande , et par écrit : ils promettent de le faire, se retirent; mais, le 29, au lieu d'une pétition, c'est un ordre qu'ils apportent.

Déjà, en effet. Girondins et royalistes couraient aux armes, se choisissaient un chef, s'emparaient de l'arsenal, y établissaient un comité d'insurrection. Au bruit de la générale, Nioche et Gauthier se hâtent vers la maison commune, siège des trois corps administratifs. Seuls, les membres du Directoire étaient absents. Une proclamation conciliatrice est aussitôt rédigée, et Nioche va la lire en personne aux rebelles qui commençaient à remplir les rues ; mais, loin de l'écouter, ils s emparent de lui et le traînent à l'arsenal, où il est retenu.

Pendant ce temps, Bertrand, maire de la ville, et les officiers municipaux, se mettaient en défense, appelant autour de l'Hôtel de Ville le plus de citoyens qu'ils pouvaient, les exhortant à tenir bon contre les muscadins, leur distribuant des cartouches, et, s'il faut en croire une déclaration venue du camp ennemi, leur présentant du vin auquel était mêlée de la poudre.

Parmi les bataillons requis par la Commune, il s'en trouvait un, dit de Brutus, dont les dispositions n'étaient pas , sûres. Un officier municipal, casque en tête et sabre à la main, s'avança pour le reconnaître, suivi de Ryard, chef de légion. L'un et l'autre ils échangèrent quelques mots à voix basse avec Barbier, commandant du bataillon de Brutus, sur quoi, se tournant vers les siens : « Citoyens, cria Barbier, j'espère que vous ne tournerez pas vos armes contre le peuple, et que vos corps serviront de rempart à vos magistrats. » Une réponse menaçante sortit des rangs : « La municipalité a perdu notre confiance. » Alors.... ici les témoignages diffèrent. Selon les uns, Ryard mettant le sabre à la main, et Barbier élevant son chapeau en l'air, on tira de la terrasse de l'Hôtel de Ville deux coups de canon qui mirent le bataillon de Brutus en fuite; d'autres affirment que l'attacpie vint de ce bataillon même; qu'il fit suivre le cri à bas la municipalité ! d'une décharge qui renversa morts quelques patriotes placés sur le perron, et que les défenseurs de la Commune ne firent cjne riposter. Ce qu'il y a de curieux.

c'est que Barbier, conduit à l'Hôtel de Ville, fut accusé de trahison par les deux partis ; et pendant que les insurgés lui imputaient d'avoir perfidement mené sa troupe à la boucherie, un officier municipal lui mettait le pistolet sur la poitrine, et l'eût étendu à ses pieds, si Gauthier n'eût détourné le coup, et sauvé la vie de ce malheureux en le déclarant prisonnier.

Sur ces entrefaites, Nioche avait obtenu des rebelles d'aller porter leur vœu à la mairie, sauf à venir ensuite se remettre entre leurs mains tant ils respectaient peu son titre de représentant du peuple, et la Convention, dont la majesté terrible était partout ailleurs si présente ! Un deuxième arrêté parut, empreint de modération, mais ferme : il prescrivait l'évacuation de l'arsenal, ordonnait aux citoyens armés sans réquisition de rentrer paisiblement chez eux, et promettait qu'il serait sursis à toute poursuite jusqu'à ce que la Convention eût prononcé. Les -insurgés répondirent à coups de fusil. Au milieu d'une foule sans armes, qui n'exprimait son indignation que par un profond silence, on vit l'armée girondine et royaliste défiler sur deux colonnes, le long des quais, celle qui avait pris le quai de la Saône faisant marcher à sa tête, pour qu'ils tombassent les premiers sous ses balles, les officiers municipaux Garteron et Sautemouche, ses prisonniers.

Les insurgés étaient au nombre de quatre mille, avaient huit pièces de canon, et, pour commandant, un nommé Madinier, maître apprêteur de draps. La municipalité disposait de forces moins considérables, auxquelles, du reste, avait été donné l'ordre formel de se borner à la défensive, ce qui fut exécuté, ainsi que le prouve le lieu de l'engagement.

Du côté du Rhône, l'attaque ne réussit point : là, les assaillants furent repoussés et perdirent leurs canons; mais du côté de la place des Carmes, l'affaire fut plus sérieuse. Pourtant, rien n'était décidé encore, lorsque, des postes avancés, arrivent des propositions d'accommodement. Gauthier s'avance sur la place et s'abouche avec les parlementaires. Malheureusement, on annonce aux assaillants qu'un renfort leur vient des campagnes circonvoisines. A cette nouvelle, un cri farouche retentit; les pourparlers sont rompus; des forcenés s'élancent sur Gauthier, qu'ils veulent mettre en pièces, et que, par un reste de pudeur, les parlementaires protégeât contre ce lâche emportement. Les défenseurs de la Commune s'étant repHés, l'Hôtel de Ville, attaqué à coups de canon, ne pouvait tenir longtemps : à cinq heures du matin, les assaillants y entrèrent.

La suite se devine; la municipalité fut suspendue, et la persécution contre les Jacobins commença. Dans un rapport officiel on lit : « Des lettres reçues de l'étranger attestent qu'on y savait, huit jours à l'avance, le sort réservé aux patriotes. »

Chalier, toujours très-zélé dans l'accomplissement de ses devoirs, s'était rendu à huit heures du matin le 29 mai, à son tribunal, qu'il n'avait quitté que vers le milieu de la journée, et il était rentré chez lui, accompagné de la Pia, sa gouvernante, et de Louis Bernascon, son meilleur ami. Le bruit du canon s'étant fait entendre, on le pressait de se dérober au péril ; il refusa par conviction de son innocence et dignité. A son ami inquiet, à sa gouvernante en pleurs, il disait : « Ne pouvez -vous être aussi tranquilles que je le suis? » Il fut arrêté le lendemain et traîné en prison. Sur la route, ses ennemis le frappaient, lui crachaient au visage. Il y en avait qui, pour le punir d'avoir aimé le peuple, s'écriaient : « Faisons-le massacrer par le peuple ! »

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