ORGANISATION MUNICIPALE ET MILITAIRE DE LA BOURGEOISIE
l'Hôtel de Ville se trouvait
séquence que motel de Ville se trouvait en flagrant délit d'usurpation.
« Hors du travail préparatoire dont elle a été chargée, disait le sage Loustalot, Y assemblée des deux cent quarante doit être absolument nulle. Il importe à la liberté civile et à
la bonne administration qu'il n'y ait aucun corps intermédiaire entre la Commune et les administrateurs ; car bientôt, il s'établirait entre les administrateurs un commerce de services préjudiciable au bien public Les membres du corps intermédiaire, bien assurés de n'être pas vexés par les admi-
nistrateurs, laisseraient tranquillement vexer le citoyen, et les administrateurs payeraient cette négligence en abusant du pouvoir en faveur des membres du corps intermédiaire. » Paris faisait revivre le souvenir de la plus sombre tyrannie qui se soit jamais déployée dans le monde, celle du gouvernement de Venise , Loustalot comparait le maire de Paris
et ses soixante administrateurs au doge et à ses six adjoints, et l'assemblée des deux cent quarante au sérénissime conseil.
Mais la vigueur de ses attaques n'empêcha pas la bourgeoisie de l'Hôtel de Ville de poursuivre le cours de ses empiétements.
Du reste, autour et au dessous de cette autorité centrale,
les districts conservèrent leurs assemblées générales, leurs présidents, leurs comités, dont les membres eurent à gérer les affaires qui ne regardaient que le district en particulier.
Quant à la milice bourgeoise, à laquelle Lafayette donna le nom de garde nationale , voici quelle en fut l'organisation.
Chaque district fut requis de fournir quatre compagnies de cent hommes chacune, ce qui donna, pour les soixante districts, vingt-quatre mille hommes. Aux quatre compagnies, qu'on appela compagnies bourgeoises, fut ajoutée, dans chaque district, une compagnie soldée, composée d'anciens gardes françaises et qui prit le nom de compagnie du centre. Il y eut donc trente compagnies du centre de cent hommes chacune, lesquelles portèrent le chiffre total de la garde nationale à trente miDe hommes, non compris les officiers.
L'élection des commandants , aides-majors , capitaines et officiers des compagnies bourgeoises fut laissée au district; mais à l'exception du capitaine, tous les officiers des compagnies du centre furent à la nomination du commandant général : moyen ingénieux de lui créer une garde prétorienne dans une garde prétorienne !
La garde nationale, à Paris, aurait dû, pour mériter ce nom, comprendre tous les citoyens. Qu'est-ce que la liberté dans un pays où les uns sont armés et les autres sans armes? Mais Lafayette et ceux de l'Hôtel de Ville surent couvrir d'un prétexte artificieux cette distinction, source de toute tyrannie. Eût-il été conforme à l'humanité de soumettre au fatigant service de la garde nationale tant de pauvres ouvriers qu'enchaînait à un labeur quotidien le soin de gagner leur vie ? Ainsi, plus on les craignait , plus on affecta de les plaindre ; et une milice qui, à Paris, aurait dû s'élever au moins à cent cinquante mille hommes, ne dépassa pas , y compris les officiers, le chiffre dangereux de trente et un mille !
Inutile de remarquer que, pour mieux creuser la ligne de démarcation tracée entre les gardes nationaux et le reste des citoyens, on eut soin de donner aux premiers cet uniforme militaire où la vanité puise si aisément le goût de la domination. C'était une dépense à faire : cette considération n'arrêta pas. 120 000 francs furent remis par la ville à Lafayette pour habiller la garde nationale, et un beau jour cinq voitures de drap , qui appartenaient au gouvernement , ayant traversé Paris, la municipalité s'en empara sans scrupule. « Cela venait à merveille , dit Railly ; cela fut de bonne prise. » Il y eut donc, à Paris, nombre d'avocats, de manufacturiers, de médecins, de marchands qui se mirent à jouer au soldat; et Camille Desmoulins put écrire : « Hors des districts, on se tue pour des épaulettes; on ne rencontre dans les rues que dragonnes et graines d'épinards.
« Que voulez-vous? chacun cherche à paraître! »
Cet esprit militaire se communiqua si bien de proche en proche, qu'il envahit jusqu'aux petits garçons. Ils s'enrégimentèrent d'eux-mêmes, simulèrent des batailles en pleine rue, et il ne fallut pas moins qu'un grave arrêté de l'Hôtel de Ville pour mettre fin à leurs combats.
Il serait assurément injuste de prétendre que l'administration des Trois cents ne rendit aucun service à la ville de Paris : les circonstances étaient difficiles, et y tenir tête demandait une énergie qui n'aurait pu réussir s'il ne s'y était quelquefois mêlé un peu de dévouement. Mais ce qui eut certain, c'est qu cette administration naissante fut tracassière, despotique, envaL ssante à l'excès et trop portée à
abuser de la force que la garde nationale mettait alors à la disposition de la défiance et de l'arbitraire. Par le règlement du 8 octobre, l'Hôtel de Ville défendit de plus belle aux colporteurs de proclamer d'autres imprimés que les décrets de l'Assemblée, édits, jugements, etc. Ce qui était, selon l'expression de Loustalot, employer la hache où il ne fallait que la serpette. Il ne se passait presque pas de jour que des citoyens ne fussent arrêtés sur les plus frivoles prétextes. Un homme fut saisi au café de Foix parce qu'il y distribuait quelques exemplaires d'une brochure qu'il avait faite; un autre parce qu'il lisait tout haut un journal. Les patrouilles se montraient d'une intolérance provoquante et même , en certains cas, farouche. EHes prétendaient faire jusqu'à la police intérieure des établissements publics. Un jour, le café Procope fut comme assiégé ; il se mit intrépidement en état de défense, et la patrouille fut repoussée. Arrivait-il à des citoyens en veste d'avoir à la main une brochure ou un journal non marqué du visa de la Ville, des citoyens en uniforme étaient là pour faire justice ! sans compter que le despotisme central de l'Hôtel de Ville s'aggravait du despotisme local de tous ces districts dont chacun avait, et son comité permanent, et son comité de police, et son comité militaire et son comité civil. Des passants se plaignirent plus d'une fois d'avoir été arrêtés sans motif et frappés, au moment de leur arrestation, de coups de baïonnette. Des femmes, des filles honnêtes furent enlevées, comme de viles prostituées, au détour des rues ou sur le seuil de leurs portes, et ne durent leur délivrance qu'à l'indignation du quartier. La liberté trouva refuge dans quelques districts, dans celui des Gordeliers, par exemple ; mais, en mainte section, l'on se livra sans retenue aux violences de ce que Loustalot fut le premier à nommer le despotisme bourgeois. Une caricature parut, avec ces mots : le patrouillotisme chassant le patriotisme : expression vive et fidèle des ressentiments populaires !
Tout cela ne pouvait manquer de faire naître, de multiplier les réclamations de la presse démocratique. Brissot, un des Trois cents et le défenseur systématique de la municipalité, eut à repousser des coups furieux. L'ardent Camille , l'énergique Loustalot prirent, contre lui, la tête du parti, qui était cette fois le peuple.
« Il n'y a pas, s'écriait ce dernier avec véhémence, il n'y a pas, dans ce moment, un citoyen de la capitale qui puisse dire : ce soir, je souperai avec ma femme et mes enfants, demain j'irai chez mes débiteurs pour toucher de quoi faire mes payements après-demain. Il faut toujours sous-entendre : s'il ne plaît pas à quelque ennemi de me susciter quelque affaire à la police, et au magistrat de me faire détenir trois jours. » Et il demandait amèrement si l'aristocratie des nobles n'avait été abattue que pour faire place à l'aristocratie des riches.
A son tour, Camille Desmouhns disait : « 11 n'est pas jusqu'au fusilier qui ne soit bien%aise de me faire sentir qu'il a du pouvoir. Quand je rentre à onze heures du soir, on me crie qui vive? — Monsieur, laissez passer un patriote picard. — Mais il me demande si je suis Français, en appuyant la pointe de sa baïonnette. Malheur aux muets 1 « Prenez le pavé à gauche ! » me crie une sentinelle ; plus loin, une autre crie : « Prenez le pavé à droite ! » Et, dans la rue Sainte-Marguerite, deux sentinelles criant : « Le pavé « à droite, le pavé à gauche, » j'ai été obligé, de par le district, de prendre le ruisseau, o
Souvent, Lafayette intervenait en personne, surtout quand la gravité du cas l'exigeait; et, selon les convenances du