‹ Histoire de la Raison d'EtatChapitre 22 sur 112 · JO · texte numérisé non relu

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de Bavière s’élendent soudainement depuis les contins de .Naples jusqu'il ceux du Danemark; quand, vere 1550, Prague fait trembler la fédération germanique ; quand, enlin, Vienne promet l'unité à l’Allemagne, ou que le Piémont aspire en Italie à la couronne de Pavic. Ce sont alors les époques des destructions rapides, de l'illégalité flagrante, des effusions fraternelles, des irruptions démocratiques qui enjambent les frontières des royaumes improvisés en haine des traditions, -des élans irrésistibles qui donnent des victoires miraculeuses, où l'on voit tout à coup vingt peuples ne former qu'un seul peuple, et mille chefs soumis comme par enchantement à la toute-puissance d'un seul chef. Les patriciens s'effacent, les pontifes tremblent, les vieux temples tombent, les palais sont abandonnés, le peupre respire, et toutes les passions bonnes ou mauvaises, l’héroïsme, l'ambition, l'avidité, l'imposture, se donnent la main pour abattre et saccager l'antique fédération.

Cependant la révolution ne s'accomplit réellement que lorsque les dévastations momentanées de l’unité et les équivoques de la conquête intérieure obligent tous les États détrônés à revenir au combat et à rétablir leur ligue avec les changements requis par le progrès des idées. Alors la conquête intérieure s’évanouit parla î-aison même qui la rendait auparavant irrésistible. Elle sortait de la révolution si rapidement accomplie dans un centre, qu elle lui donnait une force excédante, une terrible supériorité. Mais, dès que tous les fédérés imitent le centre improvisé et retournent contre lui les armes de sa propre révolution, cette supériorité éphémère disparail. Les villes froissées se redressent, les chefs dépossédés rentrent dans leurs foyers, les États menacés respirent, les traditions outragées reprennent le des-

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sus; fil lin mot, la liberté se rétablit pour protéger de, nouveau toutes les souverainetés violées. Et comme la victoire des fédérés humilie nécessairement une ambition unitaire, elle donne pour dernière conséquence un progrès essentiellement fédéral, une ligue de plus en plus fractionnée, une fédération dont le nombre des États s'augmente des débris de l’Etat qu’on décompose. Comment finit le court règne de Pèriclès ? avec 1 avilissement d Athènes; et celui des Velfes en Allemagne avec leur complète déroute qui permettait de doubler en 1188 le nombre des États. Combien d’années dura en Italie la domination milanaise en dehors de scs limites naturelles ! vingt-quatre ans; celle de Venise, à peu près vingt ans; celle de Naples et 'de Vérone disparurent encore plus vile, et clfaque révolution, ainsi proposée unitairement, conduit au fractionnement progressif.

Depuis le traité de Wcslphalic, l’Europe forme une confédération si bien garantie, qu on ne touche plus à un village sans attaquer tous les Etals. C est ainsi que notre continent forme un seul tout à 1 égard des autres continents qu’à l’imitation des Crées nous appelons barbares. Eh bien, la nouvelle Crècea sou Athènes ambitieuse, sa démocratie conquérante, sa capitale opposante, Paris, qui lance ses armées dans tons les États de l’Europe à la suite de Louis XIV ou de Napoléon. Ces deux chefs n'ont-ils pas promis l'unité à l'Europe, comme Pavie voulait 1 imposer à l’Italie et Prague à l’Allemagne Quel a été cependant le ré- . sultat de leurs guerres? A la fin du règne de Louis XIV, on trouve les Français chez eux et le despotisme éclairé de Versailles imité dans tous les États ; à la fin du règne de Napoléon on voit la France envahie et les principes de

IIISTUIItfc I»t LA RAISON DÉTAT

89 retournés contre Paris. On pressent si bien à Paris l'issue de toutes les irruptions françaises, que, tout en cédant à la nécessité de les faire, on écarte d’avance la responsabilité qu’impose la prétention aux conquêtes ; on leur donne pour but la délivrance des peuples; ou déclare que l’on va redresser des torls, protéger des opprimés, défendre la justice, propager la liberté, et c’est de la sorte que la phraséologie de la politique nationale s’accorde avec le rôle de la France en Europe. Qu’il est piquant d’entendre des écrivains français s’engouffrer dans les apoplitliegmes d’un affranchissement universel à l'instant même où, en résolvant leurs propres révolutions par la monarchie, ils deviennent les plus enthousiastes des esclaves ! Sans parler de notre temps, qui n'est que la répétition des époques antérieures, c’est au lendemain de la Saint-Barthélemy qu’ils promettent la délivrance à tous les peuples, c’e l après la prise de la Rochelle qu’ils parlent de délivrer l’Italie !

Par contre-coup, les peuples de l’Europe répondent avec une phraséologie opposée, qui prépare à la France les revers de Louis XIV déconsidéré et ceux de Napoléon jeté à Sainte-Hélène. Ne les voyons-nous pas groupés sous la nouvelle Sparte, Vienne, sous les nouveaux éphores, les Habsbourg ? Ne s’attachent-ils pas partout aux vieilles lois, aux antiques franchises, refusant toute innovation au nom de la patrie menacée? Ne signalent-ils pas la nature variable, inquiète, versatile et anarchique des Français, tan têt amis du pape, tantôt du Turc, aujourd’hui avec Loyola, demain avec Luther? Ne montre-t on pas le sort malheureux des nations protégées, de la Pologne perdue, de la Hongrie anéantie, de l’Ecosse effacée, de l’Irlande écrasée, des Italiens constamment compromis a Mantoue, à Modène, à Naples, à

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