NATIONALITÉS LIBRES ET FÉDÉRALES
Fierté des hommes libres. — Hallucinations des héros. — Méprises où ils tombent en présence de monarchies. — Littératures républicaines.
Les républiques ne manquent ni d’expérience ni de maximes, qui forment peu à peu leur sagesse traditionnelle contraire à celle des rois. Leur dédain pour le groupe royal de l’opposition intérieure, leur travail continuel contre le despotisme toujours imminent au dedans et au dehors, leur conviction qu’avec du calme on vient à bout de toutes les ébullitions monarchiques, leur foi dans le triomphe de la loi, multiplient chez elles les axiomes qui flétrissent l’activité, la mobilité et linconsistance de la forme monarchique. Comment oublierait-on le mépris de la Grèce pour les despotes de l’Asie et soii éternelle apothéose de l’individu, qu'il soit le héros d’une patrie ou un citoyen du monde? Mais pas n’est besoin de feuilleter Thucydide ou Sallusle pour trouver l’orgueil des peuples libres en présence des multitudes asservies. On le voit chez lesGotlis, îes Oslrogoths, les Vandales et les barbares qui envahissaient les provinces de l’empire romain. Les fils de Homulus avaient beau être civilisés, lettrés, habiles, splendides; les peuples libres ne les croyaient pas moins dégradés, perfides, vantards, esclaves, incapables de leur résister. De même, peu importe que les Chinois soient polis, industrieux, savants, initiés dans tous les secrets du luxe, et riches en inventions ingénieuses et surprenantes,
le sale Tartare qui place sa misérable lente sur un chariot, où toute sa famille dort pêle-mêle dans une abominable puanteur, se déclare infiniment supérieur. « Fier de son « indépendance, nulle aiTaine, dit-il, ne l'inquiète, il change « de demeure, selon les saisons; s’il manque de vivres, il « va à la chasse; méprisant le changement, il épouse sa « belle-fille, sa belle-mère, sa belle-sœur, pour perpétuer « sa famille, et, fidèle ù scs dynasties, il sourit de pitié en a regardant les Chinois, qui, suivant lui, se massacrent les & uns les autres, se rendent lâchement à celui qui occupe « l’empire, ne montrent que révolutions et confusions, et, « entourés de fortes murailles, ne savent pas se défi fendre. »
Croyez-vous que la grandeur de Babylone impose aux multitudes nomades et déguenillées des Arabes Pour les Juifs, les Assyriens étaient des fils de Bèlial, >’inivc se troublait à la vue de Jonas, et les chants de la Bible rivalisent encore aujourd’hui avec les pyramides de l’Égygtc. .Ne nous étonnons donc pas si les traditions populaires des Anglais et des Allemands fourmillent de proverbes contre la France, à laquelle ils rendent avec usure ses dédains; il n’v a pas jusqu'au pauvre montagnard de la Suisse quine sache riposter a Paris en lui opposant la Nouvelle Héloise. L'éducation fait des hommes libres, une race à part, tellement forcés déjuger tout le monde d'après leurs propres idées, qu’ils finissent par se méprendre aussi bien que les royalistes. Ils s’attendent à voir tomber d’un inslant à l'autre les Etats confiés à un seul homme; maiscesElatsne tombent pas; mais ces despotes gouvernent mieux que si un parlement les avait choisis; mais le servilisme, loin de perdre la monarchie ou de l'affaiblir, lui donne, au con-