‹ Histoire de la Raison d'EtatChapitre 25 sur 112 · NATIONALITÉS 1.1 HUES ET FÉDÉRALES · texte numérisé non relu

NATIONALITÉS 1.1 HUES ET FÉDÉRALES

traire, la faculté de renouveler le roi, de refaire l'Etat, de réformer les lois; niais, enfin, ces vices de Tliébcs ou de Habylonc, ces abominations contre lesquelles il est si aisé de se déchaîner, nourrissent le commerce, l’industrie, les arts, la hiérarchie, et constituent la force et la grandeur de la nation. Nous avons vu qu’un Chinois à Sparte se serait étrangement mépris et aurait maudit le bien comme un mal ; un Spartiate évoqué de son tombeau et transporté à Paris ne saurait pas non plus deviner que des hommes livrés aux travaux des ilotes, aux frivolités des Athéniens, aux chicanes 'des Mégariens, au faste des Corinthiens et à la courtisanerie des Mèdes, puissent être lancés à la frontière sur les ailes d’une chanson et braver le canon, la mitraille, des fortifications babyloniennes, des esclaves innombrables, et, ce qui est plus, les foudres de la religion et les sophismes des savants, pour porter l’égalité à des peuples inconnus. Quel étonnement, quelle colère, si on lui avait dit qu’une patrouille de zouaves aurait balayé en une heure ses inaccessibles Thermopylcs !

Les peuples deviennent si impénétrables les uns aux autres, que l’un des plus pénibles désagréments de l’homme dépaysé est de perdre le coup d’œil et de tomber dans une foule d’erreurs sur les étrangers au milieu desquels il se transporte. 11 ne sait plus apprécier les individus, autour de lui toutes les passions prennent une nouvelle physionomie, à chaque pas il s’expose à respecter des fripons, à se métier des honnêtes gens, à être la dupe des charlatans ; des hommes qui, chez lui, ne lui auraient pas imposé une minute, lui imposeront pendant des mois; d’autres, qu’il dédaignera, lui montreront tout à coup des qualités imprévues et le mettront en défaut comme les révolutions

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françaises ou les guerres anglaises ont mille fois surpris les prudents citoyens de llrugesou de Gand.

La littérature des républiques et des fédérations se développe libre, franche, variée, acceptant jusqu’à l'apparence du désordre pour protéger l’individualité des poètes et les diverses indépendances des fédérés. Son théâtre accueille d’innombrables personnages, son épopée embrasse des expéditions aux mille chefs, et des aventures aux interminables épisodes comme celles de l’Odyssée, de l'Iliade, de la Divine Comédie, du Roland furieux. Aucun précepte ne subjugue le drame de Shakspeare, de Schiller, ou de Goethe; aucune monarchie ne lui impose les convenances mesquines d'une cour unitaire. La langue môme des républiques et des fédérations demeure toujours libre de choisir ses mots dans tous ses dialectes jusqu’à permettre aux écrivains d’inventer les phrases et môme les paroles pour mieux rendre leur pensée. L’Allemand et le Grec laissent aux langues conquérantes de Rome, Paris et .Madrid, la simplicité, la rapidité et la dignité des rois, impitoyables aux provinces, sans miséricorde pour les patois, sans respect pour les formes indépendantes. Enfin, le grand privilège des peuples libres est celui d'immortaliser leur propre histoire ; seuls ils créent des hommes capables de transmettre à la postérité des narrations éternelles. Que le patient Chinois entasse les faits sur les laits dans ses interminables annales, personne ne le lit ; les grands historiens naissent en Grèce, eu Italie, en Angleterre ; même Tacite est républicain, et, si la France clle-meme s’étonne avec Voltaire et Chateaubriand de trouver sa tradition nationale entre des mains inférieures à scs gloires, elle en accuse le pouvoir étouffant des rois.

toi

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