I.KS PONTIFES
la délivrer non pas d'une domination temporelle, mais d’une hérésie armée qui troublait les fidèles. Pouvait-on concevoir une attitude plus innocente? Yétait-cc pas un martyr que ce pape Eugène, que Théodoric renfermait dans une prison perpétuelle pour avoir interprété les vœux des catholiques italiens auprès de César? Mais la guerre qui dévorait les Gollis donnait déjà le résultat de placer le pontife à la tète des évêques et les évêques à la tôle des peuples contre la barbarie couronnée des rois. I.a religion s’emparait des affaires; saint Benoit fondait son.ordre voué à la lecture, au travail, à une charité indépendante des vaincs formalités de l'habit et de la règle.
Aussi le pontife poursuit-il son œuvre d’après le principe de son orgueilleuse humilité. Et, en 5158, il se lait de suppliant serviteur de César contre l'impiété du nouveau roi d'Italie que les Lombards couronnent à Pavie. Personne n’égale le dévouement de saint Grégoire : il solde des armées; il secourt les Exarques, partout il protège les vaincus. Ici il correspond avec les évêques du royaume ennemi, là avec une reine orthodoxe qui adoucit la colère d'un époux arien ; plus loin il suscite des alliés à Byzance ; ses émissaires arrivent dans les plus lointaines régions, où ils raniment les souvenirs de l’empire. A ne regarder que les apparences, on serait tenté de féliciter les successeurs de Constantin d’avoir trouvé un évêque dont le zèle déconcerte les forces des barbares. Cependant observez de près cette sublime comédie du pontife serviteur! Tandis qu’elle laisse César tributaire de Pavie, étranger à l'Occident, sous le coup île déroules multipliées et d'une invasion progressive, elle fait de l'évêque de Borne une sorte de César spirituel, un véritable Démiurge des multitudes
catholiques. Saint Grégoire applique les principes de saint Benoit à l’Église tout entière ; il devient le père des pauvres, le pasteur des peuples, le capitaine des opprimés, la divinité secourable qui remplace par un travail intelligent et militant les insipides prodigalités de l’époque antérieure. Administrateur exact, réparateur des temples, reconstructeur des villes, sous lui les arts proscrits du monde renaissent au sein de l'Église, la liberté exilée du forum reparaît dans les élections des évêques; le tribunal annulé dans l’empire ressuscite à Home, d’où parlent toutes les plaintes qui obligent César tantôt à révoquer, tantôt à punir scs officiers; et l’imagination populaire accueille si avidement la nouvelle transformation de l’Église, que les légendes commencent à diviniser saint Benoit, les pontifes et les évêques, et qu’on voit la vie de Jésus-Christ avec ses miracles, sa prédication, ses obsédés, ses démons, ses anges, scs ressuscités, reproduite en entier dans la vie des saints qui combattent les barbares ou qui les subjuguent par la victoire encore plus heureuse de la foi. L’Angleterre convertie, en 597, par saint Augustin, cl l’Espagne ralliée au saint-siège par Hechared, en GUI, étendent le pouvoir pontifical; et même en France, où saint Grégoire de Tours répète le rôle de son homonyme de Home, la catholique Frédégondc ne Iriomphc-t-clle pas, en 612, de l’inique Brunehaut originairement arienne!
Aux pontifes 'serviteurs de César succèdent, en 612, ceux qui exagèrent leur propre servitude en propageant, avec la foi catholique, les lois de l’empire. Voilà les lois romaines qui gagnent les Lombards convertis. Le bon Dagobert règne sur la France en Salomon rustique. En Espagne, les prélats, réunis dans les conciles fanatisés