‹ Histoire de la Raison d'EtatChapitre 44 sur 112 · I. ES l'ONTIEES · texte numérisé non relu

I. ES l'ONTIEES

lu force répond au triomphe catholique de Frédégondc et à la première prédication de Mahomet.

A la troisième phase de la propagande pontificale et des conquêtes musulmanes, Byzance se sent tellement dépossédée, qu’Héraclius voudrait s’enfuir à Carthage ; un autre empereur songe à se fixer à Borne; huit Césars succombent, les uns massacrés, les autres mutilés. C'est l’èrc des ondulations sanglantes, du délire populaire : mais l'hérésie monothélite veille sur Sainte- Sophie; elle résiste à l’islamisme par la double nature du Christ, et au catholicisme par l'unique volonté du Hédempteur; et les terribles ouragans soulevés par Rome et la Mecque ne peuvent pas prévaloir contre la capitale de Constantin.

Quelle sera donc, en définitive, la religion de Byzance dans la quatrième époque, en présence des kalifes fixés à Bagdad et des papes devenus maîtres de Rome? Six fois l'empire oscilla entre l’hérésie et l’orthodoxie comme s’il avait voulu opposer les Franks à Mahomet et les Arabes aux Franks; longtemps il essaya de s'arrêter à l’idée d'un christianisme iconoclaste comme l’islamisme ou d’un islamisme usurpateur du Verbe chrétien. Enfin, en 877,

Phôtius donna la grande solution en retranchant le Saint- Esprit du Père cl du Fils, c'est-à-dire en faisant taire pour toujours les conciles et les papes. 11 admit donc contre Mahomet toute la tradition du Dieu incarné, mais en \

tournant cette tradition contre le pape ; il lui donna la fixité protestante du Coran et l’éternelle immobilité du judaïsme. Auparavant^ ce n’étaient à Constantinople que discussions théologiques, subtilités religieuses, révolutions de palais, mêlées d’intrigues cléricales et de bassesses ecclésiastiques. A partir de Photius les puérilités s’envo-

lent, le patriarche s’élève impassible et majestueux entre le croissant et la tiare, le prêtre byzantin se marie sans renoncer à aucun sacrement, et l’Eglise d’Orienl n’ofire plus que les vicissitudes inséparables des choses d’ici-bas.

Et voyez la force que lui donne sa révolution résolument accomplie contre Rome et Hagdad. Soudain elle gagne les Russes à sa foi, et les Rourik deviennent scs amis éternels. Aussitôt les irruptions débordent contre l’empire des Franks menacé par l’invasion des Normands, par les tentatives des Danois, par la subite grandeur des Anglais, et en quelques années on le voit paralysé, réduit au néant, étouffé par les miasmes de l’Orient. Rome devient quasi byzantine avec des papes qui imitent les doges de l’Orient, et des dogarcsscs qui soumettent la tiare au harem. Ces rois de Pavie que l’Eglise avait détruits semblent briser la pierre de leur tombeau pour l’accabler de nouveau sous le poids d’un royaume impie. Gui, Lambert, les Bérangers répètent l’histoire lombarde d’Alboin, de Grimoald, de' Ratchis. Partout ce sont des profanations, des actes de barbarie, des chaires épiscopales accordées à des enfants de dix, de six ans; et le saint-siège, après le massacre de six papes, occupé par un jeune élégant, semble promettre une renaissance païenne. Subissant la même influence, l’Orient montre, en 000, la furieuse hérésie des Car- / mathes, démocrates en délire qui arrivent sous Bagdad

et donnent une telle secousse au kalifat, qu’il ne peut plus en revenir. Dès 008, il perd l’Égypte, puis l’Espagne ; la rébellion se propage en Perse, dans le Mossoul, dans le Goracan, dans le Herman ; la Mésopotamie tombe sous Byzance, et, en 04(5, les kalifes succombent sous la tyrannie foudroyante des émirs qui les détrônent, les aveu-

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