REVANCHE DES ÉCOLES LIBRES
Muscs sérénissimes et une foule de philosophes, de politiques, de poctes transformés en courtisans, en conseillers, en juges, sbires ou alguazils, régentent l'univers entier, punissant, récompensant, admonestant les princes, les républiques, les hommes, les femmes, tout le monde, à la manière de la cour de Madrid. Ici c’est Tacite traduit devant le tribunal de la Ruola olympique et forcé de se disculper d’avoir enseigné aux rois les artifices de Tibère ; là c’est Machiavel qui parvient à grand'peine à éviter le bûcher, en déclarant qu'il n’a rien inventé et que sa politique est toute empruntée à l’histoire ; Itodin n’échappe pas au supplice et on le brûle sans pitié pour avoir proposé d imiter le Turc, qui respecte la liberté de conscience. Voilà sa majesté qui descend en personne visiter les prisons où gémissent une foule de poêles et d’écrivains accusés d'avoir adulé, menti ou péché contre la rhétorique et la grammaire. Partout le dieu du soleil et ses étranges serviteurs représentent le despotisme grotesque de madame la monarchie catholique, et si cette bouffonnerie se prolonge beaucoup trop, elle saisit cependant à merveille ce mélange de bêtise et de dignité, d’avarice et de munificence qui faisait le fond de la domination espagnole. Iticn, au reste, de plus large que les cadres de Roccalini : le monde ancien y tient à son aise pêle-mêle avec le moderne; une sorte de fédération universelle y réunit Athènes, Sparte, la Russie, la France et le Turc, et, mieux que partout ailleurs, on y sent le contre-coup de la domination universelle des pontifes. Par un dernier privilège qu’il tient de la nation, l'auteur des Relations du Parnasse manie l'art de régner avec une aisance inouïe, sans préjugés, sans préférences maladives qui tracent d’avance des catégories arbitraires,
sans aveuglements qui empêchent île connaître les défauts des meilleures formes politiques, nul homme n'a mis les Etats de l’Europe dans la balance avec une plus grande impartialité, personne n'en a vu la force et la faiblesse avec plus de sagacité, et c'est en se jouant avec la plume qu’il a surpassé de beaucoup les plus consciencieux pédants de la politique contemporaine.
A sa mort, la littérature se sert encore de son style et même de son nom pour continuer ses batailles contre l'Espagne. Quelques-unes de scs pages reparaissent dans la Quintessence de la raison d'État , qui excite les princes italiens à imiter la maison de Savoie insurgée contre le roi catholique. Quelques-unes de ses idées se retrouvent chez Vicoperti, qui impose à tous les princes de la Péninsule, non-seulement de combattre, mais aussi de tromper les étrangers leurs maîtres. Aucun écrit distingué île celle époque ne sort de la thèse d’Ammiralo ou s’écarte du plan fédéral de l'antique Italie ; tout écrivain libre s’y attache au nom de son Etat, de sa ville, de son indépendance, et jusqu’au (iénois Costa, qui fait consister la paix et la liberté des peuples dans la domination du roi catholique, ne s'attache cependant à ce roi qu’au nom de sa tradition républicaine et de sa liberté fédérale. De premier abord il semble servile, atteint de folie; ces mots de liberté, de paix, placés à la tète de son livre paraissent recevoir un démenti à chaque page; quelle tranquillité, quelle indépendance, quelle république pourrait-on obtenir de Madrid ou des grandesscs de première classe, des vice-rois de Naples, de Palerme ou des gouverneurs de Milan et de Cagliari ! Cependant lisez ce Génois qui aime sa patrie, qui en partage les méfiances salutaires, les pressentiments fatidiques; ne