REVANCHE 1)ES ÉCOLES MÛRES
faut-il pas qu'elle se défende contre le Piémont, qu'elle en dénonce l'ambition, qu elle lui arrache le masque quand il médite une conquête en prononçant le mot sacré de libel lé'.' Pourquoi la république de Gènes céderait-elle sans combat? Costa se rallie donc à Madrid, mais au nom de la liberté, mais parce qu’il prévoit qu’en se mettant à la* suite d’un État italien insurgé contre Madrid on tomberait sous une domination mille lois plus avide et plus unitaire queccllede l’Espagne.
A la fin de cette période, au moment des dénoùments, un Piémontais, Vittorio Siri, ayant fait appel encore une fois à la France, qui protégeait l’opposition italienne, provoqua une polémique qui résuma toutes les nouvelles théories en obligeant tout le monde de convenir que la liberté italienne consistait précisément dans celte fédération, si mal comprise par les écrivains de 1ère de liberté et si utile dans 1ère nouvelle de la domination espagnole. Un vit qu’en poursuivant le but de l’indépendance abstraite avec les idées de Machiavel, on compromettait l indépendance réelle de chaque Etat, on la sacrifiait à des guerres dirigées par des étrangers, et on tombait sous le joug de nouvelles invasions, sous prétexte de liberté, à la merci de nouveaux tyrans, sous prétexte d’affranchissement. Celle vérité vulgaire, odieuse et en définitive profitable à la monarchie espagnole, n’avait pas besoin de grandes plumes pour briller ni d’écrivains aussi hardis que Boccalini pour s’imposer à des gens garrottés. Mais elle était plus forte que des épigrammes et plus large que tous les projets de guerre du Monlferrat, du Piémont et de la France. Aussi Vittorio Siri s'eulendil-il répondre par un politique qui s’appelait Ihuliffà ent, que les princes italiens n’avaient
r.H HISTOIRE DE LA RAISON D'ÉTAT,
pas besoin de son zèle ni de ses conseils, qu ils savaient à quel prix s'achetaient les secours gratuits de la France, qu’elle avait déjà provoqué d'autres ligues et qu’elle les avait toutes abandonnées au bout de quelques jours, cl que c’était au moins plaisant de déclarer nationale une ligue de deux États contre la majorité de huit peuples italiens.
. Un autre auteur campé à Saint-Marin se moquait à son tour de cette prétendue libération, et, résumant sa pensée dans le titre même de sa brochure, il l'appelait II ximbello ovvei o l'Italia schernita, c'est-à-dire l’Italie jouet des Espagnols et des Français. Ce mot de zimbello, cette date significative de Saint-Marin, provoquèrent une nouvelle brochure où l’on ajoutait que, ni barbares ni conquérants, les Espagnols régnaient d’après l'antique tradition, et que les princes indigènes devaient recommencer la Ligue sainte pour chasser enfin les Français, qui troublaient, disail-ou, la Péninsule sans y posséder juridiquement un pouce de terrain. Deux ans plus tard, Paul Torelli d'Urbin s’écrie : Italie, ouvre les yeux; car, en t’alliant avec la France, tu t'exposes à ta dernière ruine. Enfin, sous la date de 1(148, nous lisons une profonde dnerie intitulée : Considérations politiques sur les troubles d'Italie, et, quoique son auteur soit le type du servilisme ignorant, il annonce l’incontestable vérité de celte époque, que « sa patrie ne pouvait faire un seul pas en avant sans perdre sa gloire ancienne et son influence universelle. »
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