‹ Histoire de la Raison d'EtatChapitre 75 sur 112 · REVANCHE DES INDÉPENDANTS. T · texte numérisé non relu

REVANCHE DES INDÉPENDANTS. T

«les Césars. Lelio Marretti «le Sienne nous lègue silencieusement sa sagesse en cinq cents Ricordi qu'on «lirait écrits par un malade à qui toute action mâle et guerrière répugne comme le bruit de la nie ou la forte nourriture. I.e quieto vivere semble sa passion dominante, à cela près <juc, si on lui demande les observations fines et ingénieuses d'un spectateur qui ne s’engage à rien, il étonne par l'auda«’C de ses rapprochements. I)u fond de son fauteuil il se plaît à comparer sans cesse les papes de son temps avec les C«;sars et les rois des Romains; ce spectacle le fascine; la cruauté, la luxure, la fourberie lui semblent éternelles sur le Tibre; Tibère et l’ie IV, Auguste ou Sixte- Quint, temporel ou spirituel, le pouvoir demeure criminel pour le bonheur et la honte du genre humain à qui notre malade ne souhaite d'autre guérison que celle qu’il peut obtenir en remplaçant les fades galanteries de l’opéra par l«s> coups de poing de Sienne, les coups de canne «le Venise, les coups de lance des vieux tournois et les plus vigoureuses gourmades des fêtes du moyen âge.

Après Marretti arrive un anonyme cauteleux qui rappelle confusément la délicatesse et la peur de Guicciardini. Il se plail à étudier la jalousie, l'ambition, la ruse et tons les cas «le la forfanterie humaine et, quoique Vénitien de parti, nous l’appelons Cauteleux, parce qu il ne tarit pas en conseils de timidité et de prudence. Me vous promenez pas, dit-il, devant la maison de votre ennemi; gardezvous de déplaire aux grands, de vous fier aux séditions; n'ayez aucun zèle dans vos fonctions; congédiez les domestiques que vous avez insultés; il voit une arquebuse à toute fenêtre, la pointe d’une épée à tout coin de rue, le stylet partout, et à force de précautions il rend la vie

aussi pénible que celle d’un soldat sur le cliamp de bataille.

La revue des commentateurs inédits se complète par deux anonymes qui, sans présenter la forme scolastique du commentaire, se rallient directement à l’école de Tacite. Le premier, que j’appellerai le Fourbe esthétique, parait sous la date approximative de 1585 et se plaît à manier les préceptes de Machiavel avec, la volupté d'un pianiste qui répète et combine des variations. (Test l'amour de l'art qui le pousse à soulever Lune après l’autre les questions les plus cruelles: l’envie de s’exercer le fait passer d'un piège à l'autre, et le besoin de la précision le détermine à adopter les solutions monarchiques qui concordent le mieux avec l’intérêt personnel, bien ne lui répugne plus que la confiance dans son prochain ; son prince accueille avidement toutes les dénonciations, son ministre se livre aiix plus extravagantes subtilités pour éviter le danger de déplaire à son maître. On se fait une idée des singulières questions qu’il soulève en lisant son quatorzième discours sur la conduite à tenir par un chef de cabinet à qui l'ennemi proposerait de trahir son devoir. Il ne se borne pas à lui conseiller la fidélité, chose trop simple, ou la trahison, qui a du moins le mérite de se présenter nettement à l’espi it: il tourne autour du problème avec une inquiétude fiévreuse, avec des témérités et des paniques inexplicables, et, poussé à la perfidie par le besoin d'être ingénieux, il parle même de laisser des lettres et des arcs de triomphe dans une chambre fermée à clef et d’aller chez l'ennemi pour l’assassiner, car môme en succombant, fait-il observer, ce ministre mourra, sûr que sa famille sera comblée de bienfaits par le prince, levata a cela ilul principe.

Le second manuscrit parait sous la date de 164S, et

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