CHAPITRE II
INFLUENCE DES ÉCOLES ITALIENNES Sir II LE RESTE DE L’EUROPE
Influence sur les écoles allemandes, — sur celles de la France, — sur les politiques de l'Espagne, — de l’Angleterre et des autres nations. — Hommes remarquables, — Cüipmnrius, — Riclitcr, — Rodin, — Naudée, — Cordon.
Chaque nation a emprunté à l'Italie cette partie de l’art de régner, que son gouvernement pratiquait sans le savoir, et qu’il était ravi de voir sous des couleurs si passionnées dans les divers tableaux de la science italienne. C'est ce qu’on vérifie aisément, surtout à partir de 157G, quand les guerres de religion commencent et que la théocratie du moyen dge* se trouve aux prises avec la liberté protestante. A la lueur de ce nouvel incendie, mille secrets se laissent surprendre, tous les Etats montrent à nu le jeu caché de leurs institutions, la science politique commence, cl partout les écrivains se multiplient en copiant ceux des villes italiennes, qui deviennent ainsi les maîtres de l’Europe.
Inspiré par les écrits de Boltero et d’Ammiralo, les Allemands y contemplent avidement leurs fédérations aux innombrables replis, leurs attitudes indéfiniment variées, leurs Etats si divers, depuis la monarchie absolue jusqu’aux républiques marchandes comme Venise, jusqu’aux villes ecclésiastiques qui répètent dans leur petitesse microscopique les phénomènes de Rome et du saint-siège. Cette
fois, la nation se réveille à demi, et elle se sert des catégories de son droit public, inconnu des Italiens, pour classer diligemment toutes les hautes œuvres de l’égoïsme politique. C’est un spectacle curieux de voir la raison d’Etat décomposée, rangée par axiomes, théorèmes, scolies et corollaires, et tant de pensées fines et fuyantes, jadis conçues dans le feu des révolutions, tout à coup glacées et précipitées dans des formules méthodiquement disposées comme les squelettes d’un musée. Il faudrait des volumes pour dénombrer les variantes monotones et bizarres de cet ossuaire aux cent soixante-dix écrivains; mais, sans parler ni de Fritz, ni de Cascmann, ni de Bornitz, ou de Fesselius ou des autres politiques dont le nom sera prononcé une fois par siècle à l'occasion des grands inventaires de bibliothèques, il suffira de dire que Lipsius, le premier d’entre eux qui se fait remarquer par ses idées italiennes, en dissimule la vive hardiesse sous de si fades palliatifs et tombe tellement au dessous de ses modèles, que l’Italien Cali, en le traduisant et en l’annotant, l’écrase sans le vouloir. Au moins ce dernier n’est ni académique ni timoré; son commentaire \if et coloré se développe plein d’aménité et de naturel, et son érudition, puisée dans les révolutions de l'Italie et del’Europe, offre un attrait dont le texte est absolument dépourvu. Après Lipsius arrive Clapmarius, nom qui réparait obstinément dans une foule d’ouvrages d'Italie et d'Allemagne, ce qu'on s'explique par la bonne foi solennelle avec laquelle il dénombre, l’un après l’autre, tous les areana ou mystères des rois, de la plèbe, du sénat, (iliaque malice se trouve montée chez lui comme un papillon sur une épingle, et les fausses malices, nt cuna itumia, ne sont même pas oubliées, pour que chacun puisse appré-