INFLUENCE DE L'ITALIE
cier île soi-mème le poids on la mesure de toute ruse ancienne ou moderne. Une foule de citations grecques, latines et germaniques ajoutent à la sombre majesté de ce travail, et, quand on l’a lu, on éprouve au fond du cœur la satisfaction d'avoir rencontré un docteur entendu et complet.
Seize ans plus tard, Scioppius, persuadé que les morts sont les meilleurs conseillers, évoque douze anciens rois pour tracer, d’après eux, le modèle du plus parfait des rois. Plus souple, plus neuf, Forslener doit aux écrivains d'Italie une foule de remarques très-malicieuses et trèsjustes qu'il expose sans méchanceté, sans fiel, sans affectation. Cyriacus et Mc.vius commentent Tacite comme Forslener; d'autres se plaisent à retracer les vertus des princes, les vicissitudes des États, les avantages des républiques ou des monarchies, les péripéties des courtisans, des favoris, les dangers des séditions. Les écrivains italiens reparaissent encore chez eux avec un air de cérémonie qui contraste plaisamment avec la pétulante mobilité du sujet. Kniken se distingue en publiant le plus vaste des manuels; Boxhorn, en écrivant vingt et un ouvrages de politique; Crcscenlius, qui copie ülapmarius, donne l’art de solliciter (ars ambiendi) . Nous ne pouvons mentionner ni Efferen, ni Schonbornius, ni Conrig, ni Felwigcr, et moins encore discuter le Daniel de Contzen, ou le Politicus sceleratus de Pelleri, ou même la Météorologie philosophicopolitiqne de Cælcstinus, qui parle des feux follets et de l'ambition, des dragons ailés et des calomnies, en accouplant sans cesse les faits physiques aux politiques à l’aide d’une foule de vignettes symboliques.
Un homme se montre cependant solitaire dans une caté-
gorie à part, où il rappelle l'air cl le faire de Campanclla : c’est Richter qui parle des révolutions fatales des empires, des bouleversements qu’on rencontre tous les cinq cents ans dans l'histoire, des grands hommes toujours nombreux au milieu des grandes calamités et des peuples toujours ingrats envers les bienfaiteurs du genre humain. Une singulière bizarrerie le porte à exprimer ses pensées par des aphorismes empruntés à des hommes qui visaient plus bas que lui, maiscette facilité même rehausse le tour poétique de son esprit. Il observe que le progrès est cruel, que les plus grands empires n’ont jamais réuni qu’une faible partie du genre humain, et que l’autorité des chefs comme Alexandre, César ou Scipion, offre quelque chose de divinement imposant ; nous apprenons par là que ce n’est pas au hasard qu'il naît à Gürlilz, patrie du grand mystique J. Boehm. Quelle prodigieuse différence entre le séraphique Richter et la pesanteur malicieuse des écrivains autrichiens ou flamands, comme Chokier, Forstener, Cyriacus ou Pelzholîer ! C’était la différence entre le fatidique Campanella et les épicuriens de Venise, ou entre ceux-ci et les Aristophanes de Modènes, Loreto et Lodi? l/AUcmagno étudiait donc d'une manière calme et méthodique les libertés diverses que l’Italie opposait d’une manière révolutionnaire à l’Espagne.
Monarchique de gouvernement, la France se borne h recevoir, par une majorité d’hommes médiocres, celte parlie de la science italienne qui enseigne l’art de régner au profit d’un roi. Les ligues, les républiques, les révolutions, d'après les théories de Venise ou de Florence, deviennent ici des choses secondaires et réprouvées ; il n’cst'plus question que des qualités, des mérites, de la grandeur du mo-