INFLUENCE DE L’ITALIE. 5G
loi ■ce. Mais au point (le vue politique, il ne croit qu’à la monarchie, ne la distingue pas du despotisme, ne se doute pas que le règne de la loi la soustrait seul à l'arbitraire, et s’il aime la liberté', il se borne à la confier aux accidents de la discorde, aux caprices de l’honneur, au désordre des magistratures rivalisées. filiez lui la démocratie l’emporte toujours et le force à suivre même Charles IX qui combat la noblesse. Croit-il à la liberté des cultes? Certes ce n’est pas au point de vue de la franchise absolue des consciences, c'est au point de vue du roi qu’il voudrait tolérant comme le sultan, mais dont il approuve l’intolérance dès que deux sectes seules se trouvent en présence. Consciencieux, varié, érudit, parfois poétique quand il mêle les souvenirs de Syracuse et de Florence, de Corinthe et de Venise, des anciens et des modernes, à des questions exclusivement politiques, il tombe à la suite de Cardan, de Machiavel et des autres Italiens, sans laisser son empreinte à la tradition qu’il remanie. Tous les problèmes sur les alliances, les magistratures, les forteresses,. les factions, les novateurs et les hommes infidèles à leurs promesses, lui passent entre les mains et le quittent sans lui rien devoir et sans former un système en dépit des fastidieux débats qu’il établit dans ses livres. Sa théorie des révolutions, que l'on a tant célébrée, se réduit à un casse-tête chinois où l’on compte les six passages possibles de l’une à l’autre des trois formes d’Aristote. Ses riches dénombrements, copiés depuis par tant d'écrivains, profitent plutôt à la rhétorique qu'à la science, et c’est avec une véritable naïveté qu’il cherche la précision scolastique de la cause et de l’effet au milieu’ de tourbillonnements où tous les fai s prennent sans cesse les formes Içs plus opposées.
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Au point de vue de la raison d'Etat le mérite ne consiste pas à se ranger pour ou contre la liberlé de conscience, pour ou contre la meilleure des causes, mais à comprendre le jeu des partis, les rivalités naturelles et la rude indifférence des lois de l’égoïsme envers les principes de la morale. Aussi peu importe que llodin soit libéral, il n’en est pas moins insuffisant; peu importe également que Mornay attaque les papes, son livre s’adresse à des huguenots. Peu importe encore que de la Noue soit placé, à côté de .Mornay et de llodin pour former une sorte de trinité libérale. Ce bonhomme met sur la même ligne le Prince de Machiavel et YAmadis de Caule, et il attribue les désastres de la France aux blasphèmes, aux impiétés, aux sortilèges des méchants. Ses emprunts faits à l’Italie ne lui servent qu’à développer sa naïveté.
Tous les écrivains français, catholiques ou huguenots, transforment la raison d’État en un jeu destiné à gagner toutes les parties au roi. Si Lucinge réfute Machiavel, c’est pour admirer la politique du sultan. Si Carron pille Cardano, ses observations sur l’adulation, le secret, le conseil, la simulation, les ligues et les factions tournent autour du roi. Villars est un chicaneur -à la manière des mauvais commentateurs de Tacite. Millet habille Tacite à la française pour le tourner contre la liberté protestante. Balzac, (pie nous venons de citer, rappelle Ponlano, Platina et la tradition de Colonna qui divinise le roi ; Silhon et scs prédécesseurs Hotmail et Pascal offrent* à leur tour des réminiscences italiennes; maisquaudleprcmierparle de Part de fonder ou d étouffer une religion, on le voit disciple de Bottero et dans une atmosphère monarchique.
Naudée lui-méme, malgré sa célébrité, ne sort pas de