LES RÉACTIONS DANS LES RÉPUBLIQUES ET DANS LES
FÉDÉRATIONS
Despotismes cloulfanls des républiques. — Leurs catastrophes inévitables. — Unités suffoquantes improvisées au milieu des fédérations par des pouvoirs rétrogrades. — Leur ruine dès que les peuples se réveillent.
De même que les révolutions et les réactions des royaumes se révèlent par l’anarchie d’un désordre républicain, dans les fédérations, les réactions se montrent, aussi bien que les révolutions, sous la forme opposée d’une anomalie unitaire et royale. Le jour où Sparte abat l’orgueil d’Athènes sous les trente tyrans, c’est un jour de malheur, de deuil et de monarchie pour la Grèce tout entière. Pas un homme n’ose bouger, tous les États, toutes les villes étouffent sous la pression de leurs lois, de leurs institutions, de leur aristocratie, rétablies par l’hypocrite domination des Spartiates, et Socrate gémit, il frémit; tout en méprisant les multitudes et les tribuns, il en partage les colères; sa patrie n’est plus qu’une représentation théâtrale de vieilles formes dépourvues de vie et de réalité. Dans l’Italie du moyen âge, où le rôle conservateur appartient au pape et à l'empereur, les réactions se dessinent également d’une manière isochrone et monarchique. En effet, comment faire reculer d’une époque tant de villes si diverses, sans placer un quartier général à Pavic, à Lucques, ou à Home, sans ramasser, d’une manière royale, toutes les forces ré-
RÉACTIONS DANS LES RÉPtîRLIQDES.
trogrades, sans partir d’un seul point avec une seule direction pour écraser l'insurrection sur tous les points? Voilà donc Henri IV de Gibelin, maître de Milan jusqu’à Rome pour combattre la révolution des évôques; voilà Frédéric Barberousse devenu dévastateur pour renverser les consuls, Frédéric II pour détruire les podestats, Henri VII de Luxembourg • pour supprimer le progrès des tyrans, et Louis de Bavière pour anéantir celui des seigneurs; tandis que, dans le camp opposé de l’Église, la réaction engendre les unités opposées de Grégoire VII, d’Alexandre III, d’innocent IV, de Boniface VIH et de Bertrand de Poïet, tyran délégué par la cour d’Avignon. En Allemagne, Charles-Quint réprime le mouvement de la réformation d’une manière unitaire, ordonnant aux princes, aux ducs, aux villes de rentrer dans la vieille loi, d’obéir à l’antique Église, de proscrire les nouveaux prophètes, de considérer comme non avenu tout le monde 1 moderne qui repousse les indulgences pontificales ; Wallenstein écrase à son tour sa patrie, d’après le plan de Charles-Quint; que de fois celle maison d’Habsbourg, si fidèle au passé, n’a-t-elle pas soulevé l’indignation des hommes les plus avancés de l’Allemagne !
Entre l’unité des révolutions et celle des réactions il n’y a que cette différence que la première frappe, dévaste, bouleverse tous les Etats et s’étend au milieu des ovations démocratiques, affichant le mépris de la loi, tandis que l’unité des réactions affecte, au contraire, de respecter toutes les frontières, de perpétuer toutes les traditions, d’adorer toutes les divisions, de se complaire à la pittoresque variété des Etats les plus divers. Ainsi Frédéric Barberousse voulait que Lodi demeurât indépendante, que
Como fût rebâtie, que Crémone, Pavie, Novare, toutes les villes menacées, fussent rassurées contre la révolution unitaire et conquérante des Milanais. De même, les Espagnols, si savants dans leurs réactions, laissaient au bout de deux cents ans l’Italie comme ils l’avaient trouvée, au lieu que Napoléon la bouleversa de fond en comble à chaque année de sa domination incendiaire. Il va sans dire que le despotisme devient aussi la forme des réactions dans les États constitutionnels ou républicains; les Stuarts en Angle-
- terre, et le dernier Néron que le Danemark imposait à
Stockholm révèlent assez comment on conteste aux peuples libres leurs progrès les plus nécessaires.
Mais ces tyrannies sont passagères, provoquent l’élan fédéral, et bientôt la liberté reprend sa forme roidc et militante. Les Anglais chassent les incorrigibles catholiques qui jouaient dans une intention rétrograde le rôle des Tudor et de Cromwell ; la Suède se dégage à son tour de l’odieuse étreinte du Danemark, et, en dépit des fausses unités du pape et de l’empereur, 1’Italie force ses deux chefs qui la combattaient à accepter sa fédération réformée, où les consuls détrônent les évêques, les podestats se substituent aux consuls, les sectaires aux podestats, les tyrans aux sectaires et les seigneurs à tout le monde.
NATIONALITÉS LIBRES ET FÉDÉRALES