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CHAPITRE III

DÉCADENCE DE L’ÉCOLE MONARCHIQUE

Pitoyables compositions ‘le la littérature servile. — Lieux communs de MambrinoRoseo etde I’igna. — Effronterie de Bruccioli encore inédit. — Le prince au rabais dans les manuels du gouverneur.

Rien n’égale la détresse, la pauvreté, l’insignifiance des littérateurs monarchiques de celte période. Le despotisme révolutionnaire, qui avait inspiré les grands hommes de l’époque de Dante ou de Machiavel, tombe entre les mains d’une foule de médiocrités, très-heureuses de vivre sous la domination de l’Espagne, sous le joug des seigneurs immobilisés. Toutes les qualités du prince, si laborieusement saisies pour enfoncer les traits les plus acérés de la monarchie dans l'anarchie incendiaire des époques postérieures, ne se reproduisent plus que sous forme de litanies, suggérées par l’impulsion de l’habitude.

En 1523, Léon-Baptiste Alberti noie déjà son prince dans une foule d’allégories, sourdement brodées sur des fictions mythologiques qui le rendent illisible. Vingtsix ans plus tard, Roseo Mambrino de Fabriano revient sur le môme sujet, avec force banalités morales, entre autres que « le donne specialmente le princip esse non devono uscir di casa. » Je ne l’aurais pas mentionné si, sa tirade contre Alexandre le (irand ne me semblait pas viser contre la monarchie de Charles-Quint. Alexandre (fait-il

dire à un Garamante) mérite d’étre l’esclave de tout le inonde : ne cherche-t-il pas la gloire par l’infamie de la guerre ? Quant à nous, ajoute le Garamante, nos lois sont simples, elles proscrivent l’innovation pour qu’on n’oublie pas les bonnes mœurs, elles défendent d'adorer plus de deux dieux, l’un dans la vie, l’autre dans la mort; nous portons tous les mômes habits, nos héritages sont égaux; nous décapitons celui qui ment et vouons aux dieux l’homme au delà de cinquante ans, et la femme au delà de quarante, pour que personne ne s’attache à la vie.

A propbs de lieux communs, Pigna mérite la place d’honneur : en lisant son prince, dédié au duc de Savoie, il nous semble entendre un élégant capucin, à la voix nasillarde, aux flagorneries illimitées, se faisant un devoir de la bassesse et un plaisir d’idolâtrer son souverain. Mais ses litanies des vertus du monarque sont si bien tournées, ses paroles se multiplient si agréablement pour tirer d’un motun chapitre et d’une série d épithètes toute une section systématique, il mêle si bien les princes aux héros, l’histoire à la fable, il donne en un mot une telle irradiation directe, comme il dit, oblique et circulaire à sa divinité terrestre, destinée à servir de foyer à la lumière, qui réunit Dieu, les anges et les hommes, qu’on se surprend parfois à oublier la dégoûtante réalité et à chercher un sens à tant de phrases voyantes et associées aux plus poétiques souvenirs de la Grèce et de Rome. Ici, Corne et Laurent de Mcdicis prennent place parmi les dieux de l’Olympe, et l’on adore, non-seulement Charles-Quint, quoique retiré du monde dans la solitude de Saint-Juste, mais Philippe II lui-méme « ce fils qui le rend encore vivant aux yeux de l’univers. »

Kous refusons de descendre plus bas que Pigna, et de

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rendre compte de ses nombreux collaborateurs en monarchie. Comment pourrions-nous citer le Prince que Mo dée ^ Charles ^ u in l , si ce n’est pour dire que c’est un impudent plagiat de Machiavel, délayé dans des distinctions scolastiques qui dissimulent le vol en supprimant les têtes ‘ des chapitres? Comment parler de la morale cicéronienne de Gualandi, dédiée à François II Sforza ? Cresci, qui écrit son Prince , pour fuir l'oisiveté , le laisse inédit dans la bibliothèque Magliabecchi; Natta d’Ast abandonne le soin d'éditer le sien à des Allemands, qui impriment quelques années plus tard son babil libéral, mais sans* portée. Pouvons-nous parler du bon Figliarchi, qni explique en six ou sept chapitres, écrits d’un ton de domestique, comme quoi le prince doit être affable, juste et accessible à ses sujets? Que dire de Ceccarelli, qui propose l'ignoble Alexandre des Médicis, poignardé par Lorenzino, comme un modèle de vertu? Que penser de Rosello, qui admire l’exemple encore plus odieux de Corne des Médicis ? Nous ne citerions pas même Bruccioli, nul comme Gualdo et inédit comme Cresci, à la bibliothèque Magliabecchi, si, à côté de son Ottimo principe , nous n’avions trouvé ses Cent huit manières de faire de i argent, employées par une foule de républiques , de rois et d'empereurs , d'après les auteurs grecs , latins et hébreux. Le digne homme conseille de battre fausse monnaie, de vendre les amnisties, de se faire prêter la vaisselle des riches sans la rendre, d’emprunter sur gage en réclamant le gage le lendemain. Rien n’égale sa diligence à dénombrer toutes les turpitudes delà finance, et, quand on arrive au cent huitième moyen de Laurent le Magnifique, qui demandait aux conspirateurs autant d’argent qu’ils en avaient dépensé contre lui, on s’étonne d’arriver à la fin sans avoir trouvé

parmi ses ressources celle de piller les diligences ou de

voler les passants.

On complète la revue des mauvaises compositions de cette époque en nommant - les écrivains qui s’emparent du type du prince pour l’appliquer aux fonctions subalternes du magistrat, du gouverneur, du conseiller. Tatio transporte l’art de régner chez le chancelier, auquel il recommande une bonne écriture et l’air important. Pietro Magno dédie au duc de Parme un traité sur les conseils; Ferrarotto transporte les qualités du souverain au stradico de Messine; mais aucun homme distingué ne se montre, l’art de commander paralyse tous ceux qui l’effleurent, et, pour trouver quelque belle page, nous devons lire le joli traité de Campano, édité à'cette époque, mais emprunté à l’époque antérieure, où il avait appris au magistrat que non -seulement il doit s’abstenir de tout acte licencieux, mais même de toucher les femmes des yeux. ♦

P !i 0«; R ÈS DE L’ART DE TROMPER LES ROIS.

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