‹ Histoire de la raison d'ÉtatChapitre 52 sur 78 · PROGRÈS DE 1/ ART DE TROMPER LES ROIS · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE 1/ ART DE TROMPER LES ROIS

L'art de faire lu cour remplace celui de régner. — Traité de Castiglioni. qui enseigne à se bien tenir, — dcNifo, qui apprend à parvenir, — de Grimaldi, qui s’applique avec méthode à conquérir la grâce du souverain, — du cardinal Commendone, qui perfectionne l’art de fiatter. — Innocence et infériorité des écoles étrangères à l’Italie, — et d’ailleurs occupées à suivre les écoles italiennes.

Tandis que le prince condamné à une insipide honnêteté ou à une fatale iniquité n’excitait plus l’imagination des écrivains, leur philosophie vagabonde se dédommagea de cette perte parmi nouveau genre de dégradation où l’esprit s’appliqua à donner du relief à la bassesse. On réfléchit sur les moyens d’exploiter le prince, et l’art de faire la cour remplaça presque l’art de régner. Castiglioni de Mantoue avait déjà écrit son Corligiono , encore aujourd’hui entre les mains de tout le monde, comme un modèle de goût et comme le souvenir d’une société si élégante, que la noire intrigue s’en exile d’ellc*même. La douce politique de l’agrément y trône seule pour enseigner à se bien tenir, à parler décemment, à paraître, à disparaître à propos, à tenir son rang, à ne pas déchoir, à ne pas se perdre dans les pénibles labyrinthes de l’étiquette, à éviter les odieuses catastrophes delà vilaine gaucherie. L’homme de cour y apprend à être mesuré, savant, lettré, cauteleux, aimable, attifé, sincère, étranger aux lourdes plaisanteries, aux ridicules expressions; tout homme in-

struit y savoure avec délices des contes ravissants, des scènes d’une grâce féerique, d’adorables pédanteries; jamais sujet plus léger et plus superficiel ne fut traité d’une manière plus solide et plus attrayante.

Cependant, aux jours des ambitions déçues, on s’aperçut que ce chef-d’œuvre avait un défaut capital, un vice qui le rendait complètement inutile. Semblable à une fleur sans parfum, à un fruit sans saveur, à une femme sans vie, il se perdait en paroles agréables et en règles élégantes, en laissant l’égoïsme en souffrance et le courtisan sans fortune. N’était-ce pas le comble de la maladresse, que de $e confondre en révérences, sans songer i\ l’objet essentiel, la grâce du prince, cette source intarissable de places et de faveurs? Fallait-il laisser sans règles ce bonheur inappréciable de l’homme qui approche son maître et qui peut s’en servir à tout instant sous prétexte de le servir? Pden ne devenait donc plus important qu’une nouvelle législation sur l’art de faire la cour, et Nïfo se fit pardonner son plagiat de Machiavel, en ajoutant le grain de sel de l’égoïsme aux fades cérémonies de l’étiquette. Son livre, écrit avec une touche antique et un singulier atticisme, s’occupe principalement de l’adulation, qu’il divise en plusieurs classes et qu’il explore dans ses plus subtils méandres. On adule, dit-il, par imitation, comme Clisophc. qui boitait pour ressembler au roi Philippe son maître ; l’adulation ■ par de fausses défaites offre à son tour ‘ses avantages, et Clisson se laissait vaincre à la course par Alexandre; d’autres préfèrent la fausse franchise, et ils reprochent à leur prince de ne pas s’abandonner à ses

penchants, de se trop contenir, d’avoir une modération

honteuse, des égards absurdes, une nonchalance impai-

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