‹ Histoire de la raison d'ÉtatChapitre 58 sur 78 · COUP D'ÉTAT CONTRE LE PROGRÈS · texte numérisé non relu

COUP D'ÉTAT CONTRE LE PROGRÈS

(aire serait-elle plus aisée que celle du chef poussé par les révolutions à fonder un Étal?

C’est ainsi que Bottero retourne tout Machiavel, le charge de toute la réaction contre Luther et contre les républiques, le maudit en paroles et le santifie en action, et bientôt lecole vénitienne s’arrête; les frondeurs oublient la verve, le laconisme et la lucidité de Guichardin; la série des hommes indépendants s’interrompt, et, grâce à l'importance 1 des questions nouvelles, la littérature du seizième siècle perd à jamais son caractère, ses hommes et son à -propos. Tout cède à un despotisme où les brillantes tyrannies des époques antérieures, confisquées par la réaction, servent à étouffer toute idée de progrès et de mouvement Pour surcroît de malheur, cette compression répond à tous les instincts de la démocratie catholique, et Bottero lui reste si fidèle, il v a chez lui tant de considérations utiles au commerce, à l’industrie, à l’égalité; tant de conseils importants donnés pour abaisser les grands et leur arracher les commandcries, les grandes maîtrises, les châteaux, et l’influence du moyen âge, qu’on se résigne presque à le voir triompher à la tète de vingt écrivains unanimes dans leur machiavélisme contre Machiavel.

Ainsi, plein de respect pour Tibère et la Bible, Spontone ne parle que pour noyer, tourmenter, étrangler, exterminer les hérétiques ; Pallazzo, indigné contre l’art diabolique d’acquérir des droits, donne une tournure platonicienne à sa répression, qu’il appelle la purgation de l’État ; Calderini, qui croit à la- magie, commente mot à mot l’auteur piémontais en l’exagérant sans cesse; Brusantini, qui trouve les Médicis trop cléments, s’écrie qu'en négligeant de chàticrlcs rebelles si va à casa del diavoto ; d'après

Canoniero de Gênes, la politique est nécessaire contre les hérétiques, et il en traite les questions en produisant tous les arguments hinc inde et en citant toutes' les célébrités les plus inconnues pour arriver à des solutions féroces contre toute liberté religieuse, populaire ou .moderne. Bonaventure s’engouffre davantage dans la scolastique de ce droit muet et implacable de la raison d’État dont, à force de définitions, de subtilités et de distinctions, il fait une sorte de logos effroyable et aussi sacré que Y héroïsme de Judith ou de Scevola. Pourvu que la guerre soit juste, dit-il, il est toujours permis de tuer l’ennemi par ruse et par surprise, con astuzia ed inganno. Certes, Zuccoli ne s’écarte pas de cette théorie, puisque, suivant lui, dans un bon gouvernement la raison d’Etat est toujours bonne. Zinano l’approuve chez les princes en l’interdisant aux simples particuliers. Settala soutient que, même athée, le souverain doit imposer une religion dominante. Valériane Castiglione applaudit à une Saint-Barthélemi au petit pied ordonnée par Charles, duc de Savoie, et Chiaramonti, excellent historien de Césène, fait filtrer toutes ces sinistres doctrines à travers l’alambic d’une longue série de définitions pour en extraire l’apologie du grand massacre de • Paris d’après le principe qui réduit à l’intérêt personnel du roi tous les intérêts de l’État. Au milieu de tant d’uniformité d’opinions et de redites, il serait plus qu’oisif de noter les imperceptibles différences entre Mancino, Cic earelli, Albergati, Brancalassi, Gambaruti, Mattéacci, Gramigna, l’inquisiteur Bonini et d’autres rétrogrades; il suffira de remarquer le fanatisme pittoresque de Mirandola, qui porte aux derniers excès la distinction des deux raisons d’État, des deux politiques et des deux machiavélismes, en

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