‹ Histoire de la raison d'ÉtatChapitre 59 sur 78 · COUI» D’ÉTAT CONTRE LE PROGRÈS · texte numérisé non relu

COUI» D’ÉTAT CONTRE LE PROGRÈS

signalant comme de hautes œuvres d’iniquité mondaine les ordres de Pilate pour le jugement, la flagellation et la crucifixion de Jésus-Christ, tandis que du haut du ciel Dieu le Père fait très-bien de machiavéliser et de statuer en dépit de toute justice que le péché d’Adam perdra le genre humain et que son Fils sera sacrifié pour que quelques élus seulement entrent au paradis.

Il est facile de saisir le caractère de cette nouvelle branche de la littérature politique. Elle s’attache à expliquer, à justifier les principes, à inculquer les formes qui régnent ; elle est avant tout pontificale et impériale; elle dépend le protectorat de l’Espagne; elle met au service de cette . unité toutes les ressources de l’ancien despotisme révolutionnaire. Mais, comme elle défend ce qui existe, et qu’elle

se borne à conserver ce qui n’a pas besoin d’être inventé, elle n’est qu’une littérature d’employés; la vulgarité lui imprime son pitoyable cachet; Bottero lui-même n’est que le grand prince des médiocrités contemporaines. Ses imitateurs n’offrent pas même la poésie des emportements; calmes, réfléchis, décidés à s’en tenir aux faits, aux tristes nécessités de la vie politique, sans jamais dévier des voies les plus battues, ils citent plus souvent Aristote que la Bible. Si quelque Irait ingénieux se présente, il est dû plutôt à la variété accidentée de la terre qu’à l’initiative des écrivains toujours condamnés à la prose la plus lourde. Chiaramonti, que personne n’égale en pédanterie, aurait voulu que la musique efféminée des modernes, anticipée de quelques siècles, eût été appliquée à adoucir les haines guelfes et gibelines; et il propose, au contraire, les airs rudes de l’Allemagne et de la France pour retremper la trop molle Italie de son temps. L’un conseille de voyager pour

s’éclairer, pour secouer les ténèbres du patriotisme, pour observer les cérémonies religieuses et profanes des étrangers; l’autre compare la raison d’Êtat à la sagesse de Venise, qui attire les prostituées dans ses lagunes afin de sauvegarder les honnêtes femmes; souvent on assimile scs doctrines à la thériaque, aux contre-poisons; mais les faits instructifs et les tournures ingénieuses se perdent dans une myriade de lieux communs où il est impossible de rester.

REVANCHE DES ECOLES LIBRES

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