‹ Histoire de la raison d'ÉtatChapitre 70 sur 78 · I.ES CONTRASTES SOLENNELS · texte numérisé non relu

I.ES CONTRASTES SOLENNELS

une tendresse liliale; regardez ces Suisses qui ne conçoivent pas même la possibilité de recevoir les ordres d’un maître, ces Américains qui vivent de la vie de leur patrie : c’est l’amour qui les unit, les inspire et les rend redoutables. Mais aux jours de troubles, comment la Convention s’imposa-t-elle à la France? Que serait-elle devenue, si des légions plébéiennes n’avaient pas veillé à ses portes? Et comment la réaction de 1815 se serait-elle développée sans les baïonnettes étrangères? Que de sang ne faudrait-il pas

répandre pour imposer l imité en Suisse ou l'absolutisme

à Londres? On peuts’en faire une idée en lisant l’ histoire de Zurich au quinzième siècle et des révolutions qui retrempèrent sans cesse les. Anglais depuis Jean sans Terre jusqu a Cromwel. Ainsi on combat par la terreur les gouvernements de l’amour, par l’amour ceux que la crainte improvise. Telle est la loi de la nature, et quand la force des choses ne permet pas d’établir nettement ce contraste, on tombe dans les situations vulgaires, dans les phases triviales, dans des tumultes indignes de figurer dans l’histoire. D’où vint la continuelle faiblesse de Louis-Philippe et sa brusque catastrophe? De ce qu’il ne put jamais opposer l’amour de ses sujets à la terreur qu’inspirait la république; il combattit la force par la force, il tomba dans une cacophonie où Ton ne tarda pas à voir de quel coté se trouvait l’avantage. De môme, quel fut le tort impardonnable des assemblées de \ 848 ? Celui de ne pas être aimées, d’être en lutte avec la nation, dans la nécessité de combattre, de faire des barricades et contre qui? contre la révolution, contre des hommes violents. > T ous n’hésitons pas non plus à classer parmi les phases vulgaires celles où dés personnages comme le P. le Tellier ordonnent

de plates proscriptions et font de la terreur contre des hommes terrifiés.

Ce qu’on dit de l’amour et de la crainte s’applique à l’alternative de la discussion et du silence. Le grand tort du silence est de se taire toujours, en laissant sans cesse aux parleurs la satisfaction de se déclarer supérieurs : Un bel tacere non fu mai scritto. Cependant, si la discussion répand, comme on dit, des torrents de lumière sur toutes les questions, si elle soulève des orages, si elle vivifie et retrempe continuellement les nations, si les orateurs sont si puissants que c’est apparemment par pure complaisance qu’ils se laissent battre si souvent : le silence à son tour ne manque pas de remporter des victoires. Ne guidait-il pas les armées de Ninus, de Sésostris et de Xerxès, que les paroles magiques de la Grèce pouvaient à peine arrêter? N’a-t-il pas soumis le monde, depuis la Hongrie jusqu’au Japon, à l’empire des Mongols? La terreur lui confia un temps les rênes de la France, et la muette Russie s’étend avec une habileté romaine sur toutes les terres que les Tartares envahissaient jadis avec une rapidité barbare. Il y a donc une incurable imperfection dans la liberté de la parole; elle divulgue les secrets ; elle instruit l’ennemi en même temps que l’ami ; elle sonne la cloche d’alarme à chaque instant, à tout propos; elle trouble les citoyens, les épuise, les fatigue, les énerve et rend leurs pensées comme des forteresses sans enceinte. Etcroycz-vous que tout soit dit, connu, discuté, quand la tribune a été ouverte et la presse déchaînée? La polémique n’éclaire que les champs directement exposés aux leux croisés des partis ; le reste demeure inexploré, dans les ténèbres, hors des courants : ses orateurs nourrissent et enlièvrenl le peuple dans ses propres folies;

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personne n’ose braver ses colères ou son insouciance; personne ne doit exposer ses craintes, ses méfiances, ses appréhensions. Ce serait sortir du parti, du principe, du droit; ce qui est utile, il faut le dire à l’oreille d'Aristide, et en attendant on n’arrive au secours des victimes que lorsqu’elles sont assassinées. 11 est vrai qu’on supplée à l’impuissance de la publicité par le déchaînement universel ou par de fausses tendresses; tantôt un homme passe à l’état de monstre sans savoir pourquoi, tantôt lepacifique Lamourette transforme en bergers les plus terribles tribuns. Mais n’est-il pas pitoyable qu’il faille s’en rapporter à la calomnie, à l’imprévoyance, à la sottise, à d’aveugles instincts du soin de défendre la patrie? En attendant, le voisin rassemble silencieusement son conseil; ce que Démostliène n’oserait pas dire à Athènes, une courtisane le fait connaître à son amant couronné, et au jour des batailles on s’étonne de trouver la baïonette du stupide Croate ou du busse abruti plus intelligente que celle du patriote Italien ou du vaillant Hongrois. C’est ainsi que le silence mortel et glacial des monarchies résiste aux paroles enflammées des républiques : tantôt il consacre les pontifes de mystérieuses religions, tantôt il fait adorer desjrois inaccessibles, comme les chefs de Bornéo, de Ninive, de Babylone ou de la Chine; tantôt il rehausse la vaine sagesse des oracles politiques et religieux. Bamassez tous ces contrastes, balancez d’un côté les inconvénients de l’affabilité, de l’autre ceux de la morgue, mettez en regard les avantages du secret et ceux de la publicité, vous tombez dans une interminable discussion, à moins de suivre la voie que nous * venons d’indiquer, en renvoyant le silence aux monarchies, la parole aux républiques. Voulez-vous donc venir à bout

-d’un roi taciturne? Voulez-vous mettre en déroute les ministres les plus sages d'une ancienne monarchie? Parlez, accusez, calomniez ! Si vous parvenez à faire parler le roi, s’il dépose le bilan de Necker, le compte rendu de Calonne, c'en est fait de lui. Ce fut là aussi ce qui donna la victoire aux républicains contre la monarchie de Juillet. Louis-Philippe était le meilleur des hommes; ses ministres parlaient mieux que personne; mais ils parlaient, ils répondaient, ils s’excusaient ils accusaient, ils bavardaient, et comme il n’est accordé qu’à la république' de prononcer des paroles fulminantes, ils tombèrent sous la révolution du mépris. Mais voulez-vous renverser une république d’avocats? Taisez -vous, complotez, conspirez !

Môme remarque sur le contraste du mensonge et de la sincérité? C'est à tort qu’on déclare le mensonge funeste et la fraude ruineuse. Pourquoi de faux bulletins n’électriseraient-ils pas les armées? Pourquoi de fausses nouvelles de contre-révolution ne réprimeraient -elles pas d'avance une révolution prête à se propager a^îcla célérité du télégraphe? Pourquoi un peuple simple, naïf et militaire ne serait-il pas continuellement tenu en haleine par des gouvernements habiles et variés? Le mensonge se découvre vite, dit-on, il compromet, il tue ; mais les vérités politiques ne se succèdent-elles pas à leur tour aussi vite que l’erreur? Et si la calomnie perd un César, si une fiction apaise des légions insurgées, si une fraude pieuse fait échouer un conclave de factieux, si un miracle improvisé trompe toute une province ennemie, si la vision d’un imposteur crée une religion libératrice, renonce-t-on à ces avantages conquis pour ouvrir le procès à Germanicus, à Sixte-Quint ou à Mahomet? Les peuples eux-mêmes ne men-

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lent-ils pas en créant des mythes? ne calomnient-ils pas leurs ennemis? n’ennoblissent-ils pas, ne divinisent-ils pas leurs bienfaiteurs? Et si le mensonge compromet à la longue, ne sait-on pas que la vie est courte, qu’on ne vit qu’une fois, que le succès sanctifie l'action, que, le but atteint, on oublie les movens? La sincérité n’est donc qu’une thèse forte, grande, imposante, nécessaire, mais sans exclure l’arme du mensonge chez l’ennemi qu’elle combat. Là encore la destinée ordonne aux héros de l’histoire d’ètre sincères avec les fripons et faux avec les honnêtes gens; votre franchise imposera toujours aux menteurs, votre mensonge aux dupes. Ici l’Italie offre un admirable exemple dans l’opposition entre ses deux chefs d’un côté et ses innombrables révolutionnaires de l’autre.

• Aucune autorité ne surpassa jamais celle du pontife, n; par la franchise, ni parla sagesse, ni par l universalité de ses arrêts; toujours à la tête de la plus grande des républiques, on n’aurait pu lui demander une conduite plus constante, plus fidèle à la tradition, plus harmoniée avec les

circonstances variables de la civilisation, sans exiger de lui

des facultés surhumaines. Et, quant à l’empereur, il représenta toujours la plus haute légalité, il trahit rarement sa mission, et, jusqu’à Grotius, il fut la source unique du droit. Mais, d’un autre côté, qui a surpassé la déloyauté des chefs des révolutions italiennes? Évêques, consuls, podestats, sectaires, tyrans, seigneurs ou condottieri jusqu’aux derniers jours de la renaissance, ils ont toujours été conspirateurs, équivoques, mobiles; ils ont constamment tournoyé dans un labyrinthe d’intrigues et de mystères et c’est ainsi qu’ils ont tenu tête à Rome et à l’Allemagne^ Cet exemple irrécusable se répète partout par une règle

qui n’admet pas d'exception : quand le gouvernement trompe, l’opposition est franche; et quand l’opposition trompe, c’est le gouvernement qui incline vers la loyauté, sans qu’on en puisse rien inférer sur le rôle ou sur la grandeur de la nation.

D’autres alternatives s’offrent au sujet des magistrats. D’abord on se demande si le magistral suprême de l’État, je veux dire le roi, doit être héréditaire ou électif. L’intérêt de la paix réclame l’hérédité, pour éviter les troubles que soulève toute option. La Pologne était si malheureuse pendant les interrègnes, qu’elle doublait la sévérité de ses peines; dans les intervalles du conclave, il se commettait plus de crimes à Home que sous vingt pontificats; que de troubles à Gênes pour choisir les doges? D’un autre côté, la raison exige que les mortels s’arrachent le bandeau des yeux, qu’ils cessent d’adopter une méthode si contraire au bon sens, et que la couronne soit décernée au plus digne. Mais l’intérêt de la paix et celui de la raison étant de nature différente, le débat se prolongerait à l’infini, comme dans une question de goût, si on ne le tranchait par l’opposition entre le règne d’un chef discrétionnaire et celui d’une loi implacable. Plus la monarchie est parfaite, plus son élection tion suprême s’élève au-dessus de la loi. Les premiers empereurs de la Chine, les Césars de Rome et de Byzance, imposaient arbitrairement leurs successeurs. Par la constitution de 1722, les czars de Russie pouvaient prendre leurs héritiers où ils voulaient, même en dehors de leurs familles. Limitez-vous ce choix supérieur, vous limitez la monarchie, vous placez la famille régnante au-dessus du chef, qui, cette fois, peut rencontrer l’opposition foudroyante d’un prétendant, et vous trouvez dans ce degré

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inférieur de la monarchie le sultan qui fait étrangler ses frères, le scliah qui les fait aveugler, le khan qui les rend fous. Bornez-vous encore davantage le choix en le limitant au (ils aîné, au frère du roi, à une personne désignée? La monarchie devient alors quasi constitutionnelle comparée aux dominations musulmanes, persanes et tarlaces. Enfin remplacez l’hérédité par l’élection des conclaves romains, des diètes impériales et polonaises, du sénat de Venise, ou du conseil de Gènes : alors la loi l’emporte sur le chef, la monarchie cesse de fait et de droit, la république commence.

Descendons du faîte du pouvoir aux magistrats secondaires : les mêmes principes nous guideront pour savoir si les fonctions doivent être héréditaires comme les pairies, ou électives comme les députations; révocables comme la judicalure française, ou irrévocables comme celle des Anglais; temporaires comme le consulat, ou viagères comme les dogats; choisies par le roi, le conseil, le parlement, ou données au sort comme les gouvernements de la campagne qu’on tirait des bourses des conseils de Bologne ou de Florence. Aux monarchies appartient le choix, l’appréciation des personnes, les magistrats à la merci du roi, les dignitaires imposants, terribles, absolus, jouant le rôle de proconsuls hautains avec les inférieurs, souples avec les supérieurs. Aux républiques, au contraire, conviennent les choix laits par la loi, par le parlement, par le sort, et des fonctionnaires contrôlés, opposés les uns aux autres, intéressés à se dénoncer réciproquement et bornés à des mis- '

sions si courtes, si provisoires, qu’ils se trouvent dans l’impossibilité de régner. Au reste, tout dépend des contrastes, des agencements, des combinaisons; car l’absolu se dérobe

sans cesse aux lois politiques qui ne gardent d’autre caractère éternel que celui de la lutte. Ainsi, au premier degré, l'absolutisme exclut l’hérédité; dans un degré inférieur, il l'admet; après avoir fondé la monarchie héréditaire, il fonde aussi la petite monarchie du fief, du fidéicommis, du majorât, des gouvernements tradionnels, qui rencontrent à leur tour l'opposition des communes, où les conseils électifs régnent à la place du seigneur féodal. Mais, si vous remontez du seigneur féodal à son suzerain, c’est le premier qui, étant inamovible, se trouve républicain comme les barons français, les ducs de Normandie ou les lords anglais. On peut donc être despote chez soi et tribun au dehors : rien de plus naturel ; on refuse aux autres ce qu’on prend pour soi.

Entre la première magistrature et toutes les autres, celle de premier ministre soulève encore un nouveau débat, également républicain d’un côté, monarchique de l’autre : car se demander absolument s’il est utile de créer le pouvoir monstrueux d’un ministre en chef, d’un cardinal Padrone, d’un Séjan, d’un Richelieu, d’un Volny, d’un Ximenès, c’est s’engager dans un dédale aussi varié que les souvenirs divers réveillés par ces noms, les uns illustres, les autres infâmes; ceux-ci bienfaisants, ceux-là funestes. Combien de ministres ne faudrait-il pas entasser les uns sur les autres pour nous donner la monnaie de Pitt ou de Sully ? Mais aussi que de malheurs, si Volny ou Séjan avaient eu la vie trop longue? Or la nature fait paraître les ministres aux pleins pouvoirs dans les États constitutionnels où les rois chevelus deviennent des chefs impuissants, où les Kalifes ne représentent plus que la loi abstraite de l’islamisme, où l’empereur d'Occident cède la place

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aux généraux de l’armée d’Italie. Au contraire, la monarchie absolue ne saurait accepter un pareil pouvoir, et, à la mort deMazarin, quand les courtisans demandaient à qui fallait-il désormais s’adresser, Louis XIV répondit : A moi.

En passant des magistrats aux lettrés, on tombe dans le doute bizarre de savoir si le gouvernement doit protéger les sciences, les arts, l’érudition, les belles-lettres. N’est-il pas étrange, en effet, qu’on se demande sérieusement s’il faut laisser le peuple dans l’ignorance, les écoles dans l’erreur, la religion dans la superstition? Cela ne revient-il pas à se demander s’il est utile qu’un bœuf prenne la place du roi, ou que celui ci ne soit qu’un àne couronné? Et cependant

ce sont précisément des raisons opposées et tout à fait

paradoxales qui conseillent au prince d’imiter Auguste, et aux rois de s’entourer de Mécènes. C’est qu’il importe au chef des monarchies de régner sur les lois, et de briser les obstacles muets que le temps élève au pouvoir arbitraire. Faute d’exercice, l’absolutisme se rouille comme l’épée ; toute ordonnance tend à devenir coutume, droit positif, principe républicain ; mais les lettrés évitent cette défaillance incessante, et, protégés, multipliés, embrigadés, ils secouent l'atmosphère sociale en engageant l’État dans de perpétuelles agitations. Que le prince s’entoure donc de théologiens, de professeurs, de littérateurs; qu’il fonde des académies ; qu’il décore les hommes distingués; il se formera ainsi une sorte d’OIympe supérieur à la justice vulgaire des tribunaux, et, si par hasard des séditieux l’attaquent, l’unanimité de ses Virgiles à bon marché et de ses mandarins de première classe lui fournira les moyens de donner des patentes d’imbécillité aux plus grands hommes qui se rallieraient à l’insurrection. Quand, vers la moitié

du quinzième siècle, les condottieri marchèrent sur Rome, les cardinaux haussèrent les épaules. « L'Eglise ne périra « pas, dirent-ils ; nous avons trois mille gens de lettres à « notre service, et ils sauront bien tromper l’ennemi. » Le fut Philippe-Auguste qui fonda l’Université de Paris; Richelieu fonda l’Académie française, et la Chine sera le type éternel de la littérature récompensée.

On conçoit donc que les républiques ne songent guère à organiser des bataillons littéraires. L'homme le plus libre de l’Orient disait, il y a deux mille ans : « N’exalte pas les « sages, renonce à la science, quitte la prudence, et le « peuple sera cent fois plus heureux. » C’était dire : il sera cent fois plus libre, plusatlaché à ses lois, plus indépendant dans ses pensées; c’était dire aussi que le gouvernement en protégeant la science la comprime, donne force de loi à quelques systèmes, et en fait des fléaux pour les véritables savants. Le même homme ajoutait : « L’eau qui coule seule « à la mer porte le poids énorme des navires, tandis que « les fontaines artificielles s’évaporent en jets inutiles. » Ces jets sont les compositions académiques, les éloges de commande, les productions des littératures nourries par ces grands corps que l’on pourrait appeler fabriques de médiocrités à juste prix. D’après Thucydide, les lettrés sont novateurs, dépensiers, rebelles, hardis, brouillons ; Dante et Machiavel les écartent de tout gouvernement, et Tassoni déclare que, « si les esclaves ont combattu pour Athènes, « si les femmes ont défendu Chios et si les oies ont sauvé h le ("apitoie, jamais on n’ouït dire que les lettrés aient fait « chose utile. » Laissez en paix le génie, votre incompétente intervention créera peut-être des grands prix de collège destinés à interdire l’éloge de Descartes; mais Homère n’a

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besoin de personne, ni Socrate non plus; et, s’il faut absolument des académies, mieux valent celles où Ton chante les éloges de la salade et du chat que celles où l’éloge du

roi est le refrain obligé de tous les discours.

Les débats qu’on a soulevés sur la guerre ne ressemblent que trop à cette pitoyable discussion sur le meilleur gouvernement. On a parlé des combats en oubliant l’ennemi, des effets, sans tenir compte de la cause; et, puisque les voisins peuvent être faibles ou expansifs, monarchiques ou républicains, fédéraux ou unitaires, timides ou agressifs, n’est-il pas évident que chaque problème sur celte matière recevra à son tour deux solutions opposées? Ainsi, chercher abstraitement s’il faut préférer la paix ou la guerre, la conservation ou la conquête, l’isolement ou l'alliance, c’est se perdre en paroles inutiles, à la suite de Botlero et de ses successeurs ; mais, la monarchie étant donnée, elle sera solitaire, guerrière, conquérante, tandis que les ligues, la paix, la conservation, seront le partage des faibles. Tout État faible évitera l’alliance d’une grande monarchie, et toute grande monarchie évitera également d’épouser les intérêts d’un petit peuple. Tout grand roi imitera les Ottomans, qui se sont étendus sans jamais signer aucune ligue, ni offensive ni défensive, avec le Caire, la Caramanie ou la Perse. Ils puisaient leurs forces dans leur propre isolement, et, combattant sans cesse des peuples fédérés, ils restaient fidèles au contraste qui favorisait leur puissance. Il faut, au reste, demander toujours ce que redoute l’adversaire. Chérit-il la paix ; qu’on l’abreuve d’humiliations, qu’on le traîne de vive force sur le champ de bataille, qu’on lui impose l’épreuve abhorrée du combat, ce sera très- utile. Que s’il est impatient de dégainer l’épée,

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