CONTE
. . . tout près où la France accoste la Belgique,
S'élevait un castel à tournure héraldique,
Petit, mais de bon air, avec donjon saillant,
Fenêtres en ogive et girouette au vent.
Le château dominait quelque vaste héritage
Conservé pur, intact, à dater du partage
Des guerriers chevelus. Là, vivait un baron
Comme on n'en voyait guère, en remontant vingt lustres,
Il croyait honorer ses ancêtres illustres En cultivant les arts. Du reste simple et bon, Comme l'est un savant qui cherche dans l'étude Le bonheur, sans songer, comme on fait aujouid A l'or de son vivant, à la gloire après lui. Mais ce qu'il convoitait dans sa sollicitude, Le rêve de ses nuits, le travail de ses jours ; Ce qu'il estimait plus que les brillans discours, Que tous les ménestrels, que les vers et la prose,
un
no
Qui, disons-le tout bas, sont souvent peu de chose ;
C'était de découvrir par quel moyen heureux,
Il pourrait rendre enûn la science féconde ;
Tirer d'un corps inerte un rayon lumineux,
Qui, profitablo à tous, luirait pour tout le monde.
Dans ces tems, l'industrie était à son berceau,
Informe, languissante et ne produisant guère
Qu'à force de sueurs, qu'à grands coups do marteau.
La forêt centenaire où dardait le fourneau
Disparaissait sans fruit : on dépouillait la terre ;
Puis, fauto d'aliment, la fournaiso mourait ;
La forge était sans voix, bientôt elle tombait,
Et l'on voyait, au lieu do vert feuillage et d'ombres,
Un sol nu qu'attristait un monceau de décombres.
Souvent notre baron parcourait la campagne,
Bâtissant, comme on dit, des châteaux en Espagne.
Il explorait la plaine où l'on voit du regard,
Au loin Sainte- Vaudru sur un fond de brouillard,
Valenciennes plus près, alors noire, enfumée,
Avec ses cent clochers et ses pignons pointus,
Ses couvents chargés d'or et ses gueux presque nus :
Qui depuis, reniant sa vieille renommée,
Et devenant coquette et ville comme il faut,
Après s'être un beau jour lavée et parfumée,
A jeté sa défroque au courant de l'Escaut.
Maintenant récripéo, élégante et gentille,
Elle paraît, assise en son lit de roseaux,
Belle comme le cygne en ses marais éclos,
Qui sort, frais, éclatant d'une sale coquille
Que cherchait ce savant et par monts et par vaux ? Notez que je dis monts pour arrondir ma phrase ; Car on ne voit par là qu'une compagne rase. Les vallons sont dessous depuis que sous l'Etna Un titan pris de rhume un jour éternua Et mit, sans s'en douter, notre globe en cadence. La terre s'entrouvrit et dans sa fente immense, Les coteaux, les rochers disparurent soudain, Avec leur forêt vierge aux arbres séculaires. Puis le torrent passa sur ses vastes suaires, Les couvrit de limon, nivela le terrain,
»sê§§§8 si mÊ&*
Si bien que le soleil, séchant enfin le monde,
Ne vit plus, dans le nord, en reprenant sa ronde,
Qu'un plateau, mais ses bois et ses coteaux, en vain
Le flamand les cherchait: pas pins que sur la main.
Je garantis le fait et la métamorphose,
Bien qu'Ovide la taise en poète discret.
Quant à notre baron, il connaissait la chose,
Il y rêvait toujours, c'était là son secret.
a Oh ! disait-il. oui, l'homme fait avec sa hache
« Plus que le cataclysme : il gaspille aujourd'hui
« Sans s'occuper de ceux qui viendront après lui.
« Il ne conserve rien, mais la terre lui cache
« Des trésors inconnus, un agent précieux
« Qui pourrait remplacer la forêt qu'il consume ;
« Car tous ces bois enfouis par un décret des cieux
« existent sous nos pieds en couche de bitume.
« Déjà, de son sol froid, l'anglais industrieux
« A tiré du charbon qui pétille et s'allume.
« Pauvre Flandre ! à présent, pour que ton foyer fume,
•< Il faut à l'étranger payer de lourds tributs,
« Demander par pitié quelque chaude étincelle,
< grelotter, s'il le veut, où si la mer rebelle
« Retient dans Albion ses charbons de rebuts.
« Si je pouvais un jour affranchir ma patrie
« De ce joug; me frayer, par de coustans efforts,
« La route qui conduit aux souterrains trésors ;
« Répandre à pleines mains, par mu noble industrie,
« L'aisance et le bonheur dans ces cantons frappés
« De mort, où tous les bras restent inoccupés
« Au milieu d'élémens que l'étranger envie :
« Principes variés qui demeurant sans vie,
« Attendent pour surgir le feu qui vivifie !
« C est la foudre, que l'homme a soumise à ses lois ;
o Muette sans contact, froide comme la tombe ;
« Que sur ce corps inerte une étincelle tombe :
« 11 s'enflamme, bondit, frappe l'écho des bois
« Qui va redire au loin sa formidable voix. »
Ainsi toujours en proie à cette unique idée, L'esprit toujours tendu, l'âme triste, obsédée Par le doute souvent, quelquefois par l'espoir, Il souriait à peine à sa fille chérie.
ensuis 82 mm* h.
Terre du rhumatisme et terre des beaux arts !
So) fécond et ciel froid ! berceau de l'industrie '
Vaste et riche musée, où l'on heurte du pas
Les lambris ciselés en desseins délicats ;
Les toiles où Rubens jetait l'ombre et la vie ;
Que Van Dyck éclairait du feu de son génie ;
Que Teniers égayait de joyeuses couleurs ;
Que Wouvermans chargeait de verdure et de fleurs!
Où le marbre vivant est foulé sur les dalles ;
Où l'on voit s'élever à de courts intervalles
Ces temples primitifs aux immenses arceaux ;
L'ogive bizantine où d'éclatans vitraux
En jets de pourpre et d'or inondent les coupoles.
Sont orné des trésors des saintes paraboles !
Et c'est sous ton ciel sombre, o Flandre, qu'on a vu
Ces chefs-d'œuvre grandir pour parer ta surface-
Chez ce peuple escompteur, qui dort quand il a bu,
Les arts et le génie ont donc trouvé leur place '
Qu'importe l'Italie et son ciel toujours pur?
Il inspire, c'est vrai, mais certain véhicule
Inspire mieux encor qu'un éternel azur.
C'est l'or. Moteur puissant, disons-le sans scrupule,
Au risque de blesser quelqu'orgueil furibond ;
Car il en. faut. Or donc, le peuple qui spécule.
Eu artistes toujours fut un peuple fécond.
Mais, derrière le pli qui ridait le terrain, Un étrange tableau les a frappés soudain. Dans ce lieu si désert autrefois, tout un monde De travailleurs se meut et déchire le sein Du sol, sans respecter sa surface féconde. On élève et l'on creuse : un hameau s'est dressé Un gouffre s'est ouvert, on fait grincer la scie ; Ici la hache frappe, et là la lime crie. Et ce bruit se confond au bruit plus cadencé D'une pompe plongeant dans le fond de l'abime, Et qui, par un rouage habile pour ce tems, Et qu'activaient sans fin des chevaux haletans. Absorbait sans relâche et jetait à la cime Un torrent écumeux, dont le lit souterrain
Semblait grossir encor sous l'effort qui l'anime, Comme s'il devait être et sans fond et sans frein
Un an s était passé. Dans l'antique demeure Ils étaient réunis. La cloche annonçait l'heure Où maître et serviteurs s'asseyaient au repas ; Touchante égalité de l'ère féodale Réformé avec soin dans 1ère libérale. Mais la cloche vibrait, triste comme le glas, Dans ce château désert ; car, avec la fortune, Amis et serviteurs, c'est la chose commune, Tous avaient disparu
Car à l'or seulement l'homme reste fidèle. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a fait des ingrats Qu'après avoir loué, l'on en vient à maudire. Heureux encore, quand l'homme ne mord pas La main qui l'a nourri, lorsqu'on la lui retire. Nous sommes ainsi faits, j'ai honte de le dire. En dépit de Buffon, l'homme dans certains cas Parait tenir un peu de la race des chats.
Vingt fois on avait vu l'intrépide baron
Sur le point de quitter, de perdre la partie. . .
« Mais sous l'eau, disait-il, existe le charbon,
« Qui sera pour la Flandre une source de vie ;
« Mes calculs sont certains. De ce lâche abandon
« Je serai responsable aux yeux de ma patrie.
« Elle attend, elle espère, elle a foi dans mon nom,
« Dans mon œuvre. .» et vingt fois plus ardent à l'ouvrage,
Irrité par l'obstacle et pour le surmonter,
Reformant, inventant quelque puissant rouage,
Pièce à pièce engageant son antique héritage,
Il en était venu, ce jour, à supputer,
Sans savoir, désormais, où raviver sa bourse,
Que ses rêves, ce soir, à défaut de ressource
Allaient s'évanouir. C'était l'instant fatal,
Où l'avide usurier allait ouvrir ses serres,
Fondre sur le château, s'abattre sur les terres,
Se parer, insolent, de ce titre idéal
De baron, pour laver son ignoble origine
Ht donner un faux lustre au fruit de sa rapine.
Quelques heures encore, et, de son vieux donjon,
Il sera donc chassé par lo vol du faucon,
Ce pauvre novateur ; et puis des mains impures
Souilleront ses travaux ; ses livres tant aimés,
Ses rares manuscrits, à grands frais exhumés.
Seront jetés au vent comme autant d impostures.
On dira : « c'est un fou ! » De ses rêves déçus
On rira. « Que n'a-t-il conservé ses écus,
« Au lieu de se livrer à ses folles pensées-. »
Le puits sera comblé, los machines brisées ;
Le soc sera trainé sur ces trésors perdus,
Et puis, lo lendemain on n'y pensera plus.
Triste et dernier banquet au seuil de la misère:
Sur la table servie, où l'on voyait naguère
Les vases du Japon, le vermeil, le cristal,
Des mets rares, exquis, jetés en abondance,
Aux flatteurs affamés, fléau de l'opulence,
Se voyaient les débris de ce repas frugal.
L'argent avait fait place à quelque humble métal,
Et la joie aux soucis. Plus de riches tentures,
De tableaux précieux : les murs froids étaient nus.
Blanche avait sans regret dépouillé ses parures ;
De joyaux chaloyans, elle n'en avait plus ;
Ses dentelles aussi, merveilles de la Flandre,
L'usure avait tout pris, hélas ! pour no plus rendre !
Mais plus grand et plus noble avec sa pauvreté,
Sur le front du baron avec sérénité,
Rien n'accusait le ciel. 11 était calme et digne.
D une ame résignée on y voyait le signe.
Alors à ses enfans qu'il presse sur son sein II dit : « C'en est donc fait mon projet était vain ; « Le ciel n'a pas voulu que j'eusse cette gloire. « Je succombe aujourd'hui, quand peut-être demain ! « Un seul jour eût suffi pour sauver ma mémoire. « Ah I croyez-moi, mon nom sera pris en pitié. 9 Ceux qui disaient m'aimer d'une chaude amitié « Me renieront aussi ; car lorsque l'homme tombe , « Sans atteindre son but, on insulte à sa tombe ;
t Après l'avoir loué, chacun lui jette au Iront
1 Au lieu d'une auréole, et l'injure et l'affront.
« Mais qu'importe, après tout, l'opinion du monde /
« Sur ce mobile appui, malheur à qui se fonde !
« Oh ! moi, j'entrevoyais comme dans un beau rêve,
« Une autre récompense, un prix plus glorieux.
« Un jour, le voile épais qu'à peine je soulève ,
< Levé sur ce pays, tombé de tous les yeux,
< Devait faire cesser sa trop longue inertie.
1 L homme se réveillant d'un indigne repos.
« Voyait se dissiper les ombres du cahot. . . .
« Plus de secrets pour lui. La flamme du génie
« Lui révélait enfin que la terre engourdie
1 Etait riche et féconde, et que, par ses travaux.
« Il y verrait fleurir les arts et l'industrie.
( L'industrie ! ... ; en tous lieux grondait sa voix d airain
< Grâce à cet élément que j'avais su lui rendre, « Il ne gémissait plus sur sa forêt en cendre.
1 Partout le fer touchait au foyer souterrain,
I Pour reprendre à la terre une aussi riche proie ;
< Un peuple de mineurs s'élançait avec joie
.( Dans cette route ouverte aux entrailles des nuits, s Et s'y frayait bientôt d imnombrables conduits.
< L'horizon s'éclairait de fournaises ardentes ;
< L'usine vomissait des flammes ondoyantes ;
< On travaillait sans cesse, on inventait toujours.
< Des appareils savans invoquant le secours,
( On doublait les produits, en enlevant à l'homme
< Les labeurs réservés à la béte de somme, s L'homme ne devait plus, outil intelligent,
< Qu'imprimer au travail un mouvement utile ;
« Car les bras manqueraient au travail incessant. ( Plus loin dans l'avenir, j'entrevoyais encor « Un moleur fabuleux, en prodiges fertile, a Qui devait effacer, dans son rapide essor. « Tout ce qu'on avait fait et de grand et d'utile. « Cet agent, ... je le vois. . . j'en conçois les effets ! . . .
Le baron s'arrêta ; son regard extatique Sembla s'illuminer d'un rayon prophétique.
II reprit : « C'est alors qu'on verra nos guérels a Produire une moisson en ce jour inconuue.
« L'homme s'honorera de guider la charrue.
Industriel expert, savant agriculteur,
a Aux seuls épis dorés qui chargeront son aire
a II ne bornera plus le fruit de son labeur.
« De l'usine, les champs seront l'auxiliaire.
« Ces produits luxueux qu'au tropique brûlant
c Des esclaves, courbés sous le fouet menaçant.
c Préparent pour le riche et les heureux du monde,
« Saus esclaves, la Flandre, un jour avec orgueil,
« Les tirera nombreux de sa terre féconde.
« L'Inde, si florissante au soleil qui l'inonde,
« Gémira sur ses champs et ses cases en deuil
« Et cherchant d'où lui vient cette atteinte fatale,
« Quel ciel plus chaud encore éclaire sa rivale,
« Elle verra, du monde hyperborée, un coin
« Inaperçu, petit, que le brouillard efface,
« Où tout se meut, s'agite, au fond, à la surface.
« Active fourmillière où chacun avec soin,
« Aidant au bien commun, avec prudence amasse
a Et par sa propre force a vaincu le besoin.
« Le besoin ! mais partout disparaîtra sa trace.
« Sur la hutte du pauvre on verra se dresser
« Des villages nombreux, des villes populeuses,
« Où les hommes pourront à peine s'entasser.
« La Flandre reverra ses fêtes si joyeuses,
« Ses splendides banquets et ses marches pompeuses ! M
« Entendez-vous, enfans, ces cris, cette clameur,
« Qui se produit au loin et que l'écho répète !
« N'est-ce pas un triomphe ou le bruit d'une fête ? »
Mais Blanche et Sigefroi sentirent dans leur cœur
Un frisson se glisser. Oh ! l'excès du malheur
Aurait-il abattu cette tète si forte ?
Pensèrent-ils ; mais non, bientôt le vent leur porte
Des cris plus rapprochés. Puis un nouveau frisson
Les parcourt, et tous trois, attentifs, sans haleine,
Ils écoutent encore, ils respirent à peine.
« Le moment est venu, dit enûn le baron ;
« Car ces acceus joyeux, cette clameur soudaine
« Est un triste signal. Le peuple du domaine
« Salue un nouveau maître. Ainsi, dans tous les tems,
« L'homme s'attache au char de celui qui s'élève.
n Ici doit donc finir mon bonheur et mon rêve '
j Mais avant de quitter le toit de mes ayeux,
< Autant qu'il est en moi, je dois vous rendre heureux . « Au jour de ton hymen, ma Blanche bien aimée,
« Je voulais sur ton front fixer un rameau d'or,
« Et je n'y puis placer qu'une fleur embaumée.
« Oh! tous deux sur mon cœur, venez, venez encore. »
On vit, en cet instant, un cortège eu tumulte Envahir le perron et les cours du château. Des chants et des accords tintaient comme l'insulte. Un char jonché de fleurs, pavoisé d'un drapeau Etait surtout l'objet de ce culte nouveau.
Enfin la porte s'ouvre aux cris de la cohue. Elle entre ; mais bientôt sa joie est contenue : Un tableau solennel la frappe et la saisit. Aux genoux du baron, ses enfans, l'âme émue, Arrosent de leurs pleurs la main qui les bénit. Pour prier avec lui dans un humble silence, Aux pieds du pauvre noble on s'était prosterné ; Un eut dit qu il était toujours environné Du prestige qui plane autour de la puissance.
« Que vouiez-vous de nous, dit enfin le baron,
< Pourquoi ces cris joyeux, au jour que j'abandonne, « Malheureux fugitif, cette triste maison ?
« — Seigneur, que votre caeur uous aime et nous pardonne
« Il fallait, disiez-vous. pour fêter l'union
« De noire belle reine, une riche couronne
■■< Digne de ses vertus, digne de votre nom.
« Celle que vous cherchiez et que le ciel lui donne,
« Nous l'apportons, seigneur: ce char qu'on environne.
« Où flotte, orné de fleurs, votre vieux fanion ;
« Autour duquel la joie éclate et tourbillonne,
'( Il contient, gloire à vous, notre premier charbon ! » (1)
(1) Cette pièce n'a point concouru pour le prix proposé par la société de Valenciennes ; elle ne le pouvait pas, aux termes du règlement, M. Audenelle étant membre titulaire, alors qu'il la lut à la société.
Quelque chose d'analogue au dénouement de ce poème est arrivé à Jacques Désandrouin dans son château de Fresnes. Ce fait nous a été raconté par M. Taffln de Givenchy qui le tenait du marquis Désandrouin, fils de Jacques.
PIÈCES JNJSTOIKDMWE!
V I È Cl E S JUSTIFICATIVE S.
Mils et Déclarations du Roi, Arrêts du Conseil d'État, Ordonnances
des Intendants, et autres pièces justificatives
de 1413 à 1791.
fo^.yj^.^l.p^ .yj ■JtiU)^ y ^.y'.y/i'y S y y, y. y. '.y -ij'iJ*'» yi y- yl.y) y; ..l.y.yj.y. y, y y jV ^ -J y l y. y, yj ^ ^yj y) (wl y)yl .J (yj ^
sa «P ôs'# ss'fep^s ©p (^"sp g® ®p ôs e® as «P,i
, >ÎP && *P fôà "#" SS '4p (W