‹ Histoire de la RédemptionChapitre 10 sur 30 · SONGE DE JOSEPH · texte numérisé non relu

SONGE DE JOSEPH

Retournons maintenant près de la Vierge pieuse de Nazareth. Le mystère s'était accompli, ainsi que l'ange le lui avait annoncé. Or, Joseph, son époux, ayant appris son état, et ne sachant pas quelle en était l'origine, craignit qu'on ne lui infligeât la punition des épouses infidèles. Comme il était bon et juste, il résolut, pour éviter un tel malheur, de la renvoyer en secret. Mais lorsqu'il était dans cette pensée, voilà qu'un ange du Seigneur lui apparut en songe, et lui dit : t Joseph, fils de David, ne craignez point de retenir Marie pour votre femme ; en effet ce qui est formé en elle vient de la vertu divine et du Saint-Esprit. Elle enfantera un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus ; car il sauvera son peuple en le délivrant de ses péchés. » Joyeux de

savoir la Vierge, sa fiancée, aussi pure qu'il était accoutumé a le croire, Joseph, dès qu'il fut éveillé, suivit les injonctions divines, et conserva Marie pour épouse. Mais il savait que le Ciel se l'était réservée ; aussi la respccta-t-il, et demeura- t-elle consacrée à Dieu pendant toute sa vie. (1)

« A quelle épreuve, s" écrie le grand évêque de Meaux, Dieu ne met-il pas les aines saintes ! Joseph se voit obligé à abandonner , comme une épouse infidèle, celle qu'il avait prise comme la plus pure de toutes les vierges ; et il était prêt à exécuter une chose si funeste à la pureté de la mère et à la vie de l'enfant. Car ne pouvant être longtemps sans découvrir la grossesse de la sainte Vierge, que pouvait-il faire l'ayant aperçue, sinon de la croire une grossesse naturelle? Car de soupçonner seulement ce qui était arrivé par l'opération du Saint- Esprit, c'était un miracle dont Dieu n'avait point encore donné d'exemple, et qui ne pouvait tomber dans l'esprit humain.

« Il était juste; » et sa justice ne lui permettait pas de demeurer dans la compagnie de celle qu'il ne pouvait croire innocente. Tout ce qu'on pouvait espérer de plus doux de la bonne opinion qu'il avait conçue avec raison de sa chaste épouse, était comme il le méditait, « sans la diffamer, de la ren-

(1) Voyez S. Matthieu, i, 18-25.

voyer secrètement. » C'était, dis-je, ce qu'on pouvait espérer de plus doux ; car pour peu qu'il se fût livré à la jalousie, qui est « dure comme l'enfer, » à quel excès ne se fût-il pas laissé emporter ! Sa justice même l'aurait flatté dans sa passion ; et sous une loi toute de rigueur il n'y a rien qu'il n'eût pu entreprendre pour se venger. Mais Jésus commençait à répandre dans le monde l'esprit de douceur, et il en fit part à celui qu'il avait choisi pour lui servir de père.

« Joseph, le plus modéré comme le plus juste de tous les hommes, ne songea seulement pas à prendre ce parti extrême, et voulait seulement quitter en secret celle qu'il ne pouvait garder sans crime. Cependant quelle douleur de se voir trompé dans l'opinion qu'il avait de sa chasteté et de sa vertu ! de perdre celle qu'il aimait, et de la laisser sans secours en proie à la calomnie et à la vengeance publique ! Dieu lui aurait pu éviter toutes ces peines, en lui révélant plus tôt le mystère de la grossesse de sa chaste épouse ; mais sa vertu n'aurait pas été mise à l'épreuve qui lui était préparée ; nous n'eussions pas vu la victoire de Joseph sur la plus indomptable de toutes les passions ; et la plus juste jalousie qui fût jamais n'eût pas été renversée aux pieds de la vertu.

« Nous voyons par le même moyen la foi de Marie. Elle voyait la peine qu'aurait son époux, et tous

les inconvénients de sa sainte grossesse ; mais, sans en paraître inquiétée, sans songer à prévenir ce saint époux, ni à lui découvrir le secret du Ciel, au hasard de se voir non seulement soupçonnée et abandonnée, mais encore perdue et condamnée, elle abandonne tout à Dieu, et demeure dans sa paix.

« Dans cet état, « l'ange du Seigneur fut envoyé à Joseph, et lui dit : Joseph, fils de David, ne craignez pas de prendre avec vous Marie votre épouse ; car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit. » Quel calme à ces paroles ! quel ravissement ! quelle humilité dans Joseph ! Laissons-le concevoir à ceux à qui Dieu daigne en donner la connaissance.

« Elle enfantera un fils , et vous lui donnerez le nom de Jésus. Pourquoi ce nom ! Vous n'en êtes pas le père ; il n'a de père que Dieu ; mais Dieu vous a transmis ses droits; vous tiendrez lieu de père à Jésus-Christ; vous serez son père en effet d'une certaine manière , puisque, formé par le Saint-Esprit dans celle qui était à vous, il est aussi à vous par ce titre. Prenez donc, avec l'autorité et les droits de père, uu cœur paternel pour Jésus. Dieu, t qui fait en particulier tous les cœurs des hommes , » fait aujourd'hui en vous un cœur de père : heureux , puisqu'en même temps il donne pour vous à Jésus un cœur de fils ! Vous êtes le vrai époux de sa sainte Mère ; vous partagez avec elle ce Fils bien aimé et les grâces qui sont attachées à

son amour. Allez donc , allez donc ; à la bonne heure nommez cet enfant ; donnez-lui le nom de Jésus pour vous et pour nous, afin qu'il soit notre Sauveur comme le vôtre. » (1)

« Joseph, fils de David, dit encore Origène, fils de celui qui a reçu les promesses, fils de David selon l'esprit encore plus que selon la chair, vous qui verrez la réalité de ce dont votre père a eu la prophétie : « Ne craignez point ! » Dieu vous a choisi pour être confident de ses desseins. Recevez Marie, non point selon la coutume des noces ordinaires , mais comme un trésor céleste , comme l'abrégé de tous les dons d'en haut, comme la demeure du Fils unique de Dieu, comme un temple consacré au Seigneur, comme la maison sans tache du divin Époux. Que votre humilité ne s'effraie pas; elle est confiée à votre piété ; prenez soin d'elle : « Ce qui est en elle est l'œuvre du Saint-Esprit. Elle mettra au monde un fils, et vous l'appellerez Jésus.» Les temps que les prophètes avaient annoncés sont arrivés. Vous savez qu'il avait été dit : « Une vierge concevra et enfantera un fils. » Et voila que vous voyez l'accomplissement de ce que vous avez si longtemps attendu : « Il délivrera son peuple de la captivité du péché. » Il sauvera non seulement la nation juive, mais encore toutes les nations ; car

(1) Bosscet, Élévations sur les Mystères, xvi semaine.

elles appartiennent au Verbe et par droit de création et par droit d'héritage, suivant ce qu'il est écrit : « Je vous donnerai les nations pour héritage. » (1)

Les réflexions de S. Jean Chrysostonie ne sont pas moins remarquables :

« Il fallait, dit ce grand docteur, qu'aux approches de la grâce du Sauveur il parût déjà beaucoup de marques d'une plus grande perfection que tout ce qu'on s'était imaginé de plus parfait sur la terre. Comme lorsque le soleil se lève l'orient se colore dune vive clarté, avant même que les premiers rayons du jour aient atteint l'horizon, de même Jésus-Christ, sur le point de sortir du sein de la Vierge, éclairait déjà le monde avant que de naître. C'est pourquoi, avant même ce divin enfantement, les prophètes ont tressailli de joie dans le sein de leurs mères, les femmes ont prophétisé, et Joseph a fait paraître une vertu surhumaine. »

S. Jean Chrysostome s'est encore demandé pourquoi l'ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, et non pas manifestement comme aux pasteurs, à Zacharie, à la Vierge.

« C'est, dit-il en se répondant à lui-même, que Joseph avait] beaucoup de foi, et n'avait pas besoin d'une révélation plus claire. Pour la Vierge, comme

(1) Postula a me, etdabotibi génies hscreditatem tuam.

on lui devait dire des choses plus grandes et plus incroyables que ce qu'on avait dit à Zacharie, il fallait qu'on les lui annonçât avant qu'elles s'exécutassent, et par une révélation manifeste. Les pasteurs aussi, comme plus grossiers, avaient besoin d'une vision très claire. Mais Joseph, ayant déjà vu la grossesse de Marie, et ayant conçu des soupçons 1res fcîcheux, et étant tout prêt à changer sa douleur en joie, si quelqu'un lui en donnait l'ouverture, il reçoit de tout son cœur la révélation de l'ange.... Cette conduite de la Providence a été infiniment sage, puisqu'elle a servi à faire voir l'excellence de la vertu de Joseph et à rendre l'histoire évangélique plus croyable en le représentant agité des mêmes mouvements dont tout homme eût été susceptible en pareille rencontre. »

«Joseph reçut son épouse, ajoute Ludolphe, c'est à dire qu'il commença de mener dans la société de Marie une vie plus angélique qu'humaine, plus céleste que terrestre, c'est à dire que de ce mariage l'unanimité de l'esprit fut le seul lien, et que, suivant S. Augustin, l'Esprit saint fut de tous les deux l'amour conjugal. Mais tant que Marie porta dans son sein le Verbe incréé, Joseph n'osa pas porter les yeux sur son visage tout rayonnant d'un céleste éclat. » (1)

(1) Ludolphe-le-Chartreux, Vie de noire Seigneur Jésus- Christ , Doutes de S, Joseph,

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