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NAISSANCE DU FILS DE DIEU

• Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! » Ainsi chantaient les légions du ciel; aussi les nations se réconciliaient, et tous les peuples vivaient unis, lorsque le prince de la paix vint au monde, comme l'avait prédit le prophète Isaïe (1) : « Ils feront de leurs glaives des socs de charrue, et de leurs javelots des serpes pour émonder la vigne. Un peuple ne lèvera plus le glaive contre un autre peuple, et ils ne penseront plus à la guerre. » David aussi

(1) Isaïe, ii, à. — Voyez aussi Michée, iv, 7. — Isaïe, ix. — Ezkchiel, xxxix. — Osée, ii, 18. — Zacharie, ix, 10. — Nous trouvons aussi dans les Pouranas des Hindous l'attente d'un Rédempteur, roi de la paix, qui, né d'une vierge, à la fin de la période sacrée de 4320 années lunaires, se chargera du lourd fardeau des péchés, et mettra fin à la domination des démons et des Daityas.

chantait cet heureux jour : « Pendant sa vie naîtra la justice et la plénitude de la paix. »

Les saints Pères ont tous appliqué ces prophéties à la venue du Messie. Nous citerons seulement Origène, S. Ambroise, S. Jérôme, S. Augustin et Orose (1). Et depuis lors la sainte tradition de la paix générale qui régnait parmi les peuples àl'avénement du Sauveur du monde s'est conservée dans tous les siècles chrétiens.

Suétone , dans la Vie d'Octave , ch. xxn , dit que le temple de Janus avait été fermé deux fois depuis la fondation de la ville universelle jusqu'au temps de César Auguste. Sous Numa, il resta fermé pendant quarante-trois ans. 11 le fut ensuite après la fin de la seconde guerre punique, ou si l'on veut sous le consulat de C. Manlius Torquatus et de C. Attilius Balbus II, an 519 de la fondation de Rome ; et , selon quelques-uns, il fut rouvert la même année. Mais Auguste lui seul le ferma trois fois : la première fois après la victoire remportée sur Antoine et après la mort de ce redoutable rival, 725 de la fondation de Rome, pendant qu'il était consul pour la cinquième fois et que Sextus

(1) Voyez Origène contre Celse, livre n. — Eusèbe, Préparation évangélique, livre n, chapitre 4, et Démonstration évangélique, livre ni, chapitre 7. — S. Jérôme, sur le chapitre n d'haïe. — S. Acgcstin, Cité de Dieu, livre xvm, chapitre AG. •— Ohose, Histoire ecclésiastique, livre vu, chapitre 2.

Aquiléius l'était avec lui ; la seconde fois après la fin de la guerre de Cantabrie, an de Rome 729, sous son neuvième consulat, avec M. Julius Silanus, comme on le voit dans Dion Cassius (1) et dans Orose (2). Mais le Sauveur ne peut être venu au monde à aucune de ces deux époques, puisqu'il n'était encore qu'un jeune enfant à la mort d'Hérode, an de Rome 750 : il naquit donc à l'époque de la troisième paix arrivée sous Auguste.

Dès l'année Ikk, le sénat ordonna par un décret de fermer le temple de Janus. Mais Dion Cassius et Velléius Paterculus (3), son contemporain, nous apprennent les raisons qui ne permirent pas encore de l'exécuter : ce furent des troubles chez les Daces, la défection des Dalmates, des mouvements continuels chez les Germains. Les deux premiers peuples furent vaiucus par Tibère l'an Ikk, et forcés au repos. Drusus fut tué eu 1U5 en combattant les Germains, et par l'ordre d'Auguste le commandement passa à Tibère, qui fut chargé d'en finir avec eux. C'était en l'an 746 de la fondation de Rome, d'après le récit de Velléius Paterculus, que Tibère parcourut en vainqueur toutes les contrées de la Germanie, et condamna l'Allemagne au repos et à

(i) Voyez Dion Cassius, livre lui, chapitre 26.

(2) Voyez Orose, livre vr, 21.

(3) Voyez Velléius Paterculus, livre n, chapitre 97, —et Dion Cassius, livre liv, chapitre 36, 1, lv, 6.

la paix, comme une province tributaire, sans que l'armée qui lui était confiée éprouvât de grandes pertes.

Le peuple qui avait reçu d'en haut la mission d'être le propagateur du Christianisme par un effet tout particulier de la Providence abandonna le théâtre de la guerre, et donna au monde soumis la paix universelle.

Chose merveilleuse ! lorsque le Sauveur naquit, toutes les nations de la terre jouissaient de cette paix pour célébrer sa venue. Tous étaient réunis en silence en un seul et même peuple, pour se préparer à reconnaître tous le royaume spirituel du Christ. Mais lorsque le nouveau roi naissait et grandissait dans la modeste solitude de Nazareth, se préparant à cette grande œuvre , les Germains, qui étaient destinés à former la monarchie chrétienne, rompirent leurs fers, et les héros du Nord, sortant de leurs forêts, commencèrent leur marche victorieuse contre Babyloue, couverte du sang des martyrs et des saints.

Au neuvième mois de la grossesse de la mère de Dieu parut l'édit du roi Hérode , au nom de l'empereur Auguste, ordonnant à chacun de se faire inscrire soit dans sa maison paternelle, soit dans la ville où il était né, afin qu'on pût connaître le nombre des habitants du royaume. C'était le second dénombrement de l'empire fait sous Au-

guste, mais c'était le premier pour la Judée ; et dans l'ordre du temps il tient exactement le milieu entre l'an 726 et l'an 767 de la fondation de Rome.

Les enfants d'Israël étaient partagés en tribus et en familles ; c'est ainsi qu'ils avaient été comptés lors des dénombrements faits par Moïse et par David ; et cette division fut conservée tant qu'ils formèrent un peuple gouverné par des rois ; c'est ainsi qu'ils étaient groupés lorsqu'ils partirent de Babyione, et les tribus et les familles qui revinrent alors, et que désignent les livres d'Esdras et de Néhétnie, formèrent le point d'appui de leurs généalogies actuelles. On voit donc reparaître après la captivité non seulement les noms des tribus et des familles, mais encore les anciennes limites territoriales. Sans doute ceux qui étaient restés en exil dans les pays d'au-delà de l'Euphrate, à cause de leurs mariages avec les femmes païennes, perdirent plus tôt le souvenir de leur origine particulière ; mais la distinction des tribus était encore du temps du Christ parfaitement présente à l'esprit de ceux qui étaient revenus habiter la Palestine. Elle n'était pas seulement la base constante de leurs espérances, comme peuple de Dieu ; on peut remarquer que dans le Talinud lui-même on a encore égard à l'existence persistante des douze tribus en exposant la constitution judiciaire des Juifs, ce qui

était important à cause du droit d'héritage fondé sur l'origine des familles.

La distinction des races et des tribus formait donc la base de l'état hébreu ; c'est pour cela que, lorsqu'on ordonnait un dénombrement du peuple, chacun était tenu de se faire inscrire dans le lieu de sa naissance. Mais, comme nous le pensons, en même temps qu'on fit le dénombrement dont nous avons parlé, on demanda l'hommage au roi Hérode, vassal de l'empereur Auguste, et Bethléem fut un des lieux de réunion désigné au peuple pour prêter le serment ; c'est pour cela que ce qui restait encore des descendants de la maison royale de David fut sommé par Hérode de se rendre à Bethléem ; et le tyran peut être raisonnablement soupçonné d'avoir dès cette époque, précisément après qu'il venait de faire mourir les derniers rejetons de la famille des Machabées et même les enfants qu'il avait eus de l'infortunée Mariamne, accusés d'avoir aspiré au trône et pleuré leur mère, d'avoir, dis-je, trouvé là, avec bonheur, l'occasion de sacrifier aussi les derniers des descendants de David à sa haine contre les Juifs. Peut-être formait-il déjà le projet de se défaire d'eux en les rassemblant, pour anéantir tout d'un coup les espérances des Juifs en un roi qui devait bientôt venir de la tribu de Bethléem, et voulait-Il se débarrasser des derniers rivaux que son esprit soupçonneux lui faisait redouter. D'après

la coutume juive, l'inscription des femmes n'était point à la vérité exigée ; il paraissait donc superflu que Marie fit aussi le voyage ; mais Denys d'Halicarnasse (1) nous apprend que, d'après les règles du recensement romain, les femmes n'en étaient point exclues.

Les femmes, les jeunes garçons et même les jeunes filles furent, surtout dans les provinces, appelés à se présenter, d'après le témoignage de Lactance (2). Chez les mahométans, sous Abdel- Mélek, on fit aussi un dénombrement en Syrie en s'y prenant de cette manière. Mais il est extrêmement remarquable que Tite-Live parle d'un pareil recensement qui eut lieu chez les Romains quelque temps déjà avant le Christ, et lors duquel chaque citoyen romain , sous peine de confiscation , d'amende et d'exclusion de sa tribu, devait se faire inscrire dans sa ville, et ne pouvait se faire remplacer par un autre.

Joseph et Marie vinrent donc à Bethléem, la ville de David, qui, à cause de sa situation au milieu d'une des contrées les plus renommées et les plus fertiles du pays, et pour la distinguer de la ville du même nom dans le royaume d'Israël, s'appelait Ephrata, c'est à dire la fertile (3), où une foule

(1) Voyez Dbnysd'IIalicarnasse, Antiquités romaines, iv, 15.

(2) Voyez Lactance, Mort des persécuteurs, chapitre xxiii.

(3) « Une des plus célèbres villes de l'Écriture, dit le docteur

nombreuse était déjà rassemblée. Mais comme ils ne trouvèrent point de place à l'auberge dans de telles circonstances, tant à cause de la multitude des étrangers qu'à cause de leur pauvreté, ils furent obligés de coucher en plein air et de s'éloigner des portes de Bethléem, car Roboam avait fortifié le bourg par des murailles qui l'entouraient, et en avait fait une ville. A l'entrée de cette ville, on voyait sous un palmier le tombeau de Rachel, à l'endroit où elle était morte après avoir mis au monde l'enfant de ses douleurs , la fontaine où les

Rohr, est Bethléem, autrefois Ephrata, remarquable par la naissance de Jésus-Christ. Elle est située sur une petite hauteur , à un myriamètre au sud de Jérusalem, dans une contrée très fertile en vins, figues et blé. De là son nom de Bethléem, maison du pain. » (Roua, la Judée au temps de Jésus-Christ, traduction Cottard, coup d'œil général sur le pays.) « Bethléem, dit un autre écrivain, est la ville la plus poétique de la Judée , Là, dans ce coin de terre, un enfant qui a rempli le monde de sa parole et de sa puissance morale est né pour accomplir les destinées du genre humain, n'ayant pour lit qu'un peu de paille, et pour palais qu'une misérable étable. Là naquit David, enfant qui commença par garder les troupeaux de son père pour devenir plus tard roi d'Israël ; là s'accomplit la touchante églogue de Noémi, de Ruth et de Booz; là vécurent ces illustres patriarches aux mœurs pures dont l'histoire et la Bible nous ont conservé les noms. C'est Abisson, c'est Obed, c'est Jessé.... En ce qui est du nom même de Bethléem, la tradition rapporte qu'il vint d'Abraham et que cette ville fut nommée Ephrata, la fructueuse, la féconde, pour la distinguer d'une autre ville du même nom située dans la tribu de Zabulon. Be-

trois héros puisèrent de l'eau pour désaltérer David, et plus loin se trouvaient des cabanes de bergers isolées et dispersées dans les champs. Cependant ceux qui cherchaient en vain un abri se dirigèrent vers Hébron.

David, le fils d'Isaî, lorsqu'il parvint au trône, s'était fait bâtir un palais à Bethléem, qui avait été son berceau, où il avait fait paître les moutons de son père et où il avait été ensuite sacré roi par Samuel. Les habitants des environs l'appelèrent plus tard Birath-Ârba, ou le vieux palais du roi. Il tomba en ruines après le départ des enfants de Juda

thléem est située à l'angle d'une colline dont la ville occupe les deux versants est et nord-est. Tout le pays environnant est hérissé de collines, et à quelque distance de la ville se dressent les hauteurs de Moah, derrière lesquelles on aperçoit la mer Morte, où s'accomplirent les fatales destinées de Sodome et de Gomorrhe. Toute la ville est bâtie sur un monticule, qui domine au sud la vallée profonde de Wady-Famarah. La colline du midi est couverte d'oliviers clairsemés sur un terrain rougeâtre hérissé de cailloux. La colline du nord porte des figuiers sur un sol semblable à celui de l'autre colline, mais la nature est moins âpre, et l'on revoit au moins un peu de verdure. Les champs, irrégulièrement coupés selon l'étendue des héritages, sont parfois enclos de murs, et paraissent mieux cultivés. En général le pays offre un aspect pittoresque. D'un côté on voit les montagnes de la Judée, de l'autre, au-delà de la mer Morte, les montagnes de l'Arabie Pétrée, et à mesure que l'on approche de la ville la perspective devient plus riante et plus variée. • (Le Litre d'Or, Bethléem.)

pour la captivité ; il paraît avoir longtemps encore servi d'abri aux voyageurs et aux bêtes de somme. C'était donc une espèce de caravansérail, selon l'usage de l'Orient. Les bergers s'y réfugiaient alors avec leurs troupeaux, aussi bien pour s'y mettre à l'abri de la chaleur dans les souterrains et les pièces voûtées que pour s'y préserver de la pluie et des vents froids et y passer la nuit. En effet la Palestine est un pays tout couvert de roches crayeuses, et rempli de cavernes et d'excavations souterraines. Des milliers de maisons sont construites dans de semblables grottes, et ainsi David pouvait avoir déjà fait entrer ses troupeaux dans ces souterrains et y avoir chanté l'hymne du bon Pasteur, comme il chanta plus tard ses cantiques dans la grotte du rocher d'Odollarn (1). La tour de David était devenue l'abri des troupeaux des filles de Sion ; c'est dans ce lieu que devait s'accomplir la promesse faite à Bethléem de donner naissance au Messie (2).

(1) Voyez Psaumes xxn, lvi et cxli. — Rai;mer, la Palestine, 39-43, 63. — « La Palestine, dit Schubert, est un pays de cavernes. Depuis les temps les plus reculés les habitants ont encore augmenté le nombre de ces grottes, pareequ'ils aiment a s'y loger comme les pigeons dans le creux des rochers. Dans beaucoup d'endroits les maisons sont tellement adossées aux rochers que les cavités peuvent servir de chambre ou d'étables. » (Schubert, Voyage en Orient, m, 110. — Voyez aussi Rohr, la Judée au temps de Jésus-Christ.)

(2) C'est du moins l'opinion du docteur Sepp, qui pense que la grotte de la Nativité faisait partie du palais ruiné de David.

C'est là que se réfugièrent Joseph et Marie; la Vierge avait probablement cherché à atteindre Hébron avec ses bêtes de somme, pour y accoucher chez sa parente. Elle mit au monde le Fils de Dieu dans la grotte souterraine, l'enveloppa avec des langes et le déposa dans une crèche. Elle avait alors quatorze ans. (1)

Le Christ naquit donc dans la pauvreté, parmi les ruines de l'antique maison royale de David, au fond d'une caverne.

Remarquez comment paraît au milieu du monde celui qui vient de Dieu, et dont l'ange a dit qu'il prendra possession du trône de David, son père, pour régner éternellement. Joseph n'avait pas de maison. Dans l'auberge même, comme on a pu le remarquer, il n'y avait pas de place pour lui et pour Marie ; et personne ne consentit à leur donner l'hospitalité. Le Sauveur, le grand Roi, vint au monde dans une étable , et sa mère l'enveloppa elle-même de langes, et une crèche (2) lui servit de berceau (3). Telle était la volonté de Dieu et de son Fils : celui qui devait donner le salut au monde voulait avant tout devenir le compagnon de l'indigence et de la pauvreté.

(i) C'est le calcul du docteur Sepp.

(2) Mangeoire des bestiaux.

(3) Voyez S. Matthibv, i, 18-25.

Cependant, au milieu de cette pauvreté extérieure, l'origine céleste et la dignité du nouveau-né ne restent pas sans témoignages. Des bergers veillaient au milieu des champs près de leurs troupeaux. Un ange leur apparaît ; une lumière éclatante les environne ; ils sont épouvantés. Et l'ange leur dit : Ne craignez pas ; je vous annonce une grande joie. Aujourd'hui dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, le Christ, l'objet des désirs et de la longue attente des nations. Allez ; vous trouverez un enfant enveloppé de langes. Quand il eut prononcé ces paroles, une troupe nombreuse de l'armée céleste se joignit à lui tout à coup, louant Dieu et disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ! »

Les bergers se dirent ensuite les uns aux autres : Allons à Bethléem, et voyons-y ce que le Seigneur nous a fait connaître. Ils y allèrent, et trouvèrent Joseph et Marie, et l'enfant dans la crèche. Après l'avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été dit sur cet enfant, et chacun écoutait avec étonnement le récit des bergers. Or Marie ajouta les paroles des bergers à tout ce qui lui avait été dit précédemment, et elle conservait tous ces souvenirs au fond de son cœur. (1)

(1) Voyez S. Luc, n, 1-7.

Ce furent donc des bergers pauvres, mais simples et bons, qui eurent les premiers connaissance de la naissance du Christ, du Seigneur et Sauveur du monde. Juste providence de Dieu ; car le nouveau-né venait apporter aux pauvres la bonne nouvelle de l'Évangile, lui qui devait être le Sauveur des hommes de bonne volonté. Ces pasteurs indigents accueillaient cette nouvelle avec une joie plus vive que n'aurait été celle des riches et des heureux du monde, qui n'avaient pas leur piété cordiale et sincère. Ils chantaient les louanges de Dieu, et se réjouissaient de toutes les merveilles qu'ils avaient entendues et qu'ils avaient vues. (1)

Certains esprits singuliers ont voulu se donner l'apparence d'une science remarquable en plaçant la naissance du Sauveur dans un des mois de la chaude saison d'été, par ce motif que dans l'hiver les chemins étaient bien rudes pour voyager, et les nuits trop froides pour qu'à une pareille époque de l'année les troupeaux pussent passer les nuits couchés en plein air avec les bergers.

Mais quelques explications suffiront pour renverser cette bizarre hypothèse.

Il y avait en Palestine (2) deux saisons qui pou-

(1) Voyez S. Luc, n, 8-9.

(2) D'après la Gémara, traité Schabbath, fol. Ii5, et Bezah, fol. AO. — Non potant et mactant pecora eremi, sed potant pe-

vaient interrompre le pacage des animaux dans les champs. Les premières pluies tombaient par averses trois fois répétées dans le mois de marchesvan, ou novembre, les pluies tardives dans le mois de nisan, ou de mars. Le 17 marchesvan les troupeaux revenaient des déserts de Juda et des pâturages de Syrie; mais à Pâques ils retournaient dans les plaines. Les déserts de Ziph, de Tékoa, de Mahon, d'Engaddi et de Jéricho étaient des terrains vagues ouverts à tout le monde. L'Évangile ne parle pas de ces expéditions, mais seulement des bergers qui gardaient le bétail dans les pâturages les plus voisins de Bethléem. Or les voyageurs n'ignorent

cora domestica. Et hœc sunt pecora eremi, ista quœ exeunt pastum tempore paschatis, et domum redeunt ad pluviam primant nempe omnia quae pascuntur in praUs, et ad domos non accedunt. — Taanith, fol. 6. 1. — Tradunt rabbini : pluvia prima est in mense Marchesvan., serotina in Nisan. Quaenam est pluvia prima ? Incipit tertio mensis Marchesvan : média est septimo, ultima decimo septimo. Sic R. Meir; at R. Juda dicit : septimo, decimo septimo, et vicesimo primo. — Nedarim, folio 63, i. — Pluvia prima descendit die decimo septimo mensis Marchesvan : tune armenta redibant domum, nec pastores in tuguriis amplius habitabant in agris. — Babyl. Berachoth, fol. 18, 2. — Audivit semen, ad pluviam primam satum, grandineperditum : ivit ille, et seminavit ad pluviam secundam. — A quoi la Glosse ajoute. — Pluvia prima erat decimo septimo die mensis Marchesvan: secunda die ejusdem mensis vicesimo tertio : et tertia erat in initio mensis Guislev (décembre).

pas (1) qu'après les pluies vers la fin de décembre, on voit déjà reparaître les fleurs dans ces contrées favorisées du soleil. Alors les Arabes font descendre leurs troupeaux des montagnes, et les conduisent de nouveau dans les plaines ; et c'est ce que faisaient les bergers autour de la ville de David. Dans des pays froids eux-mêmes, comme l'Angleterre, comme notre brumeuse Normandie, les troupeaux restent bien presque tout l'hiver dans les champs; Lange en dit autant du Danemark, sa patrie. D'après Cicéron (2), il en était de même pour les bergers dans la Phrygie, la Cilicie et l'Arabie. La Genèse (3) nous permet de le penser aussi de la Mésopotamie : nous devons donc croire qu'il n'en était pas autrement de la terre promise. (4)

(4) Voyez Voyages de Racwolf, i, 418.

(2) Cicérox, de Divinatione.

(8) Voyez Genèse, xxxi, 40.

(4) On voyait dans la plaine de BetLléem la tour d'Edcr ou tour des Troupeaux, où les bergers de la contrée trouvaient un abri, et à laquelle Michée fait allusion selon plusieurs interprètes : « Et toi, tour des Troupeaux, environnée de nuages, le Seigneur viendra jusqu'à toi ! » C'est de la tour des Troupeaux qu'il est dit, dans le Targum de Jonathan : « Là le Messie naîtra! De semblables tours, destinées à la garde, existaient dans toutes les plaines, sur toutes les hauteurs, et dans chaque vignoble, comme nous le voyons dans S. Marc (xii, 1.) : et elles sont encore aujourd'hui indispensables en Arabie, surtout à

Depuis le triomphe du Christianisme l'humble grotte où naquit le Sauveur du monde est devenue un sanctuaire vénéré où les pèlerins cherchent respectueusement le souvenir des grands mystères qui s'y sont accomplis.

« Deux escaliers tournants, composés chacun de quinze degrés, dit Chateaubriand, s'ouvrent aux deux côtés de l'église extérieure de Bethléem, et descendent à l'église souterraine placée sous ce chœur. Celle-ci est le lieu a jamais révéré de la nativité du Sauveur. Avant d'y entrer, le supérieur me mit un cierge à la main, et me fit une courte exhortation. Cette sainte grotte est irrégulière, parcequ'elle occupe l'emplacement irrégulier de l'étable et de la crèche. Elle a trente-sept pieds et demi de long, onze pieds trois pohccs de large, et neuf pieds de haut. Elle est taillée dans le roc; les parois de ce roc sont revêtues de marbre , et le pavé de la grotte est également d'un marbre précieux. Ces embellissements sont attribués à sainte Hélène. L'église ne tire aucun jour du dehors, et

cause des incursions des Bédouins. — On faisait paître entre Jérusalem et Bethléem les troupeaux d'agneaux, de moutons et de jeunes taureaux, destinés aux sacrifices journaliers du Temple. Ils étaient confiés à la garde de ces bergers, qui offraient maintenant les premiers leurs hommages et leurs présents au Sauveur qui venait de naître. C'est la que, réunis autour de grands feux , ils faisaient la veillée.

n'est éclairée que par trente-deux lampes envoyées par différents princes chrétiens. Tout au fond de la grotte, du côté de l'orient, est la place où la Vierge enfanta le Rédempteur des hommes. Cette place est marquée par un marbre blanc incrusté de jaspe et entouré d'un cercle d'argent, radié en forme de soleil. On lit ces mots à lentour :

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