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MASSACRE DE BETHLÉEM

Cependant le dénombrement général du peuple et l'hommage exigé envers les Romains firent éclater dans la ville une révolte contre toutes les mesures arbitraires et hostiles, et contre les maximes révolutionnaires et païennes du féroce tyran iduméen. Tous ceux qui tenaient encore à l'ancienne loi et a la constitution mosaïque, à leur nationalité et au Sanhédrin, qu'Hérode était disposé à mettre à mort; tous ceux qui étaient encore attachés à l'ancienne maison royale de David ou à l'idée maintenant renaissante d'un gouvernement théocratique, tous ceux qui attendaient le Messie s'intéressaient à cette insurrection. Lorsque la nouvelle que le Messie était enfin né et qu'il était à Bethléem se répan-

dit dans tout le pays et mit le peuple en mouvement , Satan s'empara alors d'Hérode , l'ange exterminateur parcourut Jérusalem, le sang des docteurs de la loi qui siégeaient sur la chaire de Moïse fut répandu, comme le racontent Josèphe et les rabbins ; et comme les pauvres bergers de Bethléem ne livrèrent point au tyran leur Sauveur nouveau-né, et ne voulurent point davantage faire connaître le lieu où il résidait, la colère longtemps contenue du tyran éclata. Or tous ceux qui connaissaient son caractère devaient prévoir qu'il se porterait dans son courroux jusqu'aux derniers excès.

Quand Hérode, avec l'aide des Romains, prit possession de Jérusalem et du trône, Antigone, son rival, était prisonnier à Rome; le général romain l'avait remis à Marc-Antoine. Hérode, toujours inquiet, ne pouvant saisir sa proie par la vielence, eut recours à l'argent, et fit tuer un homme vaincu, prisonnier et sans défense, parcequ'il était de la race royale des Asmonéens, dont il pouvait faire revivre les prétentions, s'il venait un jour à briser ses fers. (1)

Un frère de sa propre femme parut plaire au peuple de Jérusalem; Hérode l'immola. (2) Il

(1) Voyez Josèphe, Antiquités judaïques, livre xiv, ch. 16.

(2) Voyez Josèphe, Antiquités, liv. xv, cil. 3» section 3; et Guerre des Juifs, liv. i, ch, 22.

- 2G2 — n'épargna pas l'aïeul de sa femme; c'était un vieillard octogénaire, dont la main l'avait sauvé; Hircan n'avait d'ailleurs, à cause delà douceur de son caractère, donné au tyran aucune inquiétude sérieuse, (i)

Hérode ne s'arrêta pas là ; il fit exécuter publiquement sa femme, la belle et vertueuse Mariamne, et trouva bientôt moyen de faire disparaître Alexandra, sa mère (2). Ses propres fils Alexandre et Aristobule furent étranglés dans une prison; et, cinq jours avant de descendre dans la tombe, il ordonna la mort d'Anlipater, son fils aîné. (3)

L'histoire a prouvé depuis longtemps qu'un prince despote, ombrageux et avide se laisse facilement entraîner à la cruauté. Le plus léger soupçon est souvent dans son esprit la cause d'une fureur que le sang ne peut assouvir. C'est ainsi qu'agit Hérode à Bethléem : « Son esprit plein de frayeur le rendait si soupçonneux que, pour atteindre tous les coupables, dit Josèphe, il exerçait sa rage sur les innocents,... » {h)

(1) Voyez Joskphe, Antiquités, liv. xv, ch. 6.

(2) Joseph b, Antiquités, liv. xv, ch. 7, sect. 5, 6, 8.

(3) Josèphe, Antiquités, liv. Lxvr, ch. 2, sect. Q. — Guerre des Juifs, liv. i, ch. 27.

(4) Josïphk, Guerre desju'fs, liv. i, ch. 19.

Un dernier trait achève de peindre ce caractère atroce. Hérode va mourir. Il donne aux hommes les plus recommandables de la nation l'ordre de se rendre à Jéricho. Après les avoir fait enfermer dans le cirque, il appelle Salomé, sa sœur, et Alexas, son beau-frère, et leur dit: ;<Je n'ai plus que quelques instants à vivre. Je connais le peuple juif, et je sais que rien ne peut lui être plus agréable que la nouvelle de ma mort. Vous avez là des hommes en votre pouvoir; dès que j'aurai rendu le dernier soupir, et avant que le bruit de ma mort soit répandu, faites entrer près d'eux des soldats qui les égorgeront. Ainsi chaque famille pleurera sur ma tombe. » (1)

Pour calmer la rage du tigre mourant, Alexas et Salomé feignirent d'entrer dans ses vues. (2)

(1) Josèphe, Guerre dm Juifs, liv. r, cli. 33, section 3. — Ce dernier trait fait parfaitement comprendre lej massacre des enfants.

(2) Voyez pour tout ce qui regarde le caractère d'Hérode Rossignol, Lettres sur Jésus-Christ, lettre xn, Massacre de Bethléem. — Frédéric dk S. Olbebg, Histoire de notre Seigneur Jésus-Christ, chap. xin et xv. — Voltaire peint Hérode en quelques mots énergiques et vrais : « Chez lui la cruauté devint une seconde nature , un besoin toujours renaissant , comme dans les tigres le beioin de dévorer pour vivre. » (Voltaire, Philosophie de l'histoire.) — Le célèbre historien protestant Néander ne peint pas Hérode sous des couleurs moins sombres. « Des atrocités commises contre tout sentiment d'hu-

Maintenant que nous connaissons le caractère du tyran de Jérusalem, nous ne serons pas surpris de la barbarie que sa colère lui inspira. Il donna l'ordre d'égorger sans pitié tous les jeunes garçons qui étaient encore à la mamelle; car chez les Juifs on allaitait jusque dans la troisième année (1); et tandis que les enfants à la mamelle roulaient dans le sang, leurs pères et leurs mères, qui par leur silence avaient assuré la fuite de leur Sauveur, furent égorgés par les meurtriers que le roi avait déchaînés.

Ainsi s'accomplit ce que le prophète Jérémie avait prédit, lorsqu'il dit : « On entend de grands cris dans Rama; ce ne sont que pleurs et lamentations ; Rachel pleure sur ses enfants, et ne veut pas être consolée, pareequ'ils ne sont plus. »

Cependant l'unique résultat du soulèvement du peuple juif fut que, pour cette fois, le recensement ne fut pas poussé plus loin. Mais lorsque douze ans plus tard le gouverneur romain mit enfin à exécution par la force le recensement dont il était

manité, dit-il, le poussaient toujours à en commettre de nouvelles. » Puis il raconte en preuve les faits que nous avons cités. (Voyez Néander, Vie de Jésus, Massacre des enfants à Bethléem, et Schlosser, Revue historique universelle de l'ancien monde et de sa civilisation, nie partie, chap. 1er p. 261.) (1) Voyez n, Paralipoméncs, xxxr, 16, — n, Machabêes, vu, 27.

chargé, les Juifs se révoltèrent de nouveau, et cette fois-là Judas le Galiléen et le Pharisien Sadoc se mirent à la tête de l'insurrection ; les insurgés s'appelaient Zélateurs, et comme depuis ce moment les séditions se succédèrent sans interruption, elles entraînèrent enfin la ruine du peuple juif.

Un historien païen nous a rapporté l'impression que fit a Rome la barbarie d'Hérode :

Macrobe, en citant les bons mots de l'empereur Auguste, dit que ce prince, ayant appris qu'Hérode, en ordonnant le massacre des enfants de l'âge de deux ans et au dessous, qu'il fit tuer en Syrie, n'avait pas même épargné son propre fils, s'écria qu'il « vaudrait mieux être le pourceau d'Hérode que son fils. »(1)

(1) Macrobe, saturnales, liv. n, ch. à»

Augustus, cum audisset , inter pueros, quos in Syria Herodes, rex Judœorum, infra bimatum jussit interfici, iilium quoque ejus occisuin , ait : Melius est Herodis porcum esse quam puerum. La Judée d'après la division de l'empire romain par provinces faisait partie de la Syrie. — Voyez sur le caractère, les écrits et le témoignage de Macrobe, Colonia, la religion chrétienne autorisée par le témoignage des anciens auteurs païens, chap. vi. — Ce chapitre contient aussi des renseignements sur Chalcidius, que nous avons cité à propos des Mages. — Quant à ce qui regarde l'infanticide que l'empereur Auguste attribue ù Hérode, nous avons fait remarquer qu'il avait troisfds et qu'il les fit mettre à mort tous trois; mais ils étaient déjà grands, et Macrobe ou Auguste s'est trompé sur cette circonstance. 11 ordonna d'étrangler Alexandre et Aristobule, les fils infortunés

Celse, l'ennemi acharné du Christianisme, avait aussi appris des Juifs le massacre des enfants à Bethléem et la fuite en Egypte , car dans Origène, il raconte «qu'Hérodeletétrarque (1), ayant appris la naissance du Ciirist par quelques Chaldéens qui s'étaient mis en route pour aller l'adorer, fit exécuter sur-l-e-champ par ses satellites tous les enfants du même Age de Jésus, pour faire périr d'autant plus sûrement celui-ci, afin qu'il n'arrivât jamais au trône, etc. » (2)

Un écrivain latin nous rapporte une histoire qui montre bien avec quelle anxiété les chefs des nations attendaient le Messie futur. Suétone, historien contemporain, raconte dans la vie d'Auguste

de Mariamne, sur son lit de mort, et déjà livré aux douleurs de l'agonie; il condamna au cordon Antipater, fds de Doris, qu'il avait déjà choisi pour lui succéder et pour être l'héritier du royaume, après avoir, quelques moments auparavant, cinq jours avant sa mort, voulu, dans son désespoir et ses souffrances se tuer lui-même.

(I) Celse confond Hérode-le-Grand avec Hérode le tétrarque. Voyez une note que nous avons mise précédemment sur les princes de ce nom.

(•2) Origène, contre Celse, liv. ch. 58, pag. 373. — Post hsec Celsi Judaeus pro Magis illis evangelicis Chalda>os ait Jesum jactasse pertractos ad suam nativitatem, ut adorarent etiamnum infantem ut Deum : idque indicasse Herodi tetrarcluc. Hune vero missis satellitibus interfecisse quotquot nati sunt eodem tempore, ratum et eum periturum inter exterus, nec perventurum ad œtatem regno idoneam.

que peu de temps avant sa uaissauce la prédiction avait couru dans Rome que la nature enfanterait un roi du peuple romain. Le sénat, effrayé pour la République, décréta, comme Hérode, une espèce de massacre des enfants. En effet, il était défendu à tous les pères de famille d'élever aucun enfant mâle dans le cours de cette année. Cependant les sénateurs dont les femmes étaient grosses firent échouer ce projet meurtrier, chacun d'eux ayant interprété cette haute espérance en sa faveur. » (1) « Hérode, voyant qu'il avait été trompé par les Mages, en fut fort irrité. — Les Mages, il est vrai, avaient promis de revenir; mais il intervint une disposition toute particulière de la Providence qui les en empêcha, puisqu'un ange leur ordonna, de la part de Dieu, de prendre un autre chemin pour retourner dans leur pays. Hérode ignorait eette circonstance, et il regarda comme certain

(1) Siétone, Auguste, ch. 9't. — Sero tandem documents apparaît ostentum illud Augusti potenliam portcndisse. Auctor est Julius Marathus, ante paucos quam nasceretur menses, prodigium Romae faclum publiée , quo denunliabatur regem populi romani naturam parturire. Senatum exterritum censuisse ne quis illo anno genitus educaretur : eos qui gravidas uxores haberent, quod ad se quisque spem traheret, curasse ne senatus consultum ad xrarium deferretur. (Voyez Diox Cassus i. xlv, i, et Joh. Freinshemus, — Supplem, livian., u 67, in loc. l. c. ir. ch. 89 et 90.

que l'intention des Mages avait été de le tromper.

Dans quelle erreur le soupçon téméraire jette ceux qui le conçoivent ! On scrute alors les intentions, on envisage comme indubitables les idées chimériques qu'on se forme. On ne voit pas, on marche en aveugle; aussi l'on se trompe, et l'on se jette dans le trouble. Je n'ai pas été jusqu'à présent étranger à cette faute ; j'y suis tombé fréquemment; mais je fermerai dorénavant les yeux sur les actions d'autrui, et je n'élèverai plus aucun soupçon désavantageux à l'occasion de personne. « Qui donc avait trompé dans cette circonstance? N'était-ce pas Hérode lui-même. Son hypocrisie en avait imposé aux Mages ; il les jugea d'après lui. Il pouvait interpréter plus favorablement l'inexécution de leur engagement; il se fût épargné bien des troubles. Nous devons nous mettre sur nos gardes pour ne pas transformer les meilleures choses en poison. Nous ne serions plus tranquilles, car cette disposition aux soupçons, aux jugements téméraires jette une agitation pénible dans bien des cœurs. Je veux y réfléchir sérieusement, demander pardon à Dieu des péchés nombreux que j'ai commis en se genre, et lui protester de ma résolution de les éviter à l'avenir.

« Hérode, dans le transport de sa colère, prend la résolution de faire périr le Christ. Quel cruel, quel

barbare projet (1) ! La colère est toujours un mauvais conseiller. Ce que dicte une passion vive ne peut être bon. Combien de fois, rendu à soi-même, n'a-t-on pas condamné ce que dans un moment d'irritation on avait médité de faire ! Il est donc avantageux de réprimer nos penchauts, pour n'avoir pas à nous repentir plus tard d'avoir suivi leur impulsion. Il en est, ô mon Dieu, qui dominent en moi; daignez m'aider à les vaincre. » (2)

a Hérode envoya à -Bethléem, et fit tuer tous les enfants depuis l'âge de deux ans et au dessous. — Remarquons l'affreuse cruauté d'Hérode. 11 en veut à un seul enfant, et les fait massacrer tous. Où conduit l'ambition ou toute autre passion, lorsqu'on ne s'attache pas à la dompter ! Je connais, 6 mon Dieu, cette vérité par une triste expérience. Je me rappelle les chutes nombreuses que ma passion dominante m'a fait faire : un abîme appelait un autre abîme ; mais je veux réprimer ce penchant par tout moyen, pour ne plus en devenir la déplorable victime. Je sens qu'il n'y a pas à différer, car avec le temps il jette des racines profon-

(1) ■ Les politiques ne peuvent souffrir qu'on ait éludé leurs habiles prévoyances , qu'on se moque d'eux en les rendant inutiles et qu'on ait pu les tromper. » (Bosslet , Elévations sur les Mystères, le Massacre des Innocents.)

(2) Le P. Avancin, Méditations sur la vie et la doctrine de Jésus-Christ, traduction Marguet, Colère d'Hérode.

des. Quelles précautions ne prend pas Hérode po'ur commettre ce crime ! 1° Il ne tue pas les enfants de sa propre main, mais il envoie des exécuteurs, afin de pouvoir rejeter sur eux, si on l'accuse, toute l'atrocité de cette barbarie ; 2° il les fait tous mourir pour atteindre plus sûrement celui qu'il a en vue ; 3° il ordonne ce massacre non seulement à Bethléem, où il avait appris qu'était né le nouveau Roi, mais dans tous les environs ; 4° il ne se contente pas de signaler ceux qui étaient nés depuis l'apparition de l'étoile miraculeuse , mais encore ceux qui étaient plus âgés. Les enfants de ténèbres sont plus prudents pour le mal que les enfants de lumière pour la pratique du bien. Je prendrai les méchants pour exemple, en ce sens que j'attacherai autant d'importance à la réussite de mon salut qu'ils en attachent à l'heureuse issue de leurs projets criminels.

« Comme Dieu sait, dans ses adorables conseils, tourner à l'avantage de ses élus les crimes même des hommes pervers ! S. Chrysostome observe que ces enfants ne devaient peut-être pas devenir vertueux ; dans ce cas, une mort prématurée était pour eux une grâce insigne. Ensuite cette horrible cruauté, connue à Rome, servit à divulguer la nouvelle de l'arrivée du Messie et du culte que lui avaient rendu les Mages. Votre foi peut seule, ô Seigneur, nous donner aussi le secret de changer

le mal en bien, de le faire servir à votre gloire et à notre salut. Que d'occasions n'en ai-je pas chaque jour, et quel gain ne ferais-je pas si je suivais cette règle! Hélas! j'afr fait bien autrement, j'ai changé le bien en mal; mais je m'en repens de tout mon cœur. » (1)

Cependant si la Providence sait tirer le bien des desseins des méchants, la justice éternelle ne perd pas pour cela ses droits.

o Une voix a été entendue dans Rama ! Une voix a été entendue dans les lieux élevés]; car tel est en hébreu le sens du mot Rama. Une voix a été entendue : elle a pénétré les cieux. Cette voix, c'est la voix du sang des victimes qui, comme autrefois le sang d'Abel, crie de la terre au Seigneur (2). Ce sont les lamentations des misérables mères, dont la plainte s'élève jusqu'à Dieu ; car la voix du pauvre pénètre les nues (3)1 Rachel, l'épouse bien aimée de Jacob, est ici nommée par l'Évangile, parcequ'elle est la figure de l'Église, épouse de Jésus-Christ, qui ne cesse de pleurer avec des larmes amères la mort spirituelle de ces enfants que tue non le glaive de la persécution, elle s'en consolerait, mais la contagion de l'erreur, ou la

(1) Avancin, Méditations, Massacre des Innocents.

(2) Vox sanguinis clamât ad me de terra. {Genèse, iv, 10.) (3)Vox pauperis pénétrât nubes.

séduction du vice. C'est de ceux-là vraiment qu'on peut dire : Ils ne sont plus ! (1)

« 0 voix de l'Église, notre mère, soyez entendue dans les profondeurs des cieux ! pénétrez ces images! le sang de Jésus-Christ immolé pour nous crie et demande miséricorde avec nous. C'est aussi le sang de notre frère ; il n'appelle pas la vengeance, il implore le pardon. Puisse le Dieu qui guérit les malades et ressuscite les morts rendre la vie à tous ceux qui ne sont plus, qui ne vivent plus de la vie de sa grâce; et, consolée, puissiezvous dire : Mon fds qui était mort est vivant de nouveau ; mon fds qui était perdu est retrouvé.

« Pour vous, pauvres enfants sacrifiés par la fureur d'Hérode, vous êtes heureux d'avoir, les premiers, entendu la parole de Jésus -Christ : Laissez venir à moi les petits enfants (2). Les premiers vous y avez obéi ; vous avez souffert pour Jésus, et votre mort a rendu témoignage à celui que votre Louche ne pouvait confesser. Les cieux n'étaient pas encore ouverts , et pour un peu de temps il vous a fallu, suivant la loi de toute créature, descendre dans les limbes. L'Église cependant célèbre par ses cantiques votre doux anniversaire ; elle vous place dans ses fêtes près de Jésus enfant, tout à

(1) Quia non sunt.

(2) Sinite parvulos ad me venire.

côté de Jean, le plus aimé des disciples. A peine nés, sans avoir été tentés, sans avoir combattu, vous êtes déjà couronnés ! Fleurs et prémices des martyrs, qui jouez avec vos palmes devant l'autel de l'Agneau, daignez par votre innocence et votre pureté obtenir à notre misère l'amour de l'enfance de Jésus. » (1)

« Tournons nos voix et nos cœurs aux saints Innocents. Enfants bienheureux, dont la vie a été immolée à conserver la vie de votre Sauveur, si vos mères avaient connu ce mystère, au lieu de cris et de pleurs on aurait entendu que bénédictions et que louanges. Nous donc à qui il est révélé, suivons de nos cris de joie cette bienheureuse troupe, jusque dans le sein d'Abraham. Allons la bénir, la glorifier, la célébrer jusque dans le ciel, saluons avec toute l'Église ces premières fleurs, et écoutons la voix innocente de ces bienheureuses prémices des martyrs. Pendant que nous les voyons comme se jouant de leurs palmes et de leurs couronnes, joignons-nous à cette troupe innocente par notre simplicité et l'innocence de notre vie, et soyons en malice de vrais enfants, pour honorer la sainte enfance de Jésus-Christ. » (2)

(1) Ledoli»he-le-Chartrei;x, Vie de notre Seigneur Jc'sus~ Christ, Fuite en Egypte.

('-2) Bossuet, Elévations sur les Mystères, le Massacre des Innocents.

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