‹ Histoire de la RédemptionChapitre 25 sur 30 · S. ZACHARIE ET SAINTE ELISABETH · texte numérisé non relu

S. ZACHARIE ET SAINTE ELISABETH

Nous avons rapporté dans ce volume les relations principales de Marie avec ces deux saints personnages (3) auxquels elle était unie par les liens du sang. >"ous avons raconté avec quelques détails la visite qu'elle leur lit avant la naissance du Fils de Dieu et rapporté les opinions des savants sur le lieu de leur résidence, que le récit évangélique place dans les montagnes de la Judée.

(1) Voyez S. Épiphane, Antidote contre les hérésies, lier. 78, ch. 8. — Nous avons rapporté sur ces deux sœurs ce qui nous a paru le plus probable. L'absence de documents sur ce point ne permet pas d'arriver à des résultats incontestables.

(2) Voyez S. Matthieu, xnr, 53 ; — S. Marc, vi, 3. — C'est à tort qu'on dit que le mot sœur ne signifiait jamais parente. — Voyez HrnÉ, Dictionnaire de philologie sacrée, art. Soror.

(3) Lue tris ancienne tradition donne lieu de croire que Zacliarie fut mis à mort par ordre d'Hérode. (Voyez Tillemost, Mémoires, S. Jean-Baplistc, note v, sur la mort de Zacbarie.)

Les traditions locales, si elles sont bien conservées, porteraient à croire que le séjour de Zacharie et d'Elisabeth était où l'on trouve maintenant le village de Saint-Jean-du-Désert (1). Le P. de Géramb a recueilli ces pieux souvenirs avec le plus grand soin :

« Le village de Saint-Jean est éloigné de deux

lieues de Jérusalem L'endroit de la maison où

naquit S. Jean-Baptiste se trouve clans l'église même. On y a construit un sanctuaire semblable à la plupart de ceux qu'on voit en Palestine. On y descend par un escalier de marbre, et l'on arrive à un autel où les bons Pères vont chaque jour dire la messe. Cesanctuaire est entouré de magnifiques bas- reliefs représentant la naissance du saint Précurseur, le baptême de Jésus-Christ et sa mort. Au milieu, et dans le pavé, est incrusté un marbre rond, également environné de reliefs, et sur lequel on lit l'inscription suivante :

HIC PRjECURSOR domini natus est. (2)

(1) L'auteur des Voyages de Jésus-Christ prétend que ce village est bûti sur remplacement de la ville d'Ain ; mais il ne donne aucune preuve de cette assertion, qui ne se concilie pas avec la proximité de ce village et de Jérusalem.

(2) L'inscription de Bethléem que nous avons citée : Hic de Maria virgine, etc., n'existe plus. In article de M. d'Ault- Dumesnil sur les lieux saints, que nous reproduisons plus loin, nous apprend que les hérétiques l'ont enlevée.

« Les Turcs qui habitent Saint-Jean sont plus méchants que la plupart de ceux qui dominent dans les campagnes des environs de Je'rusalem : ils ne laissent échapper aucune occasion de fatiguer les Pères du monastère par leurs vexations ou leurs injustices, et il ne se passe pas une année que ces pauvres religieux n'aient beaucoup à souffrir.

« Non loin du monastère est la vallée des Térébinthes, ainsi nommée à cause du grand nombre de térébinthes qu'elle produit. Elle a cinq ou six cents pas de circuit, et la terre en est fertile. Les montagnes qui la bordent sont couvertes d'oliviers, de grenadiers et de figuiers. C'était la qu'étaient campés les Hébreux commandés par Saiïl, quand ils furent insultés par Goliath. J'ai vu le torrent dans lequel David ramassa les cinq pierres avec l'une desquelles il terrassa le géant.

« A un quart de lieue est l'endroit connu sous le nom de la Visitation. Il est situé sur le penchant d'une colline, où S. Zacharie et sainte Elisabeth avaient une maison de campagne. La tradition raconte que la sainte Vierge se rendit d'abord à la maison qu'habitait sainte Elisabeth, au village qui porte aujourd'hui le nom de Saint Jean-Baptiste et où est né le Précurseur, mais que n'y ayant pas trouvé sa cousine elle alla à sa maison de campagne.

« Sur l'emplacement de cette maison, sainte Hélène avait fait bâtir une belle église. Il en reste

encore aujoud'hui des ruines considérables, au milieu desquelles s'élèvent de grands arbres dont l'un domine majestueusement tous les autres. En parcourant ces débris, dont l'aspect est véritablement pittoresque , j'arrivai à une chapelle , au fond de laquelle est un autel formé de plusieurs pierres grossièrement placées les unes sur les autres, et j'appris du guide qui me suivait que les religieux de Saint-Jean se rendent la chaque année en pèlerinage, et y célèbrent le saint sacrifice de la messe le jour de la Visitation. Cette chapelle, si toutefois on peut encore lui donner ce nom, est à l'endroit même où sainte Elisabeth rencontra celle qui portait dans son sein le Sauveur des hommes, et à qui l'Esprit saint inspira ce cantique admirable dont les paroles prophétiques, répétées d'âge en âge, retentissent depuis dix-huit cents ans dans toutes les solennités de l'Église chrétienne.

« Je remarquai sur l'autel deux petits vases de terre garnis de fleurs qui commençaient à se flétrir. C'était sans doute l'hommage de quelques pauvres chrétiens de Saint-Jean. Je laissai à mon tour un humble tribut à la mère de Jésus, à ma patronne, à celle dont le nom, devenu le mien au jour de ma profession religieuse, me fut donné comme un gage de grâce et de bénédiction. Je sortis, et, courant ça et là dans les champs des environs, je parvins à ramasser quelques fleurs nouvelles, et j'en formai

un petit bouquet que je déposai respectueusement sur l'autel.

« Toutefois ce que je venais de faire ne suffisait plus aux mouvements de reconnaissance et d'amour que je sentais délicieusement s'élever dans mon cœur. Depuis que je suis religieux je n'ai jamais assisté aux offices de l'Église, surtout dans les jours consacrés à honorer la sainte Vierge, sans que le Magnificat ait exalté mon Ame, sans qu'il ait éveillé en moi les plus douces pensées, les affections. les plus tendres. Combien de fois ne m'est-il pas arrivé de me demander à moi-même comment des lèvres dune humble fdle, née de parents pauvres, sans science et sans art, ont pu sortir des paroles si grandes, si sublimes, si divines? comment cette Vierge obscure, ignorée, qui jamais ne connut le inonde, que le monde ne connut jamais, put savoir et prédire que le monde entier, que toutes les générations non seulement la connaîtraient, mais l'appelleraient heureuse dès lors et dans toute la suite des siècles? Et aux questions que m'inspirait ma surprise je ne voyais, comme je ne vois encore, de réponse que dans les paroles mêmes du cantique de Marie :

« C'est que le Seigneur a regardé l'humilité de « sa servante ;

o C'est que celui qui est tout puissant a fait « pour elle de grandes choses.

« C'est qu'il a signalé la puissance de son « bras et confondu les pensées des superbes. »

« Et dans le ravissement où me jetait un tel prodige, je ne pouvais assez remercier Dieu d'avoir voulu que les hommes de bonne volonté trouvassent dans le Magnificat mie des plus belles preuves prophétiques de la divinité de cette religion que Jésus-Christ est venu apporter à la terre.

« Mais qui m'eût dit alors qu'un jour j'aurais eu le, bonheur de me trouver aux lieux où se trouva Marie, aux ruines de cette maison ignorée, d'où le divin cantique partit pour se répandre jusqu'aux extrémités de l'univers? Ce bonheur me faisait tressaillir. Afin de pouvoir donner un plus libre essor aux sentiments dont j'étais pénétréje commandai a mon drogman ainsi qu'à mon guide de se retirer pour quelques instants ; et, resté seul, j'entonnai le Magnificat d'une voix forte , bien que vivement émue, et le chantai jusqu'à la fin...

« Au sortir de la chapelle de la Visitation nous nous dirigeâmes vers la grotte de Saint-Jean-Baptiste, située à une lieue et demie de là. Mon drogman me fit remarquer une pierre ou quartier de rocher qui attire l'attention des pèlerins, parceque, d'après la tradition, le saint Précurseur prêchait souvent en cet endroit à la multitude qui le suivait.

Le désert est aride et stérile. Cependant sur

les montagnes qui l'environnent on aperçoit quelques pauvres villages, un entre autres assez près de la grotte que le saint habitait.

« Cette grotte est dans l'intérieur d'un rocher dont l'abord est scabreux et difficile.

« La grotte a environ douze pieds de long sur huit de large. Les Pères Franciscains vont y dire la messe le jour de la fête du saint. On y voit le lieu marqué où il avait l'habitude de prendre son repos. Au bas est une fontaine dont l'eau est excellente : j'en remplis une bouteille, que j'emportai avec quelques petites pierres du rocher.

« L'endroit où fut le tombeau de sainte Elisabeth (1) se trouve à un quart de lieue de là; il est indiqué par un arbre et quelques pierres. » (2)

(1) Pour la parenté de la sainte Vierge avec sainte Elisabeth, voyez Calmet, Dictionnaire de la Bible, article Elisabeth, et Hiré, Dictionnaire universel de philologie sacrée, article Elisabeth. Cet ouvrage fait aussi Marie de Cléophas sœur de la Vierge et mère de Jacques le Mineur, de Joseph (que Calmet appelle José), de Jude et de Siméon, nommés frères du Seigneur. (Voyez Hcré, article Marie, n" 5.) Il la fait, comme doni Calmet, femme de Cléopas ou Clopas, comme dit le docteur Sepp, un des disciples d'Emmaûs. (Voyez Caluet et HtnÉ, article Cléophat.)

(2) Le P. de Géramb , Pèlerinage à Jérusalem et au mont Sinai, lettre ixxiv. — On lira aussi avec intérêt les lettres xvm, xix, xx et xxi sur Bethléem, qu'on pourra comparer au chapitre vue de cet ouvrage.

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