DE L'ANNÉE DE LA NATIVITÉ
11 n'entrait pas dans notre plan d'analyser les discussions des savants sur la date précise de la Nativité, que l'Évangile n'indique point. En effet, ces sortes de questions ne peuvent se discuter que dans un livre essentiellement scientifique. Nous nous bornons à reproduire une esquisse rapide de l'historique de la question telle que noce la trouvons dans l'Histoire de l'Église du docteur Alzog. On verra que ses conclusions diffèrent de celles du docteur Sepp.
« Dès les temps les plus reculés, les opinions furent diverses à cet égard. Irénée et Tertullien indiquèrent la l\ Ie année d'Auguste (c'est à dire l'an 751 après la fondation de Rome) comme celle du Christ. Clément d'Alexandrie, Eusèbe et Epiphnne adoptèrent la 1x2e année d'Auguste. Denys-le-
Petit (530) fixa par un calcul soigneux et solide l'année de la naissance de Jésus-Christ à l'an 754 après R. f. Mais des recherches plus récentes ont fait généralement admettre l'an 747. En s'écartant ainsi des calculs de Denys (ce qui a eu lieu depuis Bède, et surtout depuis le huitième siècle), on se fonde sur la donnée certaine de la mort d'Hérode, que Josèphe fixe au printemps de750à751. Or, d'après S. Matthieu, la mort d'Hérode n'a dû arriver qu'après la naissance, du Christ, et par conséquent le calcul de Denys commence au moins quatre ans trop tard. La seule base certaine que nous fournissent à cet égard les Évangiles est le passage de S. Luc, m, 1, qui date le commencement de la vie publique de Jean-Baptiste de la 15e année du règne de Tibère, et l'endroit où le même évangéliste, n, 1-2, parle du recensement ordonné en Palestine par l'empereur au temps où Quirinus était gouverneur de la Syrie. Il serait facile d'après cela de calculer l'année qu'on recherche, si l'on était certain, ce qui n'est pas invraisemblable, que la date de S. Luc comprend les deux années du règne commun de Tibère et d'Auguste, qui mourut en 767 après. R. f. (d'où 765 + 15 = 780.) Or, Jésus- Christ commença sa vie publique peu après Jean- Baptis'.c, âgé de trente ans, au rapport de S. Luc, m, 23 (780 — 30 = 750). Telle serait l'année la plus probable de sa naissance. Pour fortifier cette
~ 310 opinion, on a rappelé les calculs astronomiques d'après lesquels, longtemps avant et après Jésus- Christ, la Pâquc n'a pu tomber un jeudi qu'en 78/t. Mais Jésus-Christ célébra la dernière Cène dans sa trente-quatrième aurrée, d'après l'opinion commune (car Irénée seul prétend que Jésus-Christ a vécu quarante ans), et ri la célébra précisément un jeudi, ce qui nous ramène à l'an 750. Mais qui peut méconnaître qu'il y a encore bie» de l'incertitude dans les diverses données de ce dernier calcul? et combien l'incertitude augmente, combien les difficultés deviennent insolubles quand on veut déterminer le mois et le jour de la naissance de Jésus-Christ? (1) Quant à la vie publique de notre Seigneur, on peut conclure avec assez d'assurance des saints Évangiles que la durée en fut de trois années. » (2)
(1) « Sopp, ajoute le docteur Alzog, a cherché à prouver par des calculs frappants que le jour de la nativité de notre Seigneur doit être l'an de Rome 747.
(t>) Alzog, Histoire universelle de l'Eglise, trad. Goschler et Audley, Vie et travaux de Jésus-Christ, § o3.