ANNONCIATION DE I.A NAISSANCE DU PRÉCURSEUR
Une merveille aussi grande que l'incarnation du Verbe ou du Fils de Dieu ne pouvait arriver sans que les hommes y fussent préparés. L'incarnation sopère pour le monde ; et celui-ci , s'il veut en recevoir les effets bienfaisants, doit y correspondre par l'empressement joyeux d'une volonté pure.
Par le fait, le genre humain était complètement disposé à cette incarnation. La sagesse de Dieu avait, par des événements préparatoires, fait naître dans l'univers une foi générale en un Sauveur qui devait descendre du ciel (1) ; et des désirs unl-
(i) Nous avons prouvé cette attente universelle dans le Christ et l'Evangile, L'Allemagne, II.
versels appelaient alors sa venue. Des millions d'hommes s'écriaient: «Cieux, envoyez votre rosée ; nuées, laissez tomber sur la terre la pluie qui doit féconder la justice 1 »
Il ne manquait plus qu'une seule chose ; il fallait qu'au moment où le Désiré des nations allait enfin paraître réellement au milieu du monde un héraut marchât devant lui pour annoncer à tous la bonne nouvelle du salut : « Il est là, devait-il dire, il est déjà au milieu de vous. Préparez les voies pour le recevoir d'une manière digne de lui! » Et c'est en effet ce qui arriva. L'aube précède le soleil ; le Désiré des nations a son précurseur qui l'annonce à l'univers.
« Dans les montagnes de la Judée, dit le docteur Sepp, lors du premier retour de la captivité, quatre des anciennes classes sacerdotales, comptant plus de quatre mille membres, s'étaient établies à proximité de la ville sainte , aussi loin que l'on pouvait apercevoir du côté du sud le pinacle du Temple. » Là vivait, au temps du roi Hérode, un prêtre nommé 7,acharie (1), dont la femme s'appelait Elisabeth (2). Ils étaient tous deux justes devant Dieu, et observaient d'une manière irrépréhensible lcs.commaiidements et les ordonnances du Seigneur. Ils n'avaient
(1) Zacharie signifie : Mémoire du Seigneur.
(2) Elisabeth veut dire : Serment de Dieu.
point d'enfants, et étaient tous les deux avancés en âge. Or Zacharie, voulant à son tour exercer dans le Temple les fonctions de son ministère , y entra pour offrir des parfums , tandis que le peuple assemblé priait au dehors. Alors un ange du Seigneur lui apparut à la droite de l'autel des parfums. Zacharie, en le voyant, fut troublé et saisi de frayeur. Mais l'ange lui dit : « Ne craignez point, Zacharie, votre prière a été exaucée. Elisabeth, votre femme, enfantera un fils, auquel vous donnerez le nom de Jean. (1) Vous en serez vous-même comblé de joie, et beaucoup de personnes se réjouiront de sa naissance. Il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira point de vin ni rien de ce qui peut enivrer ; il sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère, et il convertira un grand nombre des enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu. Il marchera devant lui avec l'esprit et la vertu d'Elie, pour inspirer les pieux sentiments des ancêtres à leurs descendants et l'esprit de justice à ceux qui désobéissent, afin de préparer au Seigneur un peuple qui lui soit agréable. » Zacharie répondit à l'ange : t Comment reconnaîtrai-je que tout ceci doit réellement arriver ; car je suis vieux, et ma femme est avancée en âge ? » L'ange lui répondit : i Je suis Gabriel; je me tiens devant Dieu, et j'ai
(1) Jean sijruifie : la grâce ou le don de Mm.
été envoyé pour vous annoncer cette naissance. Voici le signe que vous aurez : Vous allez devenir muet, sans pouvoir parler jusqu'au jour où l'événement s'accomplira, pareeque vous n'avez point cru à mes paroles.» Cependant le peuple attendait au dehors, et s'étonnait que Zacharie demeurât si longtemps. Mais lorsqu'il sortit il ne pouvait parler, et il fit entendre par signes qu'il avait eu une vision. Il resta muet, termina la semaine de son service, ets'en alla ensuite dans sa maison.
Tout arriva ainsi que l'ange l'avait prédit. Elisabeth devint grosse, et resta dans la retraite pendant cinq mois. Elle loua Dieu d'avoir détourné d'elle la honte de la stérilité ; mais elle n'avait été si longtemps sans avoir d'enfants que pour qu'il fût évident que celui qui lui était accordé maintenant était un don de Dieu, et que ce fils était réservé à de glorieuses destinées.
« Sainte Elisabeth, dit Bossuet, était comme son mari d'une vie sainte et irréprochable devant Dieu et devant les hommes. Comme lui elle était une fille d'Aaron et de la race sacerdotale, qui était dans la tribu de Lévi aussi distinguée que la tribu de Lévi était élevée parmi les tribus d'Israël. Tout relève la naissance de S. Jean-Baptiste, et rien ne pouvait mieux préparer les voies au Messie qui devait venir.
« Outre la stérilité d'Elisabeth, elle était, comme
Zacharie, avancée en âge; tout s'opposait au fruit qu'elle devait porter. Seigneur, nous sommes stériles : accablés de la vieillesse d'Adam et des anciennes habitudes de la corruption, nous ne pourrons produire aucun fruit; mais Dieu se plaît à tout tirer du néant.
« La vertu ne vient jamais parmi les hommes que des lieux naturellement stériles : « Et où le péché abonde, c'est là que la grâce veut surabonder. » C'est à l'humilité à l'attirer. Confessons notre impuissance, et Jean , c'est à dire « la grâce et la colombe, ou le Saint-Esprit, » nous sera donné....
« Jean, comme Samuel, fut le fruit de Ja prière. Mon âme, prie avec foi et persévérance : l'ange du Seigneur viendra; une douce confiance se formera ; quelque lumière céleste apparaîtra dans le cœur, et Jean, qui est la grâce, en sera le fruit. Il faut demander : c'est une reconnaissance de sa puissance et de sa bonté ; la confiance qui est le fruit d'un pur et fidèle amour s'y fait ressentir, c'est à dire qu'elle fait ressentir Dieu.
« Vous lui donnerez le nom de Jean. »Le même Ange dit à Marie : « Vous aurez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus; » et l'imposition du nom de Jean, qui est ordonnée par l'ange, est la préparation à un plus grand nom.
« Cet enfant vous mettra dans la joie et dans le ravissement ; et la multitude se réjouira à sa nais-
sauce. • C'est ee que l'ange promet, c'est ce que nous verrons bientôt accompli.
« Il sera grand devant le Seigneur. » Le même ange, en annonçant Jésus-Christ, répète la même parole : « Il sera grand ; » mais il ajoute : f El il sera nommé le Fils du Très-Haut. » Jésus sera grand comme le Fils ; Jean sera grand comme un serviteur, comme un héraut qui marche devant son maître et inspire le respect à tout le monde. Jésus est grand par essence , et Jean sera grand par un éclat et un rejaillissement de la grandeur de Jésus. « Il ne boira point de vin ni de tout ce qui peut enivrer ; et il sera rempli du Saint-Esprit dès le ventre de sa mère. » Commençons à voir dans Jean le caractère de la pénitence et de l'abstinence. Seigneur, je le reconnais; c'est lui qui prépare les voies à Jésus, la pénitence est sa vraie avantcourrière.
« C'est aussi un caractère de Nazaréen, c'est à dire un caractère de saint, de s'abstenir de vin et de tout ce qui enivre. Tout ce qui flatte les sens et les transporte est un obstacle à la sainteté; si vous évitez l'ivresse et la joie des sens, une autre ivresse vous sera donnée : comme Jean vous serez rempli du Saint-Esprit et transporté d'une joie céleste. Ne vous laissez donc point enivrer aux charmes des sens; n'attendez pas que le vin, que la joie du monde vous renverse entièrement la raison ; dès
que vous la goûtez , vous commencez à perdre le goût de la grâce, et vous êtes déjà tout troublé ; une épaisse vapeur vous offusque les sens : elle est douce, il est vrai, mais c'est par là qu'elle est pernicieuse ; tout se brouille dans notre cerveau, et c'est hasard si nous ne tombons point dans quelque élrauge désordre. Fuyons, fuyons, a dès que le vin commence à briller et à pétiller dans la coupe ; il nous trompe en flattant nos sens, mais à la fin il nous mordra comme une couleuvre, et son poison se portera jusqu'à notre cœur. •
« Il convertira plusieurs des enfants d'Israël au Seigneur leur Dieu. > Hélas ! étant déjà enfants d'Israël, qu'avons-nous besoin d'être convertis? Ne devons-nous pas avoir conservé la grâce? Gémissons d'avoir besoin qu'on nous convertisse. Mais, hélas! notre état est bien pire, puisque même nous résistons à la grâce qui veut nous changer ; et plus durs que des pierres, nous ne voulons pas nous laisser convertir
« O Dieu ! l'incrédulité règne sur la terre. On n'est plus méchant par faiblesse, on l'est de dessein, on l'est par principes, par maximes. Envoyez-nous quelque Jean-Baptiste qui confonde l'erreur, qui fasse voir que les incrédules sont des insensés. « Ramenez-les à la véritable prudence, ces incrédules » et ces libertins de profession. La véritable prudence est de ne pas se croire soi-même , et de
pratiquer ce que dit le sage : « Ne vous iiez pas à votre prudence. » Mais, Seigneur, confondez aussi l'imprudence de ceux qui disent qu'ils croient, encore qu'ils ne fassent rien de ce qu'ils croient. « Ramenez donc les incrédules » de toutes sortes « à la prudence des justes. » Les justes sont les seuls prudents, les seuls prévoyants, les seuls sages : ils ont la règle, ils la conservent; ils ne sont pas humbles en paroles, orgueilleux en effet, dévols par contenance, et en effet intéressés, vindicatifs, téméraires censeurs des autres , sans connaître , sans guérir leurs vices cachés
« L'incrédulité de Zacharie fut suivie d'une punition manifeste. L'ange lui déclara qu'il « serait muet. » C'est un des endroits par où la prédiction de la conception du précurseur est inférieure à celle du maître , où il ne paraît que foi et obéissance. Dieu fit servir la faute et le châtiment du saint sacrificateur à la déclaration de son ouvrage : tout le monde s'aperçut qu'il avait eu une vision dans le temple, et par le long temps qu'il y demeura contre la coutume, et parceque, pour s'excuser et aussi pour faire connaître l'œuvre de Dieu, il faisait signe comme il pouvait qu'il était devenu muet pour avoir été incrédule a une céleste vision.
« Profitons de cet exemple. Quand vous opérerez en moi pour me convertir, Seigneur, j'espérerai en votre grâce, et je ne dirai pas : Je suis stérile, je
ne puis entreprendre un si grand ouvrage; je ne serai pas de ceux dont parle S. Paul, « qui, désespérant d'eux-mêmes, se livrent à toutes sortes de désordres ; » mais je dirai au contraire avec cet apôtre : « Je puis tout en celui qui me fortifie.» (1)
(1) Bossi'et, Élévations sur 1rs mystères, xie semaine.