‹ Histoire de la RédemptionChapitre 7 sur 30 · ANNONCIATION DE L'INCARNATION DU VERBE · texte numérisé non relu

ANNONCIATION DE L'INCARNATION DU VERBE

Le fils d'Elisabeth devait préparer les voies au Sauveur que le Ciel allait envoyer. Mais quand cet objet de l'attente générale paraîtra-t-il lui-même ? Il suivra les pas de son précurseur. Quand l'aube apparaît, le jour ne tarde point à venir.

Sous quelle forme viendra le libérateur ? Descendra-t-il du ciel entouré de puissance et de majesté? Non ; il viendra habiter au milieu des hommes, et se montrera semblable à nous, comme un enfant faible et incapable de se passer de secours étrangers. Racontons les détails de ce grand événement.

Comme Elisabeth était au sixième mois de sa grossesse, Dieu envoya l'ange Gabriel (1) dans une

(1) Gabriel ou Dieu est ma force.

— &5 — ville appelée Nazareth, (1) vers une vierge qui était mariée à un homme appelé Joseph- Cette vierge se nommait Marie.

Mais avant de raconter ce divin message nous croyons devoir faire connaître de quelles prérogatives l'Éternel avait orné Marie, et par quelles vertus elle avait elle-même correspondu aux grâces du ciel.

Pendant que durèrent les voyages qui ramenèrent les Juifs de la captivité, il s'était retrouvé quelques rejetons de la maison royale de David, et ils s'étaient établis à Bethléem. Ils faisaient peut-être partie des cent vingt-trois Bethléémites qui avaient déjà commencé à revenir sous Zorobabel ; mais lorsque Hérode, roi étranger au peuple, monta sur le trône et se mit à détruire par le fer et par la potence la famille entière des Machabées, famille souveraine chez les Juifs, les descendants de la race royale de David, justement alarmés, s'étaient éloignés des regards du tyran furieux ; ils s'étaient établis en Galilée, pays frontière, où ils vivaient à Nazareth du travail de leurs mains et dans la pauvreté. La guerre avait aussi fait partir auparavant les parents de S. Paul du pays habité par la tribu de Benjamin, d'abord pour Gischala en Galilée, et plus tard pour Tarse en Cilicie. Cependant plu-

(1) Nazarelh signifie : Fleurie.

sieurs membres de l'ancienne maison royale étaient aussi restés dans le pays de la captivité, car Hillel, qui se vantait d'être de la race de David, ne revint de Babylone dans son ancienne patrie que cent ans avant la destruction de Jérusalem, et il se vit bientôt tellement honoré par les Juifs qu'ils rélevèrent à la dignité de prince d'Israël, c'est à dire de président du Sanhédrin.

Vers le temps où l'on bâtissait le nouveau temple, naquit dans une maison de Nazareth une fille de l'antique et célèbre race des rois, nommée Mirjam ou Marie (1). Son père était Héli (2), issu de David ; mais sa mère était de la race de Lévi ou d'Aaron, et par là parente d'Elisabeth. C'était le 8 septembre 733 de la fondation de Rome ; et, d'après le calcul de plusieurs astronomes, le même jour auquel Noé, deux mille cinq cent vingt-un ans auparavant, descendit pour la première fois sur la terre purifiée. (3)

« Une femme destinée de toute éternité à sauver le monde en déifiant notre nature, dit M. l'abbé

(1) C'est à dire élevée ou maîtresse de la nier.

(2) La tradition le nomme aussi Joachim, et donne à sa mère la nom d'Anne (gracieuse). — On ne sait rien de détaillé sur la vie de ces saints personnages. — Voyez Art a sanctorum, 20 mars. — Tillemont, Vie de la sainte Vierge, note n sur le père et la mère de la Vierge.

(3) Ces calculs sont du docteur Sepp.

Orsini, et à renfermer dans son chaste sein celui que ne peuvent contenir la terre , les deux et la vaste mer; une femme attendue depuis la naissance du globe, révélée de Dieu même dans le paradis (1 ), et le but avoué de toutes les générations saintes qui se sont succédé depuis les jours des patriarches, ne peut être une femme ordinaire, et doit avoir des prérogatives au dessus de l'humanité, La pieuse croyance à la conception immaculée de Marie découle de cette pensée de respect. Héritiers d'un chef malheureux, dégradés dans notre père rebelle, flétris par la sentence qui le condamne, au lieu d'en recevoir la vie de la grâce, nous en avons reçu la mort du péché Ce malheur inhérent à la race humaine, maudite comme un seul homme dans son origine , est commun à tous, et l'Écriture n'a fait de réserve en faveur d'aucun fils d'Adam ; mais la piété des fidèles n'a pu supporter l'idée que la Mère de Dieu fût soumise à la condamnation flétrissante qui nous marque du sceau de l'enfer dans les entrailles de nos mères; ils ont pensé que le souverain juge avoit dû suspendre l'effet général de sa loi rigoureuse en faveur de celle qui n'était venue dans le monde que pour contribuer à l'accomplissement du plus secret, du plus incompréhensible des conseils divins,

(*) L'Éden.

l'incarnation du Messie. Malgré le silence de l'Évangile on a donc supposé assez généralement que la Vierge, en vue de sa maternité miraculeuse, avait été retenue, pour ainsi dire , sur le bord de l'abîme que la fatale désobéissance de nos premiers pères a creusé sous nos pas , et que sa conception avait été immaculée comme sa vie. » (1)

c Cette opinion de l'immaculée conception, dit aussi Bossuet, a je ne sais quelle force qui persuade les âmespieuses. Après les articles de foi, je ne vois guère de choses plus assurées. C'est pourquoi je ne m'étonne pas que cette école des théologiens de Paris oblige tous ses enfants a défendre cette doctrine. Pour moi, je suis ravi de suivre aujourd'hui ses intentions. Après avoir été nourri de son lait, je me soumets volontiers à ses ordonnances, d'autant plus que c'est aussi, ce me semble, la volonté de l'Église. Elle a un sentiment fort honorable de la conception de Marie. Elle ne nous oblige pas de la croire immaculée , mais elle nous fait entendre que celte créance lui est agréable. Il y a des choses qu'elle commande, où nous faisons connaître notre obéissance ; il y en a d'autres qu'elle insinue , où nous pouvons témoigner notre affection. Il est de notre piété, si nous sommes vrais enfants de l'É glise, non seulement d'obéir aux commande-

(1) Oasiai, la Vierge, Histoire de la Mère de Dieu, t, cb. 2,

ments, mais de fléchir aux moindres signes de la volonté d'une mère si bonne et si sainte. • (1)

Plus tard la douce fille de Joachim et d'Anne fut solennellement admise au nombre des aimas, ou jeunes vierges qu'on élevait, loin de tous les yeux, à l'ombre des autels de Jéhova. « Zacharie, qui n'avait pas d'enfants, dit le docteur Sepp, d'après une tradition, s'était chargé de sa parente éloignée, et par sa protection elle avait été reçue dans le Temple de Jérusalem. »

« Que Marie, dit M. l'abbé Orsini, ait passé ses belles années dans le temple, c'est ce que prouve

(1) Bosscbt, Sermon sur ta Conception. — Voy« sartout l'ouvrage latin du R. P. Perrose sur cette question. — Mgr l'évêque de Langres donne aussi dans un ouvrage spécial surla question une série d'inductions et de preuves. Voici la division de sa Démonstration de l'immaculée conception de la B. V. Marie — 4° Si l'union hypostatique a rendu le péché impossible dan l'humanité sainte de Jésus-Clirist, la maternité divine, qui a fait vivre le Fils de Dieu de la vie de sa sainte mère, a rendu le péché inadmisible dans Marie. — 2° Marie ayant été prédestinée éternellement comme le principe d'un monde nouveau, la loi commune ne devait pas lui être appliquée. — 3° la tradition tout entière témoigne en faveur de cette croyance, qui réunit l'antiquité, l'universalité, la perpétuité, principaux fondements des dogmes eux-mêmes. — h" Le Concile de Trente, en se refusant expressément à comprendre Marie dans le décret du péché originel, a fait entendre quelle est au fond, sur ce fait mystérieux, la pensée intime de l'Église. — 5° Comment la conception, si elle n'était pas sainte, serait-elle l'objet d'une fête,

l'opinion de l'Église qui n'a pas coutume de sanctionner les faits douteux... (1)

« Dans l'enceinte fortifiée du temple, sur un site où les chrétiens de Jérusalem érigèrent un oratoire dont les compagnons d'armes de Godefroy firent, sous l'invocation de sainte Marie, une église à cou-

puisqu'il n'est pas permis de faire la solennité religieuse de ce qui n'est pas saint. — 6° Il est généralement reçu qu'on ne pouvait trop louer la sainteté de Marie, pourvu qu'on ne lui attribue rien de ce qui n'appartient qu'au Créateur ; or évidemment cette latitude exceptionnelle, laissée à la piété envers la mère de Dieu, n'existerait plus si un seul instant Marie avait été souillée par le péché originel. — 7° Il n'est pas possible que Dieu, qui, après la création de toutes ses œuvres, les trouve toutes très bonnes, après la plus excellente de toutes les créatures, n'eût vu en elle à son origine qu'un enfant de colère. — Pour le développement de ces preuves, voyez aussi L'Hermimer, Tractalus de peccatis. — Leclerc de Bauberoîv, Tractatus de Iwmine lapso et reparato, I, cap. iv. — Le Cardinal LamliRiscuiNi, Dissertation sur l'immaculée conception. — Gosselin, Instructions historiques, dogmatiques et pratiques sur les principales fêtes de l'Eglise, La Conception.

(1) Nous avons supprime tout ce que l'auteur dit du témoignage de S. Évode, que ïillemont démontre être dénué d'authenticité. (Voyez Tillemont, Vie de la Sainte Vierge, note v sur la présentation de la Vierge au Temple. ) — C'est aussi l'avis de Baronius et du savant et pieux abbé Gosselin. (Voyez Gosselin, Instructions sur les fêtes, ri, 303.) — On trouvera une démonstration plus concluante dans le dernier ouvrage que nous venons de citer. — Il faut lire dans cet excellent livre tout ce qui regarde le vœu de virginité de Marie, question que notre plan nous empêche de traiter ici.

pôle dorée , que les braves chevaliers du Temple se plurent souvent à orner des dépouilles des Sarrasins, s'élevait la partie de l'édifice religieux qu'on avait consacrée aux vierges vouées au Seigneur.

« Quoique la virginité ne fût , en Israël , que la vertu d'une saison, et qu'elle dût bientôt faire place aux vertus conjugales, elle n'y était pas sans prérogatives et sans honneurs. Jéhova aimait les prières des enfants chastes, des vierges pieuses, et c'était une vierge et non une reine qu'il avait choisie pour opérer la rédemption du genre humain. Aussi, lorsque les voyants de Juda déroulaient au peuple élu, mais souvent châtié, le prophétique tableau de ses misères ou de ses victoires, ils y plaçaient toujours une vierge riante ou en pleurs qui personnifiait les provinces et les cités. Dans les guerres d'extermination où le large glaive des Hébreux abattait les femmes, les enfants, les vieillards de Moab, les vierges étaient épargnées, et le souverain sacrificateur, qu'une loi sévère empêchait de rendre les devoirs funèbres à l'ami qu'il aimait comme son àme, et même au prince de son peuple, pouvait assister, sans souillure, aux funérailles de sa sœur morte vierge.

« Les vierges ou aimas figuraient dans les cérémonies du culte hébraïque avant que ce culte eût un temple. Nous les voyons, sous la conduite de Marie, sœur de Moïse, célébrer par des danses et des

cantiques de triomphe le passage de la mer Rouge. Ces chœurs de jeunes filles, transplantés d'Egypte au désert, se maintinrent longtemps parmi les Hébreux. Les vierges de Silo, qui semblent avoir été du temps des Juges plus particulièrement consacrées au service d'Adonaï (1) que les autres filles d'Israël, dansaient au chant des cantiques et au son des harpes à peu de distance du lieu saint, pendant une fête du Seigneur, lorsque les Benjamites les enlevèrent. Ce grave événement ne fit point tomber cet usage, qui ne cessa qu'à l'époque désastreuse où l'arche fut perdue et le premier temple détruit.

« Toutes les aimas étaient probablement admissibles à ces chœurs sacrés lorsque leur réputation n'était ternie d'aucune tache ; mais on distingue dans la foule une portion choisie qui se groupe autour de l'autel avec plus de ferveur et de persévérance. Tandis que l'arche du Seigneur campait encore sous des tentes, les femmes qui veillaient et priaient à la porte du tabernacle offrirent à Dieu les miroirs d'airain qu'elles avaient apportés d'Egypte. C'étaient sans doute de pieuses veuves qui avaient refusé de former de nouveaux liens pour s'occuper plus constamment des choses du ciel, et des aimas vouées, par leurs parents, au

(1) Un des noms tic Dieu chez les Hébreux.

service du sanctuaire et placées sous l'égide de ces femmes justes. S. Jérôme entend ainsi ce passage de l'Exode.

« Comme le vœu des parents était ordinairement rachetable, et que le rachat, fixé à une somme modique, se faisait toujours au bout d'un petit nombre d'années, on appelait ces vœux temporaires « un prêt fait au Seigneur. » Je l'ai prêté au Seigneur, disait Anne en conduisant à Silo son petit Samuel. (4)

« Après le retour de la captivité, l'influence des Perses, qui bannissaient les femmes de leurs solennités religieuses, pesa sur l'institution des aimas; elles cessèrent de former en quelque sorte un corps dans l'état, et de figurer ostensiblement dans les cérémonies du culte. Sous les pontifes-rois elles vivaient enfermées, et leurs jours s'écoulaient dans une si profonde retraite que lorsqu'elles coururent éperdues auprès du grand-prêtre Onias, au moment où l'attentat sacrilège d'Héliodore mettait tout Jérusalem en rumeur, les historiens juifs jugèrent le fait si insolite et si merveilleux qu'ils le consignèrent dans leurs annales. » (2)

Il y avait donc, quoi qu'on en ait pu dire, des vierges attachées au service du second temple lors de la présentation de Marie. Les institutions

(i) Idcirco et ego coimnendavi eum Domino. (2) Orsim, La Vierge.

- Ck —

des premiers chrétiens en font foi, et S. Ambroise aussi bien que S. Jérôme l'ont affirmé. Maisque se passa-t-il pendant le séjour de la Vierge au temple ? « Pour nous, mes frères, dit S. Ambroise, considérons comme l'on ferait d'un modèle la vie de Marie dans le temple ; car c'est le miroir où nous verrons briller la beauté de la charité et où toutes les vertus nous apparaîtront revêtues d'une forme sensible. Cette vierge, dont l'esprit et le corps se paraient d'une même pureté, était humble de cœur, grave dans ses paroles, prudente dans ses desseins, habile dans ses discours, appliquée à l'étude de la loi du Seigneur, modeste et prenant Dieu pour témoin de toutes ses pensées. Pleine de bienveillance envers ses compagnes, de déférence pour les vieillards, jamais elle n'offensa personne , ne rebuta les faibles, ne se détourna de la plainte du pauvre. Obéissant aux désirs à peine exprimés de ses parents, toutes ses inclinations étaient vertueuses, toutes ses vues formées par une juste raison. Rien de hautain dans ses regards, rien d'empressé dans ses paroles , rien de prompt dans ses gestes, rien d'abandonné dans sa démarche. Toutes choses s'unissaient en elle en une si parfaite harmonie que la beauté de son visage n'était que l'expression de son âme, sa sainteté visible aux regards. » (1)

(1) Ut ipsa corporis species simulacrum fuerit mentis et forma probilatis.

t Telle était, dit Ludolphe-le-Chartreux , telle était Marie préparée par la grâce de Dieu à. recevoir dans son cœur le Roi céleste, et à l'enfanter dans sa propre substance ; telle elle avait été préfigurée mille fois dans les saintes Écritures. Elle était cette tour de David d'où, symbole de mille vertus, pendent mille boucliers d'airain. Elle était cette vigne véritable dont l'ombrage abondant couvrira le monde, et offrira à tous des fruits délicieux. Elle était cette fontaine scellée du sceau de l'époux dans le jardin des Cantiques, source en laquelle rien de souillé ne pouvait tomber. Elle était cette étoile que Balaam vit sortir de Jacob, étoile secourante à tous tes navigateurs. A sa lueur nous traversons la mer agitée de la vie, et nous arrivons au port de la paix. Elle était le rejeton né de la racine de Jessé, d'où sort cette très douce fleur, le Christ, et sur lequel se repose la grâce de l'Esprit saint. Elle était la porte à jamais fermée que vit le prophète Ézécbiel et qui ne donnait passage qu'au Seigneur. Elle était le temple de Salomon, revêtue en dehors du marbre blanc de la pureté, au dedans de l'or très pur de la charité. Elle était surtout cette verge d'Aaron qui, déposée dans le tabernacle, s'y couvrit miraculeusement de fleurs et de fruits; car l'Enfant divin, gloire et ornement de la virginité de sa mère, est à lai fois la fleur et le fruit de la terre, fleur en tant que pro-

mis et prédit, fruit dans la réalité de son apparition ; et comme la fleur se dessèche et tombe pour laisser paraître le fruit, ainsi les figures de la loi de Moïse ont disparu devant l'accomplissement évangélique.»

Quand l'époque de la majorité de Marie fut arrivée, ce qui avait lieu chez les Juifs de ce temps-la lorsque la douzième année était accomplie, Zacharle remit la vierge entre les mains de ses parents à Nazareth, afin qu'elle y fût mariée suivant l'usage de ce peuple, pour lequel la perpétuité des familles était si importante à cause des promesses du Seigneur (1). C'est pourquoi Marie, la fille et l'héritière de David, devait d'après la loi donner sa main à Joseph, comme étant son plus proche parent, à Joseph, qui était fils de Jacob et frère de Cléopas, et qui descendait également de la branche bethléémite de la race de David, par Salomon, comme Marie en descendait par Nathan (2). ille fut donc fiancée à Joseph selon les rites de la Synagogue (3) ; cela eut lieu dans le pays de la tribu de

(1) Le docteur Sepp pense que les choses ont du se passer ainsi.

(2) Celte manière d'expliquer le mariage de la sainte Vierge, que nous reproduisons d'après le docteur Sepp, n'est pas une nouveauté. (Voyez Tillemont, Vie de la sainte Vierge, notes; surtout la note 1, Comment on prouve qu'elle était de la race de David.)

(3) M. l'abbé Orsiui a rassemblé sur cette cérémonie des dé-

Zabulon, à Nazareth, l'une des deux cents villes et bourgs que, d'après Flavius Josèphe, la Galilée comptait alors.

Chez les Juifs on ne contractait pas de mariage qui n'eût été précédé de fiançailles, et le mariage

tails qui paraissent très authentiques : « Les fiançailles de Marie se célébrèrent avec une simplicité digne des temps antiques. Joseph, en présence des tuteurs et de quelques témoins, lui présenta une petite pièce d'argent ou un anneau d'or tout uni, en lui disant : « Si tu consens à devenir mon épouse, accepte ce gage, d Marie, en acceptant l'anneau, fut solennellement liée, et une sentence de divorce pouvait seule, à partir de ce jour, lui rendre la liberté. Des scribes dressèrent le contrat; il était court et peu hérissé des termes de pratique. L'époux promettait d'honorer sa femme, de pourvoir à son entreUen, à sa nourriture, à ses vêtements , suivant la coutume des maris hébreux, et lui constituait une dot de deux cents suzes (50 écus). dot égale pour la fille du prince et pour la fille du laboureur, mais à laquelle on était libre d'ajouter quelque chose à proportion de son bien. Une courte bénédiction à la louange de Dieu, qui a institué le mariage, termina la cérémonie, o (Ousim, /<i Vierge.) — M. Salvador nous donne dans un de ses ouvrages un modèle de contrat de mariage qui remonte aux

temps les plus reculés : « En l'année le jour du mois

de Benjamin, fils de a dit à Rachel, fille de deviens

mon épouse selon la loi de Moïse et d'Israël. Je promets de l'honorer, de pourvoir à ton entrelien, ù ta nourriture et à tes vêlements, suivant la coutume des maris hébreux, qui honorait leurs femmes et qui les entretiennent comme il convïeut. Je

donne d'abord (la somme adjugée par la loi), et te promets,

outre les aliments, les habits et tout ce qui te sera nécessaire, l'amitié conjugale, chose commune à tous les peuples du monde.

n'avait lieu que quelque temps après celles-ci (1). Dans l'intervalle on ne pouvait ni se voir ni se parler ; cependant aux yeux de la loi les fiancés étaient considérés comme irrévocablement unis. Maintenant les deux lignes principales de la race de David, qui dans le cours des temps s'étaient déjà mariées plusieurs fois entre elles pour conserver la pureté de leur sang, comme le prouvent les archives généalogiques, furent pour la dernière

Rachel a consenti à devenir l'épouse de Benjamin, qui, de son plein gré, pour former un douaire en rapport avec ses propres biens, ajoute à la somme précédemment indiquée la somme

de >• (Salvador, Institutions de Moïse.)

(1) M. l'abbé Orsini raconte ainsi les cérémonies du mariage de Joseph, d'après la tradition de ce qui se passait ordinairement en pareille circonstance chez les Juifs : « Arrivés à la maison nuptiale, les amis de l'époux et les compagnes de l'épouse criaient en chœur: Béni soit celui qui vient! Joseph couvert de son taled et Marie de son voile s'assirent sous le dais à côté l'un de l'autre; le fiancé mit une bague au doigt de sa compagne : Voici, tu es ma femme selon le rite de Moïse et d'Israël. 11 ôta son taled et en couvrit son épouse, afin d'imiter ce qui se passa au mariage de Ruth, qui dit à Booz : Etends te pan de ta robe sur ta sériante. Un proche parent versa du vin dans une coupe, en goûta et le donna à goûter aux époux, en bénissant Dieu d'avoir créé l'homme et la femme, et ordonné le mariage. Alors on jeta une poignée de froment, symbole d'abondance, et un jeune enfant brisa la coupe. Toute l'assemblée, qui entourait les époux avec des flambeaux, bénit le Seigneur et passa dans la salle du festin. » (Orsini, la Vierge, Mariage de 13 Vierge.)

— (9 — fois alliées ensemble au moment où lune de ces lignes, réduite à la seule fille qui la représentait, était sur le point de s'éteindre : et de même que dans l'ancienne alliance Rulh avait épousé Booz, de même aujourd'hui Marie fut unie à Joseph par les liens du mariage, d'après la loi qui ordonnait d'épouser le plus proche héritier de sa race.

Joseph exerçait la profession d'artisan ; « mais cette profession, dit M. l'abbé Orsini, n'était ni abjecte ni dégradante en Israël. On voit dans la généalogie de la tribu de Juda une famille d'ouvriers de fin lin, et l'autre de potiers, dont la mémoire est en honneur, et l'Écriture a fait passer à la postérité les noms de Béléséel et d'Hiram; on sait que S. Paul, élevé dans l'étude des lois, et le fameux docteur Hillel s'appliquaient aux arts mécaniques de l'espèce la moins brillante, et n'en rougissaient point. Il y a plus : tout Israélite était artisan, car chaque père de famille, quelle que fût sa position sociale, était tenu de faire apprendre un état à son fils, a moins, disait la loi , d'en faire un voleur.

« Les Juifs, dont le patrimoine était engagé dans des mains étrangères, n'avaient d'autre alternative, en attendant la grande époque qui rétablirait les fortunes , que de s'expatrier ou de vivre pauvrement du travail de leurs mains, au sein de leurs montagnes natales. Ceux que l'amour de la patrie

portait à prendre ce dernier parti ne dérogeaient en aucune manière, et demeuraient aptes à tous les emplois. Israël n'avait point de castes comme l'Egypte et l'Inde ; tout son orgueil prenait sa source dans sa croyance religieuse et dans sa descendance des patriarches. « Être issu d'Abraham selon la « chair, dit l'aigle de Meaux, était une distinction « qui mettait naturellement au dessus de tout. » En effet, le dernier des Hébreux se tenait pour prince en comparaison des étrangers.

« Il y avait pourtant chez les Juifs, comme chez les Arabes, des tribus plus illustres et des maisons plus nobles les unes que les autres : la tribu de Juda, qui portait l'étendard national à la tête des milliers d'Israël, au jour des batailles, et dont le sceptre ne devait sortir qu'à l'avènement du Messie, avait toujours eu la prééminence, et la famille de David était la première et la plus honorée entre les familles de Juda. Or Joseph, quoique pauvre, était de race davidique; le sang de vingt rois coulait dans ses veines, et ce fut Zorobabel, un de ses aïeux , qui ramena le peuple de Dieu de la terre d'exil. Depuis ce temps l'éclat de sa naissance s'était graduellement obscurci; sa famille s'était fondue dans le peuple, comme celle de Moïse et de Samuel ; mais on savait son illustre origine. De nos jours, les derniers Abassides, qui végètent au fond de l'Hedjaz, n'en sont pas moins respectés

comme les descendants d'Aaron-al-Flaschild , et aucune famille d'Arabie ne croirait déroger en s'alliant à eux.

« La sainte fille de Joachim ne dérogeait donc pas, autant qu'on pourrait bien le croire, en épousant le charpentier. Mais si l'on considère de plus haut cette union, qui semble d'abord si peu assortie, on découvre que ce fut en effet une noble alliance. Dieu ne donna pas pour époux à la Vierge chérie du Ciel un homme dont tout le mérite consistât dans ses champs, dans ses vignes, dans ses sicles d'or, choses qui changent souvent de maître, et ne sont pas plus inhérentes au riche que les habits dont il se dépouille le soir ; il lui donna un homme juste, le plus parfait de ses ouvrages. » (1)

« Joseph, dit Ludolphe, aux yeux du monde n'était qu'un pauvre artisan, descendant, il est vrai, des rois de Juda, mais d'une famille depuis longtemps déchue. L'Évangile en raconte peu de choses, moins encore que de la très sainte Vierge. C'était, dit S. Matthieu, un homme juste (2) ; mais à qui sait les méditer ces brèves paroles suffisent pour faire entendre que toutes les vertus se réunissaient en lui, et lors même que l'Évangile ne nous

(4) Onsixi, ta Vierge, Mariage de la Vierge. (2) Vir justus.

l'eût pas enseigné, il nous eût été facile de conjecturer quelle devait être la sainteté de celui qui fut uni à Marie par les liens d'un véritable mariage. Si d'après la doctrine de l'Écriture « une bonne femme est la récompense des bonnes œuvres de son époux (1),» quelles œuvres parfaites, quelles hautes vertus n'a pas dû pratiquer celui qui a reçu pour son partage la plus excellente des créatures? » (2)

Marie, après avoir épousé Joseph, habitait chez lui dans sa maison (3) de Nazareth en Galilée, pays charmant, qui étalait à ses regards enchantés toutes les merveilles de la nature méridionale.

(1) Parsbona, mulier bona ; dabitur viro pro bonis factis. (Ecclésiastique, xxvj, 3.)

(2) Ludolphe, Vie de N. S. Jcsus-Clirist, Annonciation.

(3) « D'aprts une antique coutume, dit M. l'abbé Orsini, qui subsiste encore chez les Arabes et dans une grande partie de l'Orient, Joseph exerçait son état dans un autre local que celui où vivait Marie. Son atelier, où travailla Jésus-Christ luimfme, était une salle basse de dix ou douze pieds de large sur autant de long; un banc de pierre s'ollVait en dehors pour reposer le passant ou le voyageur, qu'une espèce de tendelet < n nattes de palmier garantissait des rayons brûlants du soleil. C'était là que le laborieux ouvrier façonnait des charrues, des jougs et des chars rustiques. Quelquefois il faisait élever sous ses yeux les cabanes de la vallée ; quelquefois son bras, encore robuste, abattait les hauts sycomores et lts noirs térébinthes du mont Carmel. » (Orêini, la Vierge, l'Annonciation.) — Sur le métier de S. Joseph, Voyez, Tiuemont,

« Si l'on voulait, dit un voyageur contemporain, donner une idée de l'aspect de la Galilée, ce ne serait point la France qui fournirait la similitude, mais l'Agro romano (1) ; autour de Nazareth comme autour de Rome, c'est partout la même lumière, la même configuration du sol. La nature y est sublime comme l'Évangile. La Galilée est un tableau abrégé de la Terre Sainte, et quand on l'a vue sous tous les aspects du jour et de la nuit on comprend ce qu'elle fut du temps de Jésus-Christ. Pour un artiste la Galilée est un Éden ; rien ne lui manque, ni les accidents du sol de la Judée, ni les solitudes lumineuses de la Palestine, ni la verdoyante fécondité de la Samarie. Le Garizim et le mont des Oliviers ne sont pas plus sublimes que l'Hermon et le Thabor, ni les plages bleuâtres d'Ascalon plus solennelles que les rives parfumées du lac de Tibériade. Le sol galiléen offre partout de l'histoire et des miracles, des traces de héros et l'empreinte dun Dieu, et l'on sent en contemplaut la Galilée des hauteurs du Thabor qu'elle fut le pays qu'habita l' Homme-Dieu, tant les souvenirs religieux, les merveilles de la terre et du ciel s'y mêlent à l'infini la (2)

(1) La campagne de Rome.

(2) Michaud et Poujoulat, Correspondance d'Orient, cliap. v.

M. do Lamartine fait aussi un tableau séduisant des côtes de la Galilée :

« La mer de Galilée, large d'environ une lieue a l'extrémité méridionale où nous l'avons abordée, s'élargit d'abord insensiblement jusqu'à la hauteur d'Emmaus, extrémité du promontoire qui nous cachait la ville de Tibériade ; puis tout à coup les montagnes qui la resserrent jusque là s'ouvrent en larges golfes des deux côtés, et lui forment un vaste bassin presque rond, où elle s'étend et se développe dans un lit d'environ douze à quinze lieues de tour. Ce bassin n'est pas régulier dans sa forme, les montagnes ne descendent par partout jusqu'à ses ondes ; — tantôt elles s'écartent à quelque distance du rivage, et laissent entre elles et cette mer une petite plaine basse, fertile et verte comme les plaines de Génésarelh (1); tantôt elles se séparent et s'entr'ouvrent pour laisser pénétrer ses flots bleus dans des golfes creusés à leurs pieds et ombragés de leur ombre. La main du peintre le plus suave ne dessinerait pas des contours plus arrondis, plus indécis et plus variés que ceux que la main créatrice a donnés à ces eaux et à ces montagnes; elle semble avoir préparé la scène évangélique pour l'œuvre de grâce, de paix, de réconciliation et d'amour qui devait une fois s'y accom-

4) Génésarelh signifie ; Jardin du prince.

plir ! A l'Orient les montagnes forment depuis les cimes de Gelboé, qu'on entrevoit du côté du midi, jusqu'aux cimes du Liban, qui se montrent au nord, uue chaîne serrée, mais ondulée et flexible , dont les sombres anneaux semblent de temps en temps prêts à se détendre, et se brisent même ça et là pour laisser passer un peu de ciel. Ces montagnes ne sont pas terminées à leur sommet par ces dents aiguës, par ces rochers aiguisés par les tempêtes qui présentent les pointes émoussées à la foudre et aux vents, et donnent toujours à l'aspect des hautes chaînes quelque chose de vieux, de terrible, de ruiné, qui attriste le cœur en élevant la pensée. Elles s'amoindrissent mollement en croupes plus ou moins larges, plus ou moins rapides, vêtues les unes de chênes disséminés, les autres de broussailles verdoyantes, celles-ci d'une terre nue, mais fertile, qui offre encore les traces d'une culture variée , quelques autres enfin de la seule lumière du soir ou du matin, qui glisse sur leur surface et les colore d'un jaune clair ou d'une teinte bleue et violette plus riche que le pinceau ne pourrait la retrouver. Leurs flancs, quoiqu'ils ne laissent passage à aucune grande vallée, ne forment pas un rempart toujours égal : ils sont creusés de distance en distance de profondes et larges ravines, comme si les montagnes avaient éclaté sous leur propre poids, et les accidents na-

turels de la lumière et de l'ombre font de ces ravines des taches lumineuses, ou plus souvent obscures, qui attirent l'œil et rompent l'uniformité des contours et de la couleur. Plus bas elles s'affaissent sur elles-mêmes, et avancent çà et là sur le lac des mamelons ou des monticules arrondis : transition douce et gracieuse entre leurs sommets et les eaux qui les réfléchissent. Presque nulle part, du côté de l'orient, la roche ne perce la couche végétale dont elle est grassement revêtue , et cette Arcadie de la Judée réunit ainsi toujours à la majesté et à la gravité des contrées montagneuses l'image de la fertilité et de l'abondance variée de la terre. » (1)

La ville que Marie habitait était située à l'extrémité de la vallée d'Esdrelon, «vallée ravissante encadrée dans une sombre bordure de montagnes, à l'extrémité de laquelle apparaissait une petite cité, pittoresquement assise sur le revers d'une colline et qui brillait comme une fleur au milieu des hameaux voisins ; cette ville riante et jolie était Nazareth, la ville natale de la Vierge. » (2)

« La vue qu'on aperçoit du haut de la colline qui domine Nazareth, dit un voyageur contemporain, est une des plus belles et des plus pittoresques

(1) A. de Lamartine, Voyage en Orient, u, Syrie et Galilée.

(2) Obsini, la Vierge, Mariage de la Vierge.

de toute la Palestine. A vos pieds vous voyez s'étendre une partie de la vaste plaine d'Esdrelon (1); a votre gauche se présentent le mont Thabor, dressant fièrement sa tête au dessus de quelques collines intermédiaires, une partie du petit Hermon, du Gelboé et des montagnes de Samarie. Vous reconnaissez la vaste ligne du Carmel, qui se plonge vers la mer, portant sur son promontoire septentrional le couvent d'Elie , et ayant a ses pieds la ville de Caïpha. A l'ouest s'étend la Méditerranée, toujours belle et toujours réfléchissant les couleurs du matin ou du soir ; au nord s'ouvre une plaine verdoyante et magnifique, que l'on appelle aujourd'hui El-Buttauf. Au fond de cette plaine courent à l'est et à l'ouest des rideaux de collines, au dessus desquelles s'aiguisent les hauteurs du Safed, couronnées de leur cité. Vers la droite se présente une mer de collines et de montagnes , bornée par un arrière-plan d'éminences plus hautes qui ondulent jusque vers le lac de Tibériade, et au nord-est par le majestueux Hermon, avec son diadème de neige. » (2)

(1) Esdrelon veut dire : Secours de la force.

(2) Le même écrivain donne de curieux détails sur la situation actuelle de Nazareth et sur les précieux souvenirs que renferme ce village : « La ville de Nazareth, appelée en arabe Etyasirak, est située à l'ouest dans un petit bassin oblong, lequel s'étend du sud-sud-ouest au nord-nord-est, et qui n'a pas moins

Dans celte vie modeste les occupations de Marie étaient celles de toutes les femmes du peuple. Sa

do vingt milles de long sur dix de large. Les maisons sont placées sur la partie inférieure du versant occidental qui s'élève à pic au dessus de la ville. Elles sont en général bien bâties, quoique irrégulièrement groupées ; elles ont le toit en terrasse, comme dans la plupart des villes que nous avons déjà visitées. La population s'élève à trois mille âmes environ, et elle se compose de catholiques, de Maronites, de Grecs schisniatiques et de Turcs. Les édifices les plus considérables sont : le monastère, qui est beau, vaste et construit avec une extrême solidité, a été converti par les Turcs en mosquée, et un kan très grand et très commode à l'entrée de la ville sur la route de Jafla. On montre, à la distance d'environ deux milles de la ville, la montagne du haut de laquelle les Juifs voulurent précipiter notre Seigneur te jour où il entra dans la synagogue pour y faire entendre sa parole. Celte synagogue est un édifice vofité construit en pierres de taille, long d'environ trente pieds sur quinze ou seize de large. Elle appartient aujourd'hui aux Grecs schismatiques, qui l'ont convertie en église. Les pîres franciscains y vont dire la messe. Le costume des femmes de Nazareth offre quelque chose de ravissant au point de vue de l'artiste. Toutes portent une longue robe bleue, comme au temps de la sainte Vierge, fermée devant la poitrine et serrée d'une ceinture de laine blanche. Un voile violet est jeté sur leurs têtes, et elles en ramènent un des bouts vers le visage quand elles ne veulent pas être vues. La fontaine de Marie, située à un quart de lieue de Nazareth, est le rendez-vous habituel des femmes de la cité. C'est là qu'elles vont chercher de l'eau. Malheureusement, comme elle est peu abondante et qu'il faut y rester longtemps, il se passe rarement une semaine sans qu'il n'y ait des rixes et des cruches cassées. Ces cruches sont d'énormes vases de terre d'une hauteur démesurée. Les Nazaréennes les portent sur la tête ; et, sous un poids

jeunesse, sa naissance et sa beauté (1) ne la rendaient ni moins laborieuse ni moins zélée pour remplir les devoirs de son humble position.

si lourd, elles ODt encore quelquefois un enfant sur les bras, ce qui ne les empêche pas de marcher avec une légèreté étonnante. L'eau qui alimente la fontaine de la Vierge vient d'un pui;s aujourd'hui renfermé dans l'église des Grecs schismatiques , et la tradition raconte que la sainte mère du Christ allait habituellement puiser là l'eau dont elle avait besoin. Le chemin qui y conduit est bordé de nopals et d'arbres fruitiers, et il offre une promenade ravissante que l'aspect des montagnes voisines et des champs couverts de moissons rend encore plus pittoresque. Sainte Hélène, mère de Constantin, passe pour avoir fait construire à Nazareth l'une des plus belles basiliques qu'il y ait eu Orient, l'église de l'Annonciation. C'est, dit la tradition, sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui celte église que s'opéra le mystère de l'Incarnation. C'est là que l'auge Gabriel fut envoyé par Dieu à une vierge appelée Marie, et mariée à un homme nommé Joseph, de la maison de David. L'une des reliques les plus populaires dont se glorifie l'église de Nazareth est la Table de notre Seigneur. C'est un grand morceau de pierre calcaire du pays, plat, poli et fixé dans le sol. Selon la tradition, ce fut sur celte table même que notre Seigneur célébra la sainte Cène. Autrefois elle était cachée sous une plaque de fer, et on y montre encore les trous des boulons qui servaient à l'y fixer. On a construit une chapelle au dessus de cette pierre, qui attire aujourd'hui à Nazareth un nombre considérable de pèlerins grecs, latins, arabes et même musulmans, les uns pour y faire leurs dévotions, les autres pour être témoins des miracles qu'ils croient être le résultat immanquable de la prière en ce lieu. • {Le Livre d'or des familles, Nazareth, fontaine de Nazareth, église de la Vierge à Nazareth.)

(1) Tous les Pères conviennent de la remarquable beauté de la

« Elle dut, dit M. l'abbé Orsini, charger son fuseau d'un lin plus grossier (1), moudre le grain de froment, d'orge et de doura, dont elle pétrissait, en gâteaux ronds et minces, la farine rude et jaunâtre. Couverte de son voile, une urne antique sur la tête, elle allait puiser de l'eau à une fontaine peu éloignée, comme les femmes des patriarches, ou laver ses tuniques d'azur au courant du ruisseau, comme les princesses d'Homère. Jésus-Christ, témoin des habitudes laborieuses de cette noble

Vierge. S. Epiphane, cité par Nképhore, en a laissé un gracieux portrait. « Ce n'est, dit Bernardin de Saint-Pierre, ni le climat, ni les aliments, ni les exercices du corps qui forment la beauté humaine, c'est le sentiment moral, qui ne peut subsister sans la religion. » (Voyez Peignot, Recherches sur la personne de Jésus-Christ et sur celle de Marie, 143-188.)

(1) « La Vierge surpassait toutes les filles de son peuple dans ces beaux ouvrages si appréciés des anciens. S. Epiphane nous apprend qu'elle excellait dans la broderie et dans l'art de travailler en laine, en bysse et en or ; son adresse sans égaie à filer le lin de Peluse est encore traditionnelle dans l'Orient, et les chrétiens occidentaux, pour en perpétuer la mémoire, ont donné 'e nom de fil de la Vierge à ces réseaux éclatants de blancheur et d'une contexture presque vaporeuse qui planent sur le creux des vallons pendant les humides matinées d'automne. Ce fut par e même motif que les sérieuses et pures fiancées des premiers fidèles, au moment de subir le joug de l'hymen, vinrent longtemps déposer sur l'autel de la reine des anges une quenouille entourée de bandelettes de pourpre et chargée d'une laine sans tache. » (OusiNr, la Vierge, Marie au Temple*— Voyez Peigkot, 149-152.)

femme, y a fait quelquefois allusion dans ses paraboles ; et ces simples occupations de Marie sont conservées dans le tissu évangélique, ainsi qu'une fleur marine dans l'ambre.

« On y voit, en effet, la femme diligente mettant le levain dans trois mesures de farine, balayant son aire avec soin pour retrouver une chose perdue, et raccommodant avec économie un pauvre vêtement. Quand Jésus cherche une similitude pour recommander la pureté du cœur, il la puise dans le souvenir de la propreté (1) de celle qui nettoie soigneusement l'intérieur et l'extérieur de la coupe,

(1) Le costume des femmes de Palestine, même des plus pauvres, était plein de grâce et de majesté: les Annonciades de Gênes portaient au seizième siècle un costume assez semblable à celui de la sainte Vierge, c'est à dire « blanc dessous et céleste dessus, afin qu'un tel habit causât une continuelle mémoire d'ici lie. » Les pantoufles des religieuses de chœur sont également couvertes de cuir céleste. (Règle des Annonciades de Gènes, chap. 2). M. de Lamartine a retrouvé dans cet Orient où tout semble immobile le costume de Marie dans celui des femmes de Nazareth. « Elles portent, dit le poète voyageur, une longue tunique bleu de ciel serrée par une ceinture blanche dont les bouts traînent à terre. Les plis renflés d'une tunique blanche retombent gracieusement sur la tunique bleue. » M. de Lamartine fait remonter ce costume au temps d'Abraham et d'Isaac, et cette supposition n'a rien d'invraisemblable. On voit qu'il existe une bien légère différence entre le costume adopté au seizième siècle, sur les traditions d'Italie, et celui que le voyageur français a trouvé sur les lieux mêmes.

et l'on voit qu'il songe a Marie en louant l'offrande de la veuve qui ne donne pas de son superflu, mais de son indigence. Ainsi le chantre de Cliio nous représente la justice sous les traits de sa mère, pauvre femme du peuple, pesant exactement la laine qu'elle va filer pour se nourrir elle et son fils, et demeurant probe et juste envers le riche au milieu d'une misère profonde. » (1)

Les temps marqués dans les desseins de Dieu étant accomplis, l'ange Gabriel se présenta à la Vierge, et lui dit : « Je vous salue, ô pleine de grâce, le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes. » La Vierge fut troublée par ces paroles., et elle examinait en elle-même quelle pouvait être cette salutation. Mais l'ange lui dit : « Ne craignez point, Marié, car vous avez trouvé grâce devant Dieu. Vous concevrez dans votre sein et vous enfanterez un fils que vous nommerez Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. Il régnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. » Alors la Vierge répondit : « Gomment cela se fera-t-il, car je ne connais point d'homme ? » Et lange lui dit : « Rien n'est impossible à Dieu. Sachez qu'Elisabeth, votre cousine, a conçu elle-même un fils

(1) Orsini, la Vierge, l'Annonciation.

malgré sa vieillesse, elle qui était stérile. Le Saint- Esprit descendra en vous, et la vertu du Très -Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. » Marie crut, et s'écria dans son dévouement et dans son humilité : « Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon votre parole. » Et l'ange la quitta.

« De la réponse de Marie, dépendait l'accomplissement du glorieux mystère. Ce consentement était, dans l'ordre des décrets éternels de Dieu, une des conditions requises pour l'incarnation du Verbe; et voilà l'essentielle obligation que nous avons à cette reine des vierges, puisqu'il est de la foi que c'est par elle que Jésus-Christ nous a été donné et à elle que nous sommes redevables de ce Dieu sauveur ; car si le fils de Dieu descend de sa gloire, si dans les chastes entrailles de Marie il vient pour le salut des hommes se faire homme, c'est au moment qu'elle a dit et parcequ'elle a dit : « Je suis

« la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon

« votre parole. » (!)

L'expression même que Marie emploie pour donner son consentement montre l'admirable rôle que joue l'humilité dans cet ineffable mystère.

a En effet, en quoi Marie se distingua -t-elle

(i) Bourdaloie, Sermon sur f Annonciation.

devant ce Dieu de majesté pour le porter à la choisir pour sa mère ? C'est elle qui nous l'apprend par la connaissance qu'elle eut de sa bassesse et par l'aveu qu'elle en fit. Or cet aveu qu'elle en fit ne fut qu'une expression vive et affectueuse de l'humilité de son cœur (1) : Oui, dit-elle dans ce sacré cantique qui , selon S. Ambroise, fut comme l'extase de son humilité, on m'appellera bienheureuse, et je le suis en effet; car le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses. Et pourquoi les a-t-il faites ? parcequ'il n'a pas dédaigné la bassesse de sa servante, et qu'il a eu égard au sentiment qu'elle en avait (2). Cela seul m'a attiré non seulement sa bénédiction et ses grâces , mais sa personne et sa divinité même ; et je veux bien le publier hautement, afin que toutes les âmes justes profitent de la confession que j'en fais, sachant qu'il n'y a que l'humilité à qui Dieu se communique, ni qui puisse l'approcher de nous et nous approcher de lui. Il ne faut pas s'étonner que Dieu en use de la sorte à l'égard de Marie ; car, comme raisonne S. Bernard, un Dieu qui lui-même était sur le point de s'humilier jusqu'à l'excès, en se revêtant de notre chair, devait avoir des complaisances infinies pour l'humilité; puisque, dans l'état même de sa gloire, il a

(1) Quia respexit humilitatcai ancilliie suœ.

(2) Ecce enim ex hoc.

tant d'égard pour cette vertu , et que par la seule raison qu'il est grand toutes ses inclinations sont pour les petits (1) et pour les humbles. » (2)

L'humilité qui avait attiré à Marie de si hautes faveurs du ciel, elle sut la conserver précieusement dans une si grande élévation. Yous qui trouvez, soit dans votre rang, soit dans vos richesses, soit même dans vos vertus, tant de raisons spécieuses pour abandonner les préceptes rigoureux de la modestie chrétienne , écoutez Bourdaloue et S. Jean Chrysostome , qui vous confondent par l'exemple de la bienheureuse Mère de Jésus :

« Vous me direz , chrétiens : mais peut-on être humble et grand tout à la fois ? car voilà le prétexte que l'esprit du monde a opposé de tout temps à la vérité de cette maxime chrétienne. Et moi je vous réponds : en peut-on douter après la preuve authentique et le modèle admirable que Dieu nous a donnés dans l'incarnation de son Fils et dans l'exemple de sa mère, la plus glorieuse et la plus humble des pures créatures? Vous me demandez si l'on peut être humble et grand tout à la fois. Et le Fils de Dieu a bien pu devenir humble en demeurant Dieu ; et Marie a bien pu être humble en devenant la mère de Dieu ! Quoi donc, reprend S. Chrysos-

(1) Quoniam excelsus Dominus, et humilia respiciU

(2) Bocrdalove, Sermon sur l'Annonciation.

tome , les grandeurs humaines ont-elles quelque chose de plus éclatant que la maternité de Dieu et que la divinité même? Et puisque la divinité et la maternité de Dieu se sont si bien accordées avec l'humilité dans Jésus-Christ et dans Marie, oseronsnous dire qu'il y ait quelque chose de grand sur la terre avec quoi l'humilité puisse être incompatible. Oui, chrétiens, on peut être grand et humble tout ensemble, c'est à dire on peut être humble dans la grandeur comme on peut être superbe dans la bassesse. On ne peut pas être humble, et ambitionner d'être grand, et se plaire à être grand, et faire toutes choses pour être grand; mais on peut être humble et être grand, pareequ'on peut être grand par l'ordre de Dieu, et que l'ordre de Dieu n'a rien qui ne contribue à maintenir l'humilité. » (1) « Que l'exemple de la Vierge, aussi humble qu'elle était élevée en grâce et en sainteté, nous apprenne que plus nous avons de vertu, plus nous devons nous humilier devant Dieu; cependant confessons la vérité, on ne laisse pas de voir souvent des gens qui font profession de piété plus superbes que de grands pécheurs; on voit encore aujourd'hui des personnes qui, comme le Pharisien, s'élèvent de leurs bonnes actions, et d'autres que leurs mauvaises humilient comme le Publicain; car il y a cette différence

(1) Boubdàloue, Sermon sur l'Annonciation.

entre l'orgueil et les autres vices, qu'il n'y a que les mauvaises actions qui puissent être la matière des autres vices; mais les bonnes peuvent être la matière de l'orgueil. Or l'on peut assurer qu'il n'y a point de péché que le Seigneur ait plus en horreur que cette vanité qu'on retire de la vertu , puisque, comme l'ange apostat, c'est alors se servir des dons de Dieu pour s'élever contre Dieu même. » (1)

Une circonstance du mystère de l'Annonciation que nous devons remarquer avec soin , c'est que Marie ne montra pas moins d'attachement pour la virginité que de goût pour l'humilité. Ce point de vue n'a pas échappé à l'intelligence pénétrante de Bourdaloue :

« L'ange, dit-il , se présente à Marie, et elie se trouble; à peine a-t-il commencé à lui parler que la crainte la saisit , qu'elle paraît inquiète et surprise, qu'elle se sent intérieurement combattue de mille pensées (2). Sur quoi on peut faire cette réflexion : si Marie eût été de ces personnes mond aines, qui ne sont vierges que de corps sans l'être de l'esprit, cette visite qu'elle recevait n'aurait rien eu pour elle de si surprenant ; et les louanges qu'on lui donnait, au lieu de l'étonner, l'auraient agréa-

(1) De Mosmorel, Homélie sur ta fêle de ta Conception.

(2) Turbata est, et cogitabat qualis esset ista salutatio.

blement flattée. Mais la profession qu'elle avait toujours faite de n'avoir, comme vierge, d'autre entretien qu'avec Dieu; la loi qu'elle s'est prescrite et qu'elle a gardée de fuir tout autre commerce et de renoncer aux mœurs et aux usages du siècle profane; son exacte et sévère régularité, son attention à ne se relâcher jamais sur les moindres bienséances, la possession où elle est d'une conduite irrépréhensible et à l'épreuve de la plus rigide censure , la pudeur et la modestie qui lui sont plus que naturelles; l'opinion dont elle est prévenue que les louanges données à son sexe et favorablement reçues sont le poison le plus contagieux et le plus mortel ; tout cela lui cause un trouble qu'elle n'a point honte de faire paraître, parcequ'être troublée de la sorte c'est le véritable caractère d'une vierge fidèle à Dieu. » (1)

* L'ange, qui vit l'embarras de la sainte Vierge sur l'intérêt de sa pureté, la rassura dans le moment de sa peur, et la délivra de son doute : Ne craignez rien , Vierge sainte ; bien loin que votre virginité soit un obstacle à devenir mère du Sauveur, c'est plutôt le moyen de vous la faire devenir ; si vous n'étiez pas vierge , seriez-vous en état de contribuer à ce mystère? Car il est digne de Dieu de ne naître que d'une vierge,

(1) Bourdalobe, Sermon sur l'Annonciation.

comme il ne convient qu'à une vierge d'être mère de Dieu. » (1)

Cette pensée que Dieu, en se faisant homme, devait naître d'une vierge est tout à fait conforme à la doctrine de S. Bernard et de Bourdaloue :

« Dieu l'avait dit, chrétiens, et le plus authentique de tous les signes qu'il avait promis au monde, pour marquer l'accomplissement du grand mystère de notre rédemption, c'était, selon le rapport d'Isaïe, qu'une vierge, demeurant vierge, concevrait un fils, et que ce fils serait Dieu. Ce prodige, je l'avoue, surpassait toutes les lois de la nature; mais après tout il ne laissait pas d'être, dans un sens , parfaitement naturel ; car, comme raisonne S. Bernard, si un Dieu se faisant homme devait avoir une mère, il était de sa dignité, et par là d'une espèce de nécessité , que cette mère fût vierge, et si une vierge, par le plus inoui de tous les miracles, devait sans cesser d'être vierge avoir un fils, il était pour elle d'une bienséance absolue, et comme indispensable que ce fils fût Dieu : (2) il fallait que le Verbe de Dieu, par un excès de son amour et de sa charité, sortît hors du sein de Dieu, et, si je puis ainsi dire, hors de lui-même ; mais

(1) Dr. Monmorel, Homélie sur l'Annonciation.

(2) Neque cniin aut partus alius virginem, aut Deum decuit partus alter.

supposez cette sortie , qui est proprement ce que nous appelons incarnation : le Verbe de Dieu ne pouvait autrement être conçu, selon la chair, que par la voie miraculeuse de la virginité, parceque toute autre conception que celle-là aurait obscurci l'éclat et la gloire de sa divinité. C'est la pensée sublime de S. Bernard. » (1)

Sans nous arrêter à développer toutes les conséquences du mystère de l'Incarnation, nous nous bornons à faire remarquer qu'en vertu de ce prodige la bienheureuse Vierge est véritablement et proprement Mère de Dieu. Tous les saints docteurs ont regardé ce titre comme le plus glorieux dont une créature puisse être honorée, comme une source de bénédictions et de privilèges que la langue humaine ne saurait exprimer. C'est ce que S. Cyrille d'Alexandrie développe admirablement dans un sermon sur les grandeurs de Marie, prononcé en présence du concile d'Éphèse.

« Nous vous saluons, s'écrie le saint Patriarche, ô très sainte Trinité, qui nous avez rassemblés dans cette église de Marie, mère de Dieu. Nous vous saluons aussi, ô Marie, mère de Dieu, trésor vénérable de tout l'univers, sceptre de la doctrine orthodoxe, temple indestructible, la demeure de celui qu'aucun lieu ne peut contenir, vierge et mère tout en-

(1) Bocrdaloue, Sermon sur l'Annonciation.

semble ! Nous vous saluons, vous qui avez renfermé dans votre sein virginal le Dieu immense et incompréhensible, vous par qui la sainte Trinité est adorée et glorifiée, par qui la précieuse croix du Sauveur est célébrée et adorée dans le monde entier ; par qui le ciel triomphe , les anges et les archanges se réjouissent, les démons sont chassés, le tentateur est vaincu, l'homme déchu est relevé jusqu'au ciel, et le genre humain,, abjurant les vaines idoles, parvient à la connaissance de la vérité; vous par qui les fidèles obtiennent le saint baptême et sont oints de l'huile de joie ; par qui toutes les églises du monde ont été fondées et toutes les nations amenées à la pénitence. Que dirais-je de plus? vous par qui le Fils unique de Dieu a éclairé ceux qui étaient assis dans les ténèbres et à l'ombre de

la mort Non, jamais on ne pourra dignement

célébrer l'incomparable dignité de Marie. »

« Ne détournez pas , dit l'éloquent solitaire de Clairvaux , ne détournez pas vos regards de la splendeur de cet astre, si vous ne voulez pas être engloutis par la tempête, ô vous qui comprenez qu'au milieu des troubles du siècle ce n'est pas sur cette terre que vous marchez, mais que bien plutôt vous êtes emportés par les flots d'une mer en furie ; regardez l'Étoile, invoquez Marie. Si les vagues de l'orgueil ou de l'ambition vous soulèvent, si les abîmes creusés par la haine ou la calomnie

s'ouvrent devant vous, regardez l'Étoile, invoquez Marie ; si la colère, l'avarice, les passions mauvaises secouent la paHvre barque de vôtre ame, regardez l'Étoile, invoquez Marie ; si, troublés de la grandeur de vos crimes et de l'impureté de votre conscience, vous vous sentez entraînés dans le gouffre du désespoir, regardez l'Étoile, invoquez Marie. Que son nom soit dans votre cœur, qu'il soit sur vos lèvres, et pour obtenir plus sûrement le suffrage des prières suivez l'exemple de sa vie. Elle est la voie droite et le guide certain qui vous conduira à la patrie, et une heureuse expérience vous apprendra, mon frère, qu'à bon droit cette vierge a été nommée Marie, Étoile de la mer. » (1)

(1) Le saint docteur suppose avec S. Jérôme que le nom de mi imam (Marie) signifie : étoile de la mer. D'autres ont dit maîtresse de la mer. Enfin plusieurs afliriuent que ce mot doit se traduire par amertume de la mer ou myrrhe de la mer.

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