CHAPITRE XV
Elle se basait sur ce que la lettre du roi était adressée à l'archevêque et non pas à elle (*).
D'après les conseils des Guises et pour contrebalancer l'importance et la popularité que pouvaient donner à Antoine de Navarre les graves événements dont la Guyenne était le théâtre, François II donnait à MM. d'Escars et de Thermes le titre de « lieutenant général en deçà de la rivière de Garonne», titre que portait déjà M. de Burie, dont on se défiait un peu dans l'entourage du roi (2).
Cette double nomination avait une extrême importance. Froment d'Escars, chambellan du roi de Navarre, était fortement soupçonné d'être soudoyé par les Guises, auxquels on l'accusait de vendre les secrets de son maître (3). Prévenu sans doute de sa nomination par des avis antérieurs, il était alors à Bordeaux et reçut du Parlement l'invitation d'assister à ses séances, où une place d'honneur lui fut réservée (4).
On tint conseil en sa présence et l'on prit ses avis, car la situation était des plus -graves; la Réformation, jnsque-là humble et timorée, dressait fièrement la tête dans toutes les villes de la Guyenne.
A Bergerac, les protestants avaient fermé les portes do la ville, dont ils détenaient les clés; dans la Saintonge, les Lannes et l'Agenais, leur nombre et leur audace s'augmentaient de jour en jour; à Périgueux, il fallut envoyer au plus vite MM. Amelin et de Masparraute, conseillers au Parlement, avec le titre de commissaires (5).
Les « nouvelles » que d'Escars avait reçues de cette ville étaient fort mauvaises; la Cour, sur la demande de cet
(L) Biri.iotheque municipale de Bordeaux, ms. 367: Extrait des registres secrets, séance du 6 avril.
(2) Idem, ibidem, mss. 3G7 et 370.
(3; Voyez de Thou, Histoire universelle, liv. XXV, t. II, p. 705.
(*) Histoire de Jeanne d'Albret, par Mlle Vauvilliers, Paris 1823, t. Ier, p. 104. Froment de Pérusse, comte des Cars ou d'Escars, capitaine de 50 hommes |'armes des ordonnances du roi; il était iils de Jacques d'Escars qui l'ut gouverneur du Périgord,
(*) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 367 : Extrait Ujs registres seerrts, 5 avril 1560.
officier général, décida, le 22 mars, que deux présidents et quatre conseillers pris parmi les plus anciens assisteraient aux séances tenues de la commission militaire présidée par lui, toutes les fois qu'il lui plairait de les convoquer.
La situation générale du pays, mais particulièrement de la Guyenne, était des plus alarmantes et nécessitait en effet des mesures promptes et radicales.
Aussi François II, vivement impressionné par les rapports qui lui arrivaient de Bordeaux et d'ailleurs, écrivit le 9 avril une longue lettre au roi de Navarre, afin de l'exhorter à poursuivre « avec son zèle ordinaire », le reste des conjurés d'Amboise dans la province dont il avait le gouvernement.
Il lui désignait comme particulièrement dangereux les deux ministres Bois-Normand et David, avec lesquels le lecteur a déjà fait connaissance.
Antoine de Bourbon exécuta ponctuellement les ordres de la Cour. Après avoir dispersé quelques troupes sans discipline répandues dans l'Agenais, il obligea les personnes suspectes à sortir de la Guyenne (r).
Olivier, chancelier de France, était mort, inconsolable d'avoir manqué de courage en ne résistant point aux cruels supplices ordonnés par les Guises. Michel de L'Hôpital venait de le remplacer. Ce fut lui qui fit signer au jeune roi VEdit de Romorantin, qui, à l'exclusion des grandes Cours du royaume, attribuait aux évèques la connaissance du crime d'hérésie (mai 1560).
Cette ordonnance royale, on le comprend, souleva de grands murmures dans tous les parlements de France.
Le 2 juillet, la Cour de Bordeaux, toutes Chambres assemblées, décida, comme l'avait fait celle de Rouen, que des remontrances seraient adressées à ce sujet à François II et lui députa le procureur général Lescure (2).
Le 31 du môme mois, il était de retour, et transmettait au
(') De Thou, Histoire universelle, t. II, p. 779 et 780.
(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 367 : Extrait des registres