‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 101 sur 310 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

parlement de Guyenne la réponse du roi. Sa Majesté, lui dit-il, veut que l'édit soit exécuté (').

La Cour se soumit, enregistra séance tenante l'ordonnance royale et en ordonna la publication.

La seconde partie de l'édit de Romorantin froissait le Parlement d'une façon toute particulière. Elle attribuait en dernier ressort aux Cours présidiales (2) tout ce qui avait rapport aux assemblées illicites signalées dans l'étendue de leur juridiction, qu'elles se fissent en armes ou même sans armes.

Trois jours à peine s'étaient écoulés depuis l'enregistrement de l'édit, quand des réunions armées tenues à Pessac de Gensac, sur la Dordogne, furent dénoncées à l'avocat général Delahet, par le capitaine du cbàteau de Curton.

Des copies de la lettre de ce dernier furent immédiatement envoyées par les gens du roi à d'Escars et à l'évêque de Bazas, dans le diocèse duquel la paroisse de Pessac était comprise.

On négligea de leur parler d'un prétendu miracle qui avait eu lieu dans cette localité, et dont le récit, plus que ridicule, était contenu dans la missive du capitaine de Curton.

Un malade à l'agonie, appartenant à la religion réformée, avait refusé de recevoir le saint- sacrement, priant l'ecclésiastique de le laisser mourir tranquille. Comme celui-ci insistait de nouveau, le moribond impatienté finit par lui dire « qu'il préférerait avaler un crapaud » . A peine le prêtre indigné eut -il tourné les talons, qu'à la vue de tous les assistants, des diables, sortis de l'enfer, emportèrent par la fenêtre ce malheureux blasphémateur, dont les dernières paroles furent celles-ci : « Ne priez pas Dieu pour moi, car je suis damné (3). »

(!) BiBi.iOTHf.QUE municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, ms. 3(39, t. I", f°s 474 et 475.

(2) Los Cours présidiales ou simplement Présidiaux, étaient des tribunaux institués par Henri II en 1551, pour venir en aide aux parlements dans les affaires de peu d'importance.

(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 309 : Extrait des registres secrets.

C'est avec des niaiseries de cette espèce que le cierge romain ravivait le fanatisme des populations ignorantes ou trop crédules. Par contre, il était difficile de mieux servir auprès des gens sensés les intérêts de la Réforme.

D'Escars était à Bordeaux depuis peu de mois, quand il reçut du roi de Navarre l'ordre de se rendre à Brives, en Limousin, « pour quelque assemblée qu'on y avoit faicte. »

Mais le Parlement, désireux de le conserver, ne craignit pas de s'opposer à son départ. Le 18 août, il écrivit a François II, lui faisant observer que « pour le faict d'une ville particulière », Bordeaux, « la capitale » de la province ne pouvait « rester desnuée de chef » militaire.

Par le même courrier, ils prièrent Antoine de Bourbon d'agréer leurs excuses, l'avertissant qu'un nommé de Meymy se faisant appeler le sieur de Lisle, causait une grande agitation dans le Périgord, par les réunions qu'il y tenait C'était un gentilhomme nommé Denis Daytz, seigneur de Mesmy, qui des premiers dans cette contrée avait salué joyeusement l'apparition de la Béforme.

Malgré les représentations sévères qui lui avaient été faites « les prêches et assemblées » organisés par lui s'accroissaien de jour en jour. « Nous sommes advertiz, disait le Parlement qu'en certain lieu nommé Mussidan, il y a telles assemblées que les magistrats qui dépendent de V. M. n'ont pour aujourduy moïen d'y estre obéiz... Les disciples du dit Meymy sont si bien armés et accompaignés d'arquebuses, que les gens de nostre robbe n'y peuvent meshuy toucher (').

C'est qu'en effet, sur bien des points, les protestants effrayés par les massacres qui sur l'ordre des Guises avaient suivi la conjuration d'Amboise, s'étaient armés pour leur défense. D'autres pensaient que puisqu'ils étaient fatalement condamnés, mieux valait mourir debout, les armes à la main

(!) Bini.WTHKQUE nation.vi.e, iTiss. : Fonrls français, vol. 15873 et Archives historiques de la Gironde, t. XIII, p. 122 et 123. Un pasteur nommé Mazet prêchait ouvertement à Eymet, à Saint-Cyprien, à Issigeac et à Sarlat ; il baptisait et faisait quelques collectes. Chaque ville lui payait une cotisation mensuelle de dix livres tournois; il fut arrêté, puis relâché.

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