‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 99 sur 310 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Pendant que les événements que nous venons de relater le plus succinctement possible se passaient en Touraine, des laits d'une nature plus grave peut-être que la conjuration d'Araboise surgissaient en Guyenne.

Une effervescence extraordinaire agitait les populations de cette province. A Montségur, petite place forte de l'arrondissement de La Réole, des réunions tumultueuses avaient lieu dans les rues et sur la place publique.

Le 3 février 1560, le parlement de Bordeaux ordonna au procureur général Lescure de s'y rendre en toute hâte, en compagnie de MM. de Belcier et de Valier, chargés de commencer une information contre les hérétiques (1).

Le 10, la Cour effarée reçoit la nouvelle que les trois commissaires envoyés par elle se sont vus dans l'obligation de se renfermer dans la ville, où 8,000 hommes venaient de proclamer la Commune.

Elle mande en toute hâte M. de Vaillac, gouverneur du Château-Trompette, et M. de Noailles, qui commande le château du Hà et leur ordonne de prendre des mesures de précaution; mais chacun d'eux ne dispose malheureusement que d'une trentaine de soldats, force tout à fait dérisoire en cas de soulèvement.

En même temps, elle fait partir à franc-étrier deux chevaucheurs pour prévenir le roi de Navarre, gouverneur de la province, et M. de Burie, son lieutenant.

Elle donne l'ordre à François de Montpezat, sieur de Sévignac, de rassembler des forces et de marcher contre les rebelles. Mais comme ce gentilhomme, accusé d'assassinat sur la personne du capitaine Jean George, son parent, se trouvait alors sous les verroux, elle décida de lui rendre provisoirement la liberté (3).

Enfin, des lettres pressantes sont expédiées à MM. de Cau-

(!) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 3G9: Extrait des registres secrets, t. Ier, f° 433 v".

(-) Argh. municipales de Bordeaux, Inv.-somm. de. 1751, au mot: Parlement.

(3) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms. 3GU : Extrait des registres secrets, f° 453 et 454.

mont, de Duras et Lauzun, partisans secrets de la Réforme, pour les prier d'armer sur-le-champ toutes les troupes dont ils disposent et d'attendre les ordres du Parlement.

Ces mesures de prudence, rapidement exécutées, surfirent à faire rentrer dans le devoir une population surexcitée, et peu de jours après la Municipalité bordelaise écrivait à François. II que le calme régnait à Montségur.

La réponse du jeune roi ne se fit pas attendre. Elle était datée du 17 février et félicitait le maire et les jurats de Bordeaux de leur attitude énergique.

Elle fut apportée par M. d'Auzance ('), gentilhomme de la chambre du roi. Les magistrats municipaux en ordonnèrent la transcription au Registre de la Jurade (2).

Ce même seigneur, introduit au Parlement dans la séance du 23 février, remit à la Cour deux lettres closes du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, dont la lecture fut faite par le président Roffignac.

On ne remarquera pas sans étonnement que c'est aux jurais et non pas à la Cour que sont adressées les félicitations royales, ce qui prouve que l'immixtion du Parlement dans toutes mesures propres à maintenir la tranquillité n'était pas vues d'un très bon œil par la reine-mère et par le roi.

On se demande, en effet, comment un corps tout judiciaire s'arrogeait, de sa propre autorité, le droit de s'entremettre dans les affaires de cette nature et se substituait à l'autorité militaire?

Le parlement de Bordeaux n'accepta point la leçon que lui donnait la reine-mère ; il se montra tellement froissé de ce procédé, que peu de temps après, M. d'Escars l'ayant averti que le roi avait donné des ordres pour qu'une procession solennelle fût faite pour la conservation de la foi, la Cour décida qu'elle n'y assisterait point.

(') Jacques de Montberon, seigneur d'Auzance. Bibliothèque municipale de Bordeaux, Extrait des registres secrets, mss. 3G7, 3fi(J et 370.

(-) Ce manuscrit est un de ceux qui ont le plus souffert à l'incendie de l'Hôte] du Ville de Bordeaux, dans la fatale nuit du 13 juin 1862. Le texte de la lettre à François II est cependant à peu près intact.

Page 1