CHAPITRE XV. I
Aussi cherchaient-ils, toutes les fois qu'ils le pouvaient, à faire évader leurs coreligionnaires détenus.
Le 23 août, le parlement de Bordeaux informait le roi qu'une assemhlée de deux ou trois cents hommes, dont une partie étaient armés, avait été tenue à Pessac en Bazadais ('), pendant plusieurs jours de suite, dans le but de délivrer un prisonnier retenu à Sainte-Foy, et nommé Bichon.
Cet homme, plus connu dans la contrée sous le surnom de Peyrot Ion Mau (Petit-Pierre le mauvais), était accusé d'avoir forcé les prisons de cette ville pour délivrer un hérétique.
La Cour ajoutait qu'un mois auparavant, un grand nombre de gens munis d'épées, de dagues ou d'arquebuses, avaient, à la faveur de la nuit, enlevé du château de Bergerac un orfèvre appelé Mathieu La Fleur, accusé d'hérésie, dont on espérait tirer des renseignements au sujet de l'abandon dudit château par le capitaine de Montréal, qui en avait reçu le commandement.
« En 'plusieurs lieux de ce ressort, disait la même lettre, se font assemblées, presches publiques et privées, baptêmes à la forme de Genefve, etc., sur quoy faisons informer et avertissons le roi de Navarre (2). »
Mais ce dernier, non plus que le Parlement, n'y pouvait rien; les calvinistes, ou plutôt les Huguenots, comme on disait alors, « dressaient leurs cornes dans tout le royaume ; » les idées de la Réformation pénétraient dans les cités et dans les campagnes les plus reculées ; c'était en Guyenne comme une traînée de poudre qui se communiquait d'une ville à l'autre.
Ce nom de Huguenots, qui apparaît pour la première fois un peu avant l'affaire d'Amboise, a donné lieu, comme on sait, à de nombreuses controverses. M. Henri Lutteroth, dans son excellent résumé sur la Réformation en France pendant sa première période, me semble avoir tranché la question
(4) Pessac du Gensac, gros bourg sur la Dordogne, dont il vient d'être question. (2) Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, vol. 15873 et Archives
HISTORIQUES DE LA GIRONDE, t. XII, p. I'2'k
d'une manière définitive, par la citation de quelques textes qui nous paraissent concluants.
Les Guises, avons-nous dit, prétendaient descendre de Gharlemagne par les femmes, tandis que les Réformés, en réponse aux calomnies répandues contre eux, disaient partout qu'ils défendaient les droits des descendants de Hugues Capet. Les catholiques, contrariés de ces propos, en faisaient des gorges chaudes :
« En manière qu'ils ont de longtemps composé par » ensemble un sobriquet et mot à plaisir, par dérision de » ceux qu'ils disent cire descendus de la race de Hugues » Capet; les appelans Huguenotz : et enveloppans en une » telle contumélie non seulement ceux qui s'efforcent de » maintenir le florissant estât de ce royaume, mais aussi » la personne du Roy, nostre maistre, messeigneurs ses » frères et tous les princes du sang. »
Ce passage est tiré d'un pamphlet de 1560, antérieur à i'alïaire d'Amhoise et portant pour titre : Aduertissement au peuple de France
La signification attrihuée au mot huguenot fut donc à l'origine exclusivement politique.
Plus tard, il prit le sens de confédérés, de l'allemand eidgenossen, que les Français appelaient les eignots.
Mais ne perdons pas de vue que les adversaires des Guises étaient de deux espèces : il y avait des huguenots politiques et des huguenots religieux, « les uns ne regardant qu'à leur conscience, les autres seulement à l'état public. »
Les premiers réclamaient la tolérance pour leur culte, les autres voulaient qu'on débarrassât la France des intrigants qui circonvenaient le jeune roi et, par leur influence néfaste, faisaient couler des flots de sang.
(!) Réimprimé en 1505 dans le Recueil des choses mémorables. « Le temps est-il venu..., dit un autre pamphlet de la même époque, que la couronne soit transférée de ceux que la maison de Guise appelle Huguenots, comme estant descendus de la race de Hugues Capet, pour estre remise et restituée (comme ils disent) à ceux qui se renomment de Charlemagne. » (Complainte au peuple français.)