‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 103 sur 310 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Troubles causés en Agenais par la publication de YÉdit de Romo antin. — Divisions intestines à Agen (mai 1560). — Le capitaine Monluc se rend dans celte ville. — Violation du domicile d'un consul absent. — Fuite du pasteur Jean Voisin. — Arrestation de son collègue Jacques Fontaine (?3 mai). — Cruels traitements endurés par lui. — Son interrogatoire en présence de Monluc. — Sa fermeté malgré les épouvantables menaces de celui-ci. — Perquisitions et arrestations dans quelques maisons calvinistes. — Colère du roi de Navarre. — Tranquillité de Bordeaux. — Fête de Saint- Mommolin à l'abbaye Sainte-Croix (8 août). — Ecrits satiriques. — Convocation des États généraux. — Faux bruit d'une révolte en Guyenne (août 1560). — Craintes de François II. — Mission confiée à M. de Lansac. — La compagnie de Pierre d'Ossun est envoyée à Bordeaux, pour y tenir garnison. — Lettre de M. de Lansac au roi. — M. de Burie presse le roi de Navarre de se rendre à la Cour. — Mauvaises nouvelles de l'Agenais, du Périgord, du Bazadais, du Condomois, etc. (septembre 1560). — Lo roi de Navarre et Coudé se rendent aux États généraux d'Orléans. — Arrestation du prince. — Sa condamnation à mort. — Préparatifs de l'exécution. — Mort de François II (5 décembre 1560).

A peine la teneur de l'Édit de Romorantin fut-elle connue dans l'Agenais, où Biaise de Monluc se tenait avec sa compagnie ('), que les esprits, surexcités par les prédicateurs des deux églises rivales, entrèrent en grande fermentation.

Des provocations journalières, des rixes s'en suivirent qui prirent, dès le principe, un caractère fort inquiétant.

Le vaillant capitaine des guerres de Navarre et d'Italie se reposait dans sa maison d'Estillac, quand il reçut la visite de ceux des consuls d'Agen qui tenaient pour l'Église romaine, au nombre desquels était Martial de Nort, le plus fanatique d'entre eux. Ces magistrats municipaux venaient le supplier, au nom de la Cour présidiale, de se rendre en toute hâte dans leur ville « où les habitants s'allaient couper

(!) C'était l'ancienne compagnie de gens d'armes de M. de Guiche, dont, après le décès de ce dernier, lu roi de Navarre avait donné le commandement à Moulue.

la gorge les mhs aux autres pour un ministre que la justice tenait prisonnier (l) ».

Ceci se passait au mois de mai 15G0.

Moulue, dans la mention rétrospective qu'il fait de celte aventure, est assez sobre de détails :

« A mon arrivée, dit-il, la peur prit aux huguenots d'eux- » mêmes, de sorte que les uns se cachoient dans les caves et >' les autres sautoient par dessus les murailles, non que je » leur en donnasse occasion, car encor je ne leur avois fait » jamais mal : je ne fis qu'aller prendre le ministre en une » maison pour le livrer entre les mains de la justice, et » m'en retournay (2). »

Il y a loin de ces lignes si anodines au récit de Théodore de Bèze, que nous allons résumer :

La Cour présidiale fonctionnait depuis trois ans dans la ville d'Agen, quand, le 23 mai 15G0, quelques conseillers, profitant de l'absence d'un de leurs collègues, M. de Roussanes, qui appartenait à la religion réformée, eurent l'audace de pénétrer dans sa maison et d'y suisir l'un des deux ministres auxquels il avait olfert l'hospitalité. C'était le pasteur Jean Voisin, récemment venu de Poitiers (3). « Mais il eschappa de leurs mains par grande subtilité et fut mis hors la ville (4). »

Ils prirent aussi un procureur fiscal nommé Pierre de Lagrange, qu'ils enfermèrent dans les prisons de l'évêché.

Deux jours après, ils arrêtèrent encore l'autre ministre à peu de distance de la ville.

Ce dernier venait de Suisse, où il avait exercé le ministère évangélique dans l'Église de Berne. Il s'appelait Jacques Fontaine. C'était, comme son collègue, un homme d'une grande piété et fort instruit.

Il serait difficile, dit Théodore de Bèze, de raconter les mauvais traitements qu'il eut à subir. Les fers qu'on employa

(!) Commentaires, p. 220.

(s) Idem, p. 226.

(3) Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, t. Ier, p. 215. (') Idem, ibidem, p. 320.

Page 1