‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 106 sur 310 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

colloques; aussi ne fit-il pas long séjour au Mas d'Agenois. Il rejoignit, sur la rive droite du fleuve, l'escadron de cavalerie qui l'attendait, et détala sans plus tarder.

Antoine de Navarre ne laissait rien percer de ses desseins. Il se plaignait hautement de la maison de Guise et de son influence néfaste. Un grand nombre de gentilshommes, appartenant à la religion réformée, vinrent le rejoindre pour mettre leur épée à sa disposition. Ils lui promettaient « aide et secours », et l'accompagnèrent à Nérac.

De Bèze affirme que Monluc y vint aussi. Le rusé compère cherchait à se rendre compte de quel côté soufflait le vent pour y tourner ses voiles. Il offrit volontairement au roi de Navarre « son bien et sa personne », sachant que l'intention des princes de Bourbon ne pouvait « tendre qu'au bien et utilité du Roy et du Royaume ».

Théodore de Bèze, qui rapporte ces paroles de Monluc, vint lui-même à Nérac peu de jours après, appelé de Genève par Antoine de Bourbon. Il prêcha publiquement dans le temple, « ce qui estonna merveilleusement les adversaires » de la Réforme.

Le cardinal de Lorraine, qui avait sa police à Nérac, ne tarda pas à en être informé. Il prit des mesures en conséquence.

Une bulle d'excommunication, lancée par le pape Paul IV, vint frapper un assez grand nombre de personnes de l'entourage du roi. En tête de la liste, figurait le ministre Bois-Normand et M. de La Gaucherie, précepteur du jeune prince de Navarre.

Ce fut le cardinal d'Armagnac (*) qui vint lui-même l'apporter à Nérac. Mais les foudres de l'Église romaine étaient déjà bien éventées; aussi ne fit-on que fort peu de

(l) Georges, « cardinal d'Armaignac, avoué parent de la maison de Navarre et par la faveur d'icelle parvenu à tant de bénéfices et dignitéz ecclésiastiques, arriva le premier à Nérac en qualité de légat. » A la visite du cardinal d'Armagnac avaient succédé celles d'Antoine, comte de Crussol, et du cardinal de Bourbon. Impressionné par les avertissements qu'il en reçut, « le roy Antoine lit publiquement chanter la messe à Nérac, y alla luy-mesme et y mena son lils, le prince de Navarre, « Bordenavb, Histoire de Béarn et Navarre, p. 88.

cas de sa personne et des bénédictions qu'il crut devoir distribuer aux curieux groupés sur son passage, à l'entrée de la ville.

Antoine de Bourbon, le plus versatile de tous les princes, paraissait donc, à ce moment-là, franchement acquis à la Réforme, dont il se déclarait le protecteur dans ses États. Il ne voulait plus de messe et ne parlait que d'avancer le règne de Jésus -Christ. Peu de temps après, ses idées avaient pris une autre direction : il faisait retour au catholicisme (').

Jeanne d'Albret, au contraire, opposée jusqu'à ce moment, pour des raisons purement politiques, à l'introduction du calvinisme dans ses états, se décide à y donner son adhésion. C'est à cette époque qu'elle commence à suivre le culte réformé, « avec telle persévérance qu'elle a esté en exemple à toutes les princesses de la chrestienté » (2).

Les Guises, depuis l'avortement de la conjuration d'Amboise, voyaient leur influence s'accroître de jour en jour. Ils décidèrent le roi, sous prétexte de périls imaginaires, à consulter les États généraux sur les affaires du royaume.

Un édit, daté du 26 août, convoque les députés des trois ordres. Ceux-ci devaient se trouver à Orléans, le 10 décembre 1560. Les réunir, c'était mettre sous la main du gouvernement tous ses ennemis : Antoine de Bourbon, Condé surtout, Montmorency, Chàtillon; des mesures avaient été prises pour qu'aucun d'eux ne pût échapper.

En même temps, les Lorrains persuadaient au roi qu'un vaste complot contre son autorité s'organisait dans les provinces du Sud-Ouest.

Toujours est-il que, dans le courant du mois d'août 1560, François II, redoutant quelque soulèvement populaire en Guyenne, d'après les nouvelles qu'il avait reçues de cette province, par l'intermédiaire des Guises, donna l'ordre à Pierre d'Ossun, gentilhomme d'une ancienne famille de

(') Voyez, à la page précédente, les dernières lignes de la note 1.

(2) Tu. de Bèze, Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. Ier, p. 325.

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