CHAPITRE XVI
Bigorre, de se rendre à Bordeaux avec sa compagnie de gens d'armes (*).
En outre, il chargea M. de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, de traverser l'Aunis, la Saintonge, le Blayais et le Bordelais, pour y vérifier, de ses yeux, l'état des choses et apprécier la gravité des circonstances. Il lui remit des lettres closes adressées à la municipalité bordelaise, au Parlement et aux officiers chargés en Guyenne des plus importants commandements militaires.
Les Registres secrets, confirmant ce qui précède, nous apprennent que le 1er septembre, le maire, suivi des jurats revêtus de leurs robes mi-partie rouge et noir et coiffés de leurs chaperons, se rendit au palais de l'Ombrière.
Introduit en séance devant les Chambres assemblées, M. de Noailles avertit le Parlement que les jurats et lui « avaient reçu commandement du Roy de prendre garde qu'il n'advint aucune émotion populaire » (2).
Le même jour, sur les deux heures de l'après-midi, M. de Lansac, exceptionnellement autorisé à conserver son épée au côté, remit au président Roffignac la lettre de François IL « Le Roy advertissoit la Cour d'une entreprise que quelques séditieux méditoient sur Rordeaux » (3).
Ces craintes, qui avaient été suggérées au jeune monarque par des ennemis de la Réforme, étaient chimériques et les précautions recommandées devenaient inutiles, car cette ville jouissait de la tranquillité la plus parfaite, au moins pour le moment.
Aussi, le 11 septembre, M. de Lansac écrivait-il au roi :
«Sire... Incontinent que je fuz arrivé en ceste ville, je » prézentay les lettres de Vostre Majesté à MM. de la Court » de parlement et aulx mayre et juratz qui les reçeurent
(') Pierre d'Ossun, qui pendant les guerres d'Italie avait bravement fait son devoir et payé de sa personne, avait essayé d'obtenir la lieutenance de la Guyenne. En octobre 155'J, il s'était rendu dans ce but à la Cour, où il cberchait à discréditer le vieux Buric pour obtenir sa place.
(2) Bibliothèque municipale de Bordeaux, ras. 367 : Extrait des registres secrets, i01 110 et 111 r°.
(3) Idem, ibidem.
» avec la révérance qu'ilz doibvent et après leur avoir... » faict les remonstrances qui me semblèrent à propos, je » les trouvoy tous de si bonne volonté et grande affection » à vostre service, que je garantis, Sire, qu'/7 n'y a ville » en vostre royaulme dont vous puissiez avoir plus d'assu- » rance que de ceste-cy... pourvu qu'elle soit bien conduicte, » comme j'espère qu'elle le sera par M. de Burie, qui arriva » dimanche et luy prézentay les lettres que V. M. luy » escripvoit... (2). »
Mais comme prudence est mère de sûreté et qu'un bon officier ne doit jamais se laisser surprendre par les événements, M. de Lansac informait le roi qu'il avait, avec soin, visité les deux forteresses, en compagnie du gouverneur de la province et du maire de Bordeaux; que plusieurs des portes de la ville avaient été condamnées par leur ordre, et que la garde de celles que l'on conservait avait été renforcée; en outre, MM. de Burie, de Noailles et de Lansac avaient fait le recensement des armes qui se trouvaient entre les mains des habitants et de l'artillerie disponible à l'arsenal de la ville.
Ordre avait été donné par eux à M. de Duras (3), colonel des légionnaires de Guyenne, d'avertir les capitaines placés sous ses ordres de s'assurer de leurs hommes et de les prévenir qu'ils ne devaient bouger sous quel prétexte que ce fût, mais seulement se tenir prêts à obéir aux ordres du roi.
Enfin, comme en dehors de la garnison des châteaux-forts il n'y avait que trente soldats pour la garde des portes, Lansac conseillait au roi de prescrire à M. de Noailles d'en élever le nombre jusqu'à cent.
Ces mesures de prudence, excellentes d'ailleurs, étaient,
(') Bibliothèque municipale de Bordeaux, ms, 367 : Extrait des registres secrets. « Le dit jour (1er septembre 1560) les lettres-patentes du Roy, présentées par le sieur de Burie, concernant son estât de lieutenant général du roy en ses pays et duché de Guyenne, en absence du roi de Navarre, ont été enregistrées. »
(-) Bibliothèque nationale, Fonds français, vol. 15873, et Arch. historiques de la Gironde, t. XIII, p. 125.
(3) Symphorien de Durfort, duc de Duras.