CHAPITRE XVI
nous le répétons, absolument préventives, la sénéchaussée de Bordeaux ne donnant alors aucun sujet d'inquiétude.
Huguenots et papistes y vivaient pour le quart d'heure en assez bonne intelligence. Burie l'affirmait au roi dans sa correspondance et cherchait à contrebalancer l'effet des bruits sinistres qu'on faisait courir sur la capitale de la Guyenne.
Ce fidèle lieutenant du roi de Navarre n'aimait pas les Guises et voyait avec peine la fâcheuse influence qu'ils prenaient sur l'esprit de François II, par suite de la coupable inaction d'Antoine de Bourbon qui restait dans ses états, tandis que sa présence à la Cour aurait pu changer la face des événements.
En conséquence, il se hâta dès son arrivée à Bordeaux d'adresser une lettre au roi de Navarre, pour le supplier, dans son intérêt, de partir sur-le-champ pour Paris. Quelques lignes adressées à Jeanne d'Albret, par le même courrier, la mettaient au courant de la situation que Burie voyait d'une manière très nette.
Les deux rois étant réunis « et parlant franchement ensemble, lui disait-il, cesseront toutes jalousies et suspicions et se confirmera la parfaite amytiê et bonne intelligence qui y doibt estre; mais autrement, Madame, il est à craindre que beaucoup de maulx en pourroient advenir »
Charles de Coucy n'était, hélas ! que trop bon prophète !
Déjà de toutes parts, des Landes, du Condomois, du Bazadais, de la Saintonge, du Périgord et de l'Agenais arrivaient à Bordeaux les nouvelles les plus fâcheuses. Partout les réformés, bannissant désormais la crainte d'être dénoncés, se réunissaient publiquement pour célébrer leur culte ou écouter la voix de leurs pasteurs. Beaucoup d'entre eux étaient armés pour leur défense ; le plus grand nombre cependant ne l'était pas.
(') Bibliothèque nationale, mss. : Fonds français, vol. 15873 non paginé. Lettre du 10 septembre 1560 publiée par M. Tamizey de Lakroque, dans le t. XIII des Arch. historiques de la Gironde, p. 125.
Ce n'est pas seulement le gouverneur de la province qui écrit au roi pour l'avertir de ce qui se passe, c'est le Parlement qui en informe le duc de Guise; ce sont des gentilshommes comme Pierre d'Ossun, dont la compagnie de gens d'armes est toujours à Bordeaux, ou Fédéric de Foix, comte de Candale, qui en donnent avis au cardinal de Lorraine dans la première quinzaine d'octobre 15G0.
Les localités plus particulièrement désignées par eux sont en Agenais : Tonneins, Villeneuve, Glairac, Agen, Sainte- Bazeille, Monhurt et Sainte-Foy; Mussidan, Montcarret et Bergerac en Périgord; La Réole, Fontet, Bazas, Pessac et Gensac en Bazadois; Gondom et Montgaillard en Condomois, etc., etc.
Jacques Fontaine, le courageux ministre que nous avons vu tenir tête au capitaine Monluc, avait été de nouveau renfermé dans le cachot qu'il occupait avant son interrogatoire. Mais une assemblée de calvinistes en armes ayant eu lieu dans les premiers jours d'octobre, il avait pu, grâce au concours de quelques gentilshommes (*), s'évader de sa prison et se réfugier à Gontaud, où il prêchait publiquement (2).
A Villeneuve-d'Agen, une réunion de cent vingt personnes présidée par un ministre de l'Évangile avait été tenue dans la maison d'un sieur Bromial ; les portes avaient été fermées à l'intérieur et les fidèles s'étaient obstinément refusés à les ouvrir, malgré les injonctions réitérées de Gratien de Las, avocat du roi.
Le parlement de Bordeaux, qui relatait ces faits, certifiait qu'à Sainte-Foy, sur une population de trois mille âmes, il n'y avait guère que vingt-cinq familles qui fréquentassent encore la messe. Le pasteur comptait toutes les autres parmi ses auditeurs habituels.
(!) Bibliothèque nationale, mss. Fonds Colbert, t. XXVII, p. 169. Lettre du parlement de Bordeaux au roi, du 14 octobre. Arch. historiques de la Gironde, t. XIII, p. 130.
(2) Deux gentilshommes du même nom s'étaient déclarés ses protecteurs, François de Caumont, comte de Lauzun et François Nompar de Caumont, sire de La-Force et de Castelnau.