‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 109 sur 310 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Mais ailleurs des faits beaucoup plus graves s'étaient passés et le sang avait coulé.

A Meilhan, ville de l'Agenais, une assemblée en armes avait été tenue, un catholique avait été blessé d'un coup d'arquebuse (').

A Monhurt (2), autre ville de l'Agenais, le curé voulant un dimanche faire fermer les portes de l'église et refusant d'en donner les clés aux calvinistes pour se conformer aux ordonnances, avait été assailli par une troupe de gens armés qui l'avaient blessé par derrière; son vicaire avait reçu un coup d'épée « au travers du corps » . Tous deux avait couru les plus grands dangers.

Un moine franciscain de l'Observance, qui revenait de prêcher à Sainte-Bazeille un jour de fête, avait été bousculé par une troupe de huguenots qui l'avaient grossièrement insulté.

A Gensac, en Bazadois (3), et à Montcarret, sur l'autre rive de la Dordogne, un ministre, nommé Dubois prêchait régulièrement devant un millier d'auditeurs.

Enfin, quelques jeunes gars et quelques donzelles s'étant assemblés à Montgaillard, en Condomois, pour danser au son du tambourin, et peut-être aussi pour faire du bruit et vexer les calvinistes qui célébraient le culte dans une maison voisine, avaient été assaillis par ces derniers. Dans la bagarre qui s'en était suivie, l'un des danseurs avait été tué. Triste prélude des guerres civiles.

M. de Burie ne niait pas la véracité de ces rapports, faits par des hommes notoirement hostiles au mouvement religieux dont la France entière ressentait les effets; il se bornait à écrire de Bordeaux au roi :

« Sire, il plaira à Vostre Majesté, entendre que Villeneufve

(') Milhan ou Meilhan, petite ville de l'Agenais, aujourd'hui chef- lieu de canton de l'arrondissement de Marmande (Lot-et-Garonne).

(2) Monhurt ou Monheurt, bourg de l'Agenais sur la Garonne, aujourd'hui commune du département de Lot-et-Garonne.

(3) Gensac, petite ville fortifiée sur un coteau qui commande la Dordogne, et au lias duquel se trouve, au bord de la rivière, le gros bourg de Pessac; aujourd'hui commune du canton de Pujols, département de la Gironde.

» d'Agenois (*) et les autres petites villes circonvoysines où » se commectent ces follies sont à vingt grandes lieues d'icy, » ce que je vous veulx bien escripre affin que Vostre Majesté » ne pense pas que ce soit près de ceste ville, et les vingt » lieues en voilent bien quarante (2). »

C'était, il faut en convenir, une singulière façon d'éloigner le danger, qui, après tout, n'était pas plus en Agenais qu'ailleurs.

11 était surtout dans la rivalité des deux maisons de Guise et de Bourbon qui, pour satisfaire leur ambition et relever leur fortune, allaient attirer sur la France, durant de longues et néfastes années, des maux incalculables.

Nous avons parlé rapidement de l'une et de l'autre, mais il est indispensable, pour apprécier nettement la situation, d'insister sur leur rôle vis-à-vis des partis qui commençaient à s'organiser.

A l'intérieur du royaume, comme au dehors, l'influence des Guises était considérable. Leur sœur était régente d'Ecosse, leur nièce reine de France; Rome travaillait dans l'ombre à augmenter leur puissance, et par le pape ils disposaient de toute la catholicité.

Leur chef, François de Guise, avait, à juste titre, la réputation de l'un des plus grands capitaines de son siècle. La défense de Metz contre l'armée impériale commandée par Charles-Quint lui-même, la prise de Calais sur les Anglais, tout, jusqu'à son aventureuse expédition de Naples, contribuait à le rendre populaire aux yeux des gens de guerre et de cette chevaleresque nation française avide de gloire et de succès.

Cependant leur ambition sans bornes et leurs prétentions excessives leur avaient aliéné quelques-uns des membres les plus puissants de la grande noblesse. Le connétable de Montmorency, qui ne pardonnait guère les offenses, était

(') Villeneuve-d'Agen, sur le Lot, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement de Lot-et-Garonne.

(2) Lettre de M. de Burie au roi François II, du 3 novemhre 1500. Bibliothèque nationale, manuscrits, Cinq cents Colbert, t. XXVII, p. 142.

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