‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 110 sur 310 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

leur plus cruel ennemi et ne s'en cachait guère. Les Chàtillon, ses neveux, fils de sa sœur Louise de Montmorency et du maréchal de Chàtillon, avaient épousé les rancunes de l'irascible vieillard. Les Guises n'ignoraient pas qu'à la suite de ces derniers marchait une grande partie de la noblesse.

Cette puissante famille se composait de trois frères : Gaspard de Coligny, l'ainé, l'un des plus vaillants hommes de guerre de cette époque si fertile en courages héroïques, portait le titre de grand amiral. Dandelot, son frère et son émule en bravoure, était colonel-général de l'infanterie française; prisonnier de guerre après la bataille de Saint- Quentin, il avait été sincèrement et sérieusement converti par la lecture de divers écrits de controverse aux idées de la Réforme. Le troisième était Odet, cardinal de Chàtillon qui, suivant l'exemple de Dandelot, abandonna l'Église romaine, se maria, et par son infatigable activité rendit les plus grands services aux intérêts de la Réforme.

La maison de Bourbon nous est déjà connue. Nous avons longuement parlé du chef de la famille et de ses défauts. Sa légèreté, son manque d'énergie dans les circonstances graves que traversait la France, le reléguèrent au second rang, alors qu'il aurait dû briller au premier.

Ce rôle de chef de parti, ce poste d'avant-garde si dangereux et si envié des hommes de cœur aptes à l'occuper, échut à son frère cadet, Louis, prince de Condé.

Grâce au beau livre publié par M. le duc d'Aumale, il y a vingt ans, nous pouvons étudier à fond cette belle et intéressante nature, si sympathique malgré ses imperfections (').

Le prince était de très petite taille, mais leste et vigoureux; il excellait à tous les exercices du corps; nul ne maniait mieux que lui ses armes dans un carrousel et ne faisait parader avec plus de grâce un cheval difficile.

« Son esprit était brillant et assez cultivé, sa parole facile

(') Histoire des princes de Condé pendant les XVIe et XVIIe siècles, Paris, Michel Lévy éditeur, 18C3, 2 vol. in-8°.

et entraînante, avec une pointe de raillerie que sa bonne humeur faisait oublier; rien de puritain assurément, beaucoup de gaîté et d'ardeur; le désir et le don de plaire, le caractère résolu, l'âme fière, le cœur grand et généreux. »

Cette silhouette de Condé, si bien esquissée par le duc d'Aumale, n'a rien de flatté. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur le magnifique portrait du prince gravé par J. François, sous la direction d'Henriquel Dupont, et d'après un dessin original de Janet; on y retrouve toutes les qualités que nous venons d'énumérer.

Malheureusement pour lui, le futur chef de l'armée protestante avait un défaut capital. Il aimait un peu trop la plus belle moitié du genre humain. En d'autres termes, il était, comme son frère le roi de Navarre, de complexion fort amoureuse : c'est par là que plus tard l'astucieuse Catherine de Médicis triompha de lui.

Né le 7 mai 1530, au château de Vendôme, il avait trente ans à l'époque de la conjuration d'Amboise, où il courut le risque de la vie, mais dont il sortit la tête haute. Son énergie, sa fière indignation, sa véhémente apostrophe, le défi porté devant toute la Cour à ses adversaires de fournir des preuves de sa culpabilité, imposèrent silence à ses ennemis.

Depuis neuf ans déjà, il avait épousé la petite-fille de Louise de Montmorency, Éléonore de Roye, l'une des femmes les plus vertueuses et les plus remarquables de son temps (1).

Ce mariage s'était fait d'après les conseils de Coligny. Consulté par Madeleine de Mailly, mère de la jeune fille, « il la décida, dit avec raison M. Laugel, à donner sa fille à Louis de Bourbon, songeant ainsi à rattacher en faisceau les maisons de Montmorency, de Roye, de Châtillon et de Bourbon, pour les opposer à l'ambitieuse maison des Guises ».

(!) Louise de Montmorency, sœur du connétable, avait été mariée en secondes noces à Gaspard de Chàtillon-Coligny, maréchal de France, qui mourut à Dax à trente-sept ans, alors qu'il marchait au secours de Fontarabie.

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