‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 11 sur 310 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Queis velata dolis irreperet hœrcsis urbi, Surriperetque sacrum singulà ab »de peiium,

Vates plura senex miseri prœnuntia fati Addit, et, excusso pulvere calcis, abit (').

Si l'on en croit Floiïmond de Rémond, Thomas Illyricus se retira près de Bordeaux, dans le captalat de Buch. Là, sur les hauteurs qui dominent le bassin d'Arcachon, il se construisit un ermitage et ht élever une chapelle de bois dédiée à la Vierge, chapelle qui existait encore au commencement du dix-huitième siècle (2). Et comme il faut toujours que la bêtise humaine ajoute le surnaturel à tout ce qui sort de l'ordinaire, il va sans dire que le profanum vulgus attribuait à ce brave cordelier le don de faire des miracles (3).

En 1530, par ordre du tribunal diocésain, deux hommes sont arrêtés à Bordeaux pour crime d'hérésie; l'un se nommait François Desus; l'autre, animé d'un zèle plus ardent, était accusé d'avoir traversé de plusieurs coups de dague un crucifix en papier ; il s'appelait Philippe Huant. Tous deux, condamnés « par le Parlement de Guyenne », eurent la tête tranchée; mais le second, sous le poids de cette accusation particulière, subit la peine des parricides, il eut d'abord le poignet coupé (4).

Si le fait est vrai, ce fut le premier sang versé dans la ville

(!) Biblioth. municipale de Montauban, Chronique manuscrite de Perrin, chanoine du chapitre de la cathédrale, mense de Saint-Étienne en 2 vol. in-4°.

La Bibliothèque municipale de Bordeaux possède une monographie de Thomas Illyricus, écrite il y a quelques années par un membre du clergé régulier; cet ouvrage iconographique ne contient aucun renseignement qui vaille la peine d'être noté.

(2) Elle disparut sous les sables comme l'église de Soulac, et fut remplacée en 1714 par la modeste chapelle qui dut, à son tour, vers 1860, céder la place à l'élégante église que l'on admire aujourd'hui. Une rue d'Arcachon porte de nos jouis le nom de Thomas Illyricus.

(3) Florimond de Rémond, Histoire de la naissance, progrès et décadence de l'hérésie, liv. Ier, chap. III.

(*) Charles Diîion, Histoire chronologique de l'Église protestante de France, Paris et Strasbourg, 1855, 2 vol. in-12, t. Ier, p. 20. Il n'existe, à notre connaissance, dans les divers dépôts d'archives de la ville de Bordeaux, aucune trace de cette double exécution. Nous ne nions pas le fait, mais M. Charles Drion n'ayant point indiqué de preuves à l'appui, nous ne l'acceptons que sous toutes réserves.

de Bordeaux pour la cause de la liberté de conscience; dans ce cas, les noms de François Desus et de Philippe Huant doivent être inscrits en tête de cette longue liste de martyrs qui ne fut close que dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, deux cent quarante ans après.

Ces exécutions eurent pour résultat de rendre un peu plus circonspects les luthériens de Bordeaux, mais elles n'en diminuèrent pas le nombre, qui n'allait point tarder à s'augmenter par l'adjonction et le concours de quelques religionnaires venus de différentes contrées.

Ce n'était pas seulement à Bordeaux et dans le Bordelais, mais encore dans d'autres régions également comprises dans le ressort du Parlement de Guyenne, que les novateurs étaient poursuivis et incarcérés.

En 1530, et peut-être antérieurement à cette date, des persécutions avaient été dirigées contre des religionnaires à Villeneuve-d'Agen et des condamnations prononcées contre eux, comme le prouve la quittance suivante qui fait partie des innombrables pièces manuscrites conservées à la Bibliothèque nationale.

« Anthoine de Sainct Salvadour, licencié ès droictz, lieutenant criminel par auctorité royale en la senneschaucée de Guienne, par l'advis et delïberacion des advocat, procureur et autres officiers du Roy nostre sire en la dicte sennes' chaucée, avons appoincté et ordonné, appoinctons et ordonnons que par monsieur le Comptable de Bourdeaulx, maistre Tlwmas Rampnol, conseiller du dict seiyneur sera payé comptant à maistre Jehan de Cothetz, bachelier ès droictz, substitué du procureur du Roy en la senneschaucée de Bazadays, la somme de soixantc-troys livres dix-sept sols six deniers tournois

» Pour avoir faict constituer prisonnier ung nommé Pierre natif de Villenoue d'Agcnois, lequel, parce qu'il avoit blasphémé le nom de Dieu et de la vierge Marie, en venant contre la foy, fut condamné par sentence du dict senneschal estre fustigé par deux foys par la dicte ville de Bazas, et

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