CHAPITRE I
pour une torche de cyre qui luy fut baillée le jour de Pasques fleuries, qu'il tenoit entre ses mains, demandant pardon à Dieu et à la vierge Marie des parolles qu'il avoit dictes et profférées; aussi pour la despence de certains témoins qui luy furent affrontez, tant de Bourdeaulx, Langon que ailleurs, et aussi pour l'exécuteur qui mist la dicte sentence à éxécution, la somme de troys livres tournois.
» A Bourdeaulx, le xxvr3 jour de may 1530 » (*). A Villeneuve-d'Agen, comme à Bordeaux, la Réforme est donc antérieure à Calvin et relève directement de Luther ou de Lefebvre d'Étaples. Quand le réformateur français commença son œuvre d'évangélisation, la semence qu'il répandit tomba sur une terre déjà préparée. Aussi ne tarda- 1- elle point à fructifier (-).
(1) Bibliothèque nationale, mss. Quittances et pièces diverses, vol. 132, n» 1246; publié dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, 15 décembre 1875.
(2) Avant de terminer ce premier chapitre, quelques mots encore au sujet de l'abbaye Sainte-Croix et de son trente-sixième abbé, François d'Aux. Une note prise dans un Extrait des registres secrets du Parlement de Bordeaux nous fait penser que la soumission forcée du protonotaire apostolique aux dogmes de l'Eglise romaine ne fut que très superficielle. Voici ce qu'on lit à la date de 1528 : « Le substitut du procureur général appelle de ce qu'en l'abbaïe Saincte- Croix ne se faict aucun divin service suivant l'intention des fondateurs. Quatre jurats mandés viennent en Cour. » Ainsi deux ans après sa mise en liberté, une nouvelle dénonciation appelait contre l'abbé de Sainte-Croix la sévérité du Parlement.
Un arrêt de la Cour prescrivit formellement aux religieux de ce monastère de vivre en communauté suivant la règle de Saint-Benoit et condamna François d'Aux à payer tous les ans 500 livres, sur les plus clairs revenus de l'abbaye, pour les réparations de l'église et pour achat d'ornements.
Ces revenus étaient considérables: nous voyons, en 1491, André d'Espinay, cardinal archevêque de Bordeaux, primat d'Aquitaine, abbé commandataire de Sainte-Croix, les affermer pour trois ans à honorables hommes Gaillard du Bosc et Arnaud Fort, marchands de Bordeaux, au prix de 1,200 écus d'or. (L'écu valait alors 35 sols tournois.) (Arch. départementales de la Gironde, série E, notaires, 170-3, Minutes de de Bosco, f° 127.)
Les archives de la rue d'Aviau possèdent encore une Histoire manuscrite du monastère de Saincte-Croix de Bourdeaux, écrite au dix-huitième siècle par un moine de l'abbaye. Cette histoire a été publiée et commentée en 1842 par M. Ferdinand Leroy, secrétaire général de la préfecture de la Gironde, président de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Bordeaux.
Mes efforts pour retrouver dans l'église Sainte-Croix le tombeau de François d'Aux ont été infructueux. La chapelle de Saint-Sébastien, dans laquelle était placé ce monument funéraire, n'existe plus. 11 est regrettable que dans les travaux opérés pour la transformation de l'église, il y a près d'un quart de siècle, on n'ait pas conservé religieusement les inscriptions tumulaires qui s'y trouvaient. Celle de François d'Aux, que nous reproduisons page 10, nous est donnée par le Gallia christiana, t. II, col. 805.