‹ Histoire de la Réformation à Bordeaux et dans le ressort du parlement de GuyenneChapitre 111 sur 310 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Nous avons raconté, d'après Théodore de Bèze, les conciliabules du Mas d'Agenais, entre le maréchal Saint-André, le roi de Navarre et le prince de Condé. La Guyenne, on a pu s'en convaincre, était fort agitée; en Saintonge, les persécutions continuaient et les populations énergiques de cette contrée se préparaient à la résistance.

Au mois de novembre, le roi prit donc le parti d'envoyer à Saintes un président et deux conseillers au parlement de Bordeaux, afin de poursuivre judiciairement « les hérétiques et tous autres mal scntans de la foy catholique » (').

François II ayant oublié de faire ordonnancer les sommes nécessaires à leur voyage et à leur séjour en Saintonge, les commissaires royaux ne purent se mettre en route que dans les premiers jours de décembre 1560; encore fallut-il que M. de Fauguerolles, président, leur avançât de sa poche 500 écus.

A la même époque, M. de Burie reçut l'ordre du roi de se rendre « aux îles » et d'y saisir les ministres avec tous ceux qui avaient abandonné la religion romaine. 11 passa donc la revue de sa compagnie de gens d'armes, en prévenant las officiers qui la commandaient de se préparer au départ.

Les calvinistes de Marennes, avertis par leurs coreligionnaires de Bordeaux, prirent les devants. Ils envoyèrent une députation à Charles de Coucy, pour protester de « l'obéissance du peuple » et le supplier de ne point se faire accompagner par des forces militaires. Mais Burie ne voulut prendre aucun engagement à cet égard (2).

Une lettre adressée par lui, le 4 décembre, au cardinal de Lorraine, contient ces mots relatifs aux réformés des Côtes de Saintonge : J'ai appris aujourd'hui « qu'ils se délibèrent plustost que de laisser leurs cérémonies de Gcnefvc, brûler leurs maisons et abandonner le pays! » (3).

(1) Lettre de M. de Fauquerolles an cardinal de Lorraine, du Ier décembre

i'M). A.RCH. HISTORIQUES DE LA GIRONDE, t. Mil, p. l 'i I .

(2) THÉODORE DE Bkzk, Histoire ecclésiastique des Eglises réformées, I. [•» p. 318.

(8) A.RCH. HISTORIQUES DE LA GIRONDE, I. XIII, p. 142, noie I.

Cette résolution héroïque, à Laquelle il faut reconnaître un caractère de grandeur vraiment digne de respect, était, à la même date, celle d'un grand nombre de calvinistes de l'Agenais et du Bazadais.

Le 4 décembre, le président Bérault, qui venait de passer dans ces deux sénéchaussées le temps des vacations, écrivait au cardinal de Lorraine : « J'y ai trouvé la plus grande partie du peuple, mesme des rustiques et gens de labeur, seduict et si fort imbu de ces nouvelles opinions qu'il sera difficile de les en divertir; ils m'ont affirmé « qu'ilz ayment mieux mourir que de laisser la parole et prédications»; ils disent « que personne ne leur annonce leur salut et les commandements de Dieu ni sa volunté, par quoy ne se fault esbahyr s'ils vont ouyr les ministres » (').

Cependant les réformés d'Oléron, de Marennes et d'Arvert étaient toujours en grand émoi, redoutant chaque matin d'apprendre l'arrivée des gens d'armes : ils adressaient deux fois par jour à Dieu d'ardentes prières pour le supplier d'éloigner d'eux cette coupe d'amertume, quand tout à coup la nouvelle de la maladie du roi leur fut apportée. Son état, leur disait-on, est à peu près désespéré (2).

Ils ne furent pas les seuls à adresser au Ciel des actions de grâces.

Antoine de Navarre et le prince de Condé, cédant enfin aux sollicitations qui leur étaient faites de se rendre à l'assemblée des États généraux, s'étaient mis en route pour Orléans sur la foi de la parole royale.

En vain Louis de Bourbon reçut-il de la reine-mère des avis secrets, en vain Jeanne d'Albret et sa courageuse femme, Éléonore de Roye, le supplièrent-elles de rester, le prince voulut accompagner son frère.

A Limoges, un cavalier lui remit une dernière lettre de la princesse : « Si j'étais homme à votre place, lui disait-elle, j'aimerais mieux mourir en combattant, l'épée au poing,

(l) ARCH. HISTORIQUES I)E LA GIRONDE, t. XIII. p. 143.

(*) Histoire ecclésiastique des Églises réformées, t. 1", p. 318.

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